Mais pourquoi Lutgen a-t-il dit non?

©BELGA

Pascal Delwit (politologue à l'ULB) explique que le cdH souffre d'un problème de cohérence interne.

Le cdH a désormais le "zwarte Piet", estime le politologue Pascal Delwit (ULB). Selon lui, ce n’est pas la note qui a posé problème mais bien les réticences au sein du parti à l’égard de la N-VA.

 

Comment analyser ce refus assez net de la note de De Wever par le cdH?

Ces derniers jours, les échos émanant du cdH laissaient entendre que le parti était plutôt sceptique à l’idée de former un gouvernement de centre-droit. Mais il est tout de même un peu surprenant que le cdH n’ait pas opté pour une voie médiane dans sa réponse à la note. Le refus n’est pas vraiment fondé sur cette note mais plutôt sur un problème de cohérence interne du parti par rapport à la N-VA. On sent bien que pour une partie substantielle des humanistes, entrer dans une négociation de formation de gouvernement avec les indépendantistes faisait débat.

 

Pourquoi alors avoir attendu cette note et ne pas avoir rompu le contact plus tôt?

Il y a probablement eu débat au sein du cdH. Ce n’est pas la question de monter dans un gouvernement de centre-droit qui a posé problème mais bien une question de confiance. Quand on relit les propos tenus pendant la campagne, ce parti est celui qui est allé le plus loin dans le refus de gouverner avec la N-VA. Alors que le PS avait rejeté toute alliance avec celle-ci si c’était pour détricoter l’État et la sécu, que le MR avait déclaré qu’il préférait gouverner sans la N-VA et qu’Ecolo avait dit que monter dans un exécutif avec elle serait difficilement possible, le cdH est quant à lui allé très loin, notamment quand Francis Delpérée a qualifié la N-VA de raciste, des propos quasiment validés par Benoît Lutgen.

À présent, le cdH va-t-il être stigmatisé comme le parti qui a tout bloqué et qui reste agrippé au PS?

Bien sûr, c’est la règle du jeu. La réaction de Charles Michel (qui évoque un blocage "que le citoyen va payer", NDLR) va dans ce sens. C’est de bonne guerre et c’est normal. Le cdH a désormais le "zwarte Piet". Ce n’est pas une posture facile.

 

Selon vous, les formations de coalitions régionales ont-elles joué un rôle?

Non, l’entrée du cdH en négociation avec le PS à Bruxelles et en Wallonie n’est pas un élément central du refus de la note. C’est plutôt la N-VA en tant que telle qui a posé problème au parti. Le cdH est le parti le plus rétif au détricotage du fédéralisme et a un électorat plutôt belgicain.

 

Que va-t-il se passer à présent?

À mon idée, on va assister à une suspension (de la mission de De Wever, NDLR) et le Roi va entamer un nouveau round de consultations, peut-être pour tester la faisabilité du plan "B" de De Wever, soit une coalition de centre-droit sans le cdH, ou encore l’hypothèse de la tripartite traditionnelle.

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