La France choisit son roi, portrait d'un président monarque

A travers la petite et la grande histoire, le livre intitulé "La France choisit son roi" interroge la figure du président de la République française. Quel est donc ce personnage hybride dont les pouvoirs et le comportement font parfois penser à ceux d’un roi? Depuis plus de 18 ans, Christophe Giltay raconte la France aux auditeurs belges de Bel RTL.

Chaque matin, dans sa chronique intitulée "Champs Élysée", il commente et décrypte l’actualité politique française. Cette année, cet ancien correspondant en France couvre sa 9e campagne présidentielle et, pour l’occasion, publie un ouvrage où il tente de démontrer que dans tout président de la République, il y a un monarque ou un roi qui sommeille.

Vous affirmez que le "chef des Français" tient à la fois du président, du monarque et du dictateur. Pourquoi?

Christophe Giltay Tout simplement parce qu’il puise sa légitimité dans l’histoire française et ses différents régimes. Il est président puisqu’il est élu tous les 5 ans, il est donc possible d’en changer. Mais d’un autre côté, c’est un monarque puisque, pour peu que le Parlement soit de la même couleur politique que lui, il dispose de pouvoirs énormes, plus importants même que les pouvoirs du président des Etats-Unis. Et troisièmement, il est aussi un peu dictateur parce que le contrôle parlementaire en France est très faible par rapport à ce qu’on connaît, par exemple, dans une démocratie parlementaire comme la Belgique.

En résumé, je dirais que le chef de l’État est à la fois un président de la République fort, un dictateur sur une période réduite et un roi comme Louis XIV parce qu’il bénéficie de fastes, de serviteurs, d’un avion… et parce que les Français lui accordent une forme de majesté royale.

Mais, évoquer la figure du dictateur, n’est-ce pas aller trop loin?

Je parle du dictateur à la manière de Cincinnatus, le chef de guerre romain. Alors qu’il cultive son champ, les sénateurs viennent le supplier d’accepter "la dictature" (les pleins pouvoirs, NDLR) pour mener le combat contre les ennemis qui attaquent Rome. Il accepte et, en seize jours, il libère la ville, restaure l’autorité romaine, puis abdique et retourne à sa charrue. C’est ça l’idée, concentrer d’énormes pouvoirs mais, quand le peuple vous dit c’est fini, vous retournez à votre charrue.

Vous écrivez que le président français est doté de pouvoirs monarchiques sans équivalent en démocratie. Pouvez-vous donner un exemple?

La Ve République, c'est une monarchie où l'on peut renverser le roi sans le guillotiner.

L’un de ses plus grands pouvoirs, c’est qu’il peut dissoudre l’Assemblée nationale, de son propre chef, sans demander l’avis de qui que ce soit. Quand le Parlement n’est pas d’accord avec lui, le président a deux solutions: il peut dissoudre le Parlement en provoquant de nouvelles élections, mais il peut aussi organiser un référendum, comme l’a fait plusieurs fois le Général de Gaulle. Il prend alors à témoin le peuple français en disant: voyez, le peuple est d’accord avec moi, donc vous n’avez plus qu’à vous taire, c’est moi le patron.

D’ailleurs, lors de l’instauration de la Ve République en 1958, cette concentration des pouvoirs a été très critiquée. Certains hommes politiques ont même dénoncé un risque de coup d’État.

Quand la constitution a été votée, "l’Humanité", le journal communiste a titré: "La constitution monarchique a été votée." À l’époque la classe politique vivait dans un univers comparable à celui de la Belgique, il y avait des coalitions à répétition. Les gouvernements de la IVe République duraient parfois un ou deux jours. Celui qui a duré le plus longtemps a tenu 16 mois. Le Général de Gaulle, qui a instauré la Ve République, a voulu bâtir un exécutif fort. Les politiciens se sont alors retrouvés privés de leur jouet, ce qui explique les accusations de "dictature" adressées au nouveau président.

Dans un passage du livre, vous dites: "Le roi des Belges ressemble plus à un président de régime parlementaire qu’à un monarque investi de vrais pouvoirs, comme le président de la République française."

Quand la Belgique a été créée, les premiers révolutionnaires belges voulaient une République. Mais, à l’époque, ce n’était pas possible puisqu’en France on venait de rétablir la monarchie. En résumé, les Français et les Anglais ont dit: "Vous allez faire une monarchie, vous pouvez lui donner très peu de pouvoir si vous voulez, mais il faut mettre un roi." Les révolutionnaires belges ont ainsi mis en place une république et ils ont mis un roi à sa tête. D’ailleurs, Léopold Ier, le premier roi des Belges, ainsi que Léopold II se plaignaient de ne pas avoir assez de pouvoir. Même Léopold III ne supportait pas de devoir subir la volonté de son gouvernement. Alors qu’en France, le président est vraiment le roi et si son Premier ministre n’est pas d’accord, il le vire.

Nicolas Sarkozy est-il un président iconoclaste?

Oui et non. Il veut tout faire: président, Premier ministre, ministre de l’Intérieur, ministre des Anciens Combattants… ce qui fait qu’il s’est détaché du côté majestueux du président. Je crois que si les Français lui ont retiré en partie leur confiance, c’est justement parce qu’il a refusé, non pas les pouvoirs, mais la majesté de la fonction. Je crois que les Français lui en veulent un peu de ne pas avoir joué le jeu.

Propos recueillis par Nicolas Becquet

Retrouvez l'interview sonore en cliquant ici.

"La France choisit son roi", Christophe Giltay, Renaissance du livre. 19 euros.

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content