Sire, voici votre première crise politique

Monsieur Non, ou Benoît Lutgen. ©BELGA

L’informateur bute sur un "non" du cdH. Bart De Wever doit remettre sa démission à Philippe ce mercredi. Et la Belgique repart à l’aventure.

Mardi 24 juin 2014, 19h pile, sur RTL. Marquez la date d’une croix dans vos calendriers, elle passera dans les annales politiques belges. C’est à cet instant, en effet, que le président du cdH Benoît Lutgen fait basculer la Belgique dans une autre dimension en envoyant dans le décor très sèchement la note d’informateur (lire ci-contre) déposée quelques heures plus tôt sur la table par Bart De Wever. "Le loup ne s’est pas changé en agneau", commente Lutgen au sujet de l’informateur, "cette note a des relents communautaires, la NV-A est un parti eurosceptique et belgo-sceptique, alors pour le cdH, c’est clairement non". 20h06, la messe est dite quand Lutgen clôture sa séquence médiatique au JT de la RTBF: "Il y a des alternatives", dit-il. Sans les nommer.

 

Consultations royales

Allumez les compteurs de la crise politique. Les centristes francophones (9 députés), après s’être assis avec le PS en Région wallonne et bruxelloise pour former des gouvernements, estiment ne pas pouvoir lancer une négociation avec N-VA, CD&V et MR.

Trois motifs principaux: manque d’engagement vis-à-vis d’une loyauté fédérale, mesures dangereuses en matière de soins de santé et de pouvoir d’achat (mesures de modération salariale dures autour de 4% destinées à revenir dans les clous budgétaires et à doper la compétitivité). Ajoutez pas de trace de lutte contre la spéculation dans la note De Wever, ce que le cdH, à ce stade, n’a pas pu supporter. Car pour le reste, la note De Wever est relativement plate et était même en passe d’être fusillée par la droite flamande (Open VLD), notamment pour le manque d’engagement à détruire le mécanisme de l’indexation automatique des salaires… "Cette note est un copy/paste du programme CD&V", dit un responsable libéral flamand se gaussant des concessions faites par la N-VA…

A peine plus tôt dans la journée du mardi, CD&V et MR avaient dit oui à l’informateur pour passer à l’étape de la formation gouvernementale. Cela aura été en vain, puisque Benoît Lutgen a bloqué quelques heures plus tard. Et il ne reste ce mercredi à Bart De Wever pas d’autre issue que de remballer ses petites affaires et de remettre sa démission au Roi sauf à imaginer que l’Open VLD accroche le train et qu’une coalition N-VA, CD&V, Open VLD et MR s’installe, mais ce ne sera pas pour tout de suite. Philippe, donc, va sans doute choisir de temporiser et de procéder à des consultations avant de mettre un autre responsable politique en selle. Mais qui?

 

Retour des socialistes?

Comme en football où les Allemands gagnent souvent, en politique belge, le retour des socialistes francophones apparaît aujourd’hui plausible après cette phase de dramatisation. Seconde plus grande formation politique du pays, le PS peut légitimement tenter sa chance pour mettre en place un exécutif fédéral. Officiellement, mercredi, au PS, on refusait de commenter le feu rouge du parti orange. Officieusement, en revanche, on ne pouvait s’empêcher de sourire. "Lutgen a bien compris que tout ceci n’était qu’un piège du MR et de la N-VA", se félicitait un responsable socialiste.

Reste donc à savoir avec qui le PS peut proposer une alternative. Avec le cdH, certainement. Mais le MR refuse évidemment de s’inscrire dans un tel scénario. "PS et cdH sont coupables d’avoir jeté le pays dans la crise", a martelé le président du MR Charles Michel. Et au Nord du pays: le PS pourra certainement compter sur le SP.A, mais N-VA et CD&V sont aujourd’hui plus soudés que jamais. Il faudra évidemment de longues semaines de tergiversations et de tensions politiques pour que le CD&V accepte éventuellement de monter dans un gouvernement sans la N-VA. Et cerise sur le gâteau, il faudra fournir le poste de Premier ministre à Kris Peeters. Mais on est encore loin de cette formule, tant la méfiance entre les partis est aujourd’hui énorme.

Du côté des nationalistes flamands, la N-VA, qui avait mis (en grande partie) le communautaire de côté dans sa note, dispose maintenant des éléments rêvés pour se retrancher dans l’opposition et voir ses rangs grossir en matraquant la tête d’une hypothétique coalition fédérale. Il y a donc peu de chance pour que les nationalistes flamands prennent la peine de venir négocier des semaines avec le Parti socialiste. Et s’ils devaient le faire, ce serait uniquement pour mettre en place un gouvernement fédéral visant à fermer la boutique "Belgique".

Mais n’ayez crainte: les Diables Rouges jouent demain.

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