chronique

À la soupe | Par François Lenglet

Le champ de ruine qu’est la scène politique française depuis le premier tour de la présidentielle a encore été bombardé ce week-end, avec le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan, candidat du souverainisme, à Marine Le Pen.

Si le poids politique de "NDA" est faible – il n’a guère obtenu que 4,8% des suffrages – son allégeance au parti d’extrême droite fait sauter un tabou. Le Front national est désormais capable de recruter des alliés, certes à grands frais – on a promis au transfuge le poste de Premier ministre et un accord électoral pour les législatives. Quant à l’argent, il dément en avoir reçu pour rembourser ses frais de campagne.

En contrepartie, NDA, après avoir honni Le Pen pendant toute la campagne, l’associe désormais au général de Gaulle. S’il avait obtenu une circonscription de plus, peut-être serait-il allé jusqu’à l’appeler Napoléone. Ou Louise XIV. Il n’y a pas trente-six façons d’aller à la soupe. La nouveauté n’est pas la trahison de ses propres électeurs. De nombreux politicards ont précédé Dupont-Aignan sur cette voie, pour le pouvoir et l’argent. La nouveauté, c’est que le Front national cuisine une soupe qui fait désormais envie à cette sorte d’homme. Plusieurs cadres de Debout la France, le parti de Dupont-Aignan, ont démissionné, y compris le vice-président, refusant de suivre leur chef. Et quelques-uns de ses électeurs ont organisé une manifestation clairsemée, dans la ville de Yerres où Dupont-Aignan est le premier magistrat.

Pour Le Pen, le bénéfice du ralliement de Dupont-Aignan est important. Il parachève le ravalement de façade qu’elle a entrepris sur le parti fondé par son père.

Pour Le Pen, le bénéfice est important. Ce ralliement parachève le ravalement de façade qu’elle a entrepris sur le parti fondé par son père. Deux jours avant, le bon vieux Font national était réapparu sous la peinture fraîche, alors qu’un responsable du parti avait dû dégager à peine nommé, pour cause de propos négationnistes. Et Jean-Marie Le Pen lui-même avait publié sur son site une vidéo expliquant que la cérémonie en l’honneur d’un policier tué en service par un terroriste était en réalité en célébration de l’homosexualité – le compagnon du jeune homme assassiné avait pris la parole lors de l’hommage télévisé, pour faire un discours qui a ému la France entière. L’affaire NDA a donné sur tout cela un bon coup de pinceau qui tiendra bien jusqu’à dimanche.

L’accord avec Debout la France conclut une bonne semaine pour la candidate. Une semaine qui a bien fait mincir le fameux "plafond de verre" la bloquant, contrairement à ce que nous écrivions de façon fort imprudente au lendemain du premier tour. En huit jours, la dynamique s’est inversée. Pour partie à cause de Macron lui-même, et de son redémarrage poussif. Pour partie grâce à Le Pen, qui a multiplié les coups d’éclat. Et enfin à cause d’une incroyable vérité qui se fait jour au seuil du mois de mai: la classe politique française est fatiguée de s’opposer au Front national.

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