chronique

Le plafond de verre

La chronique de François Lenglet.

Oui, Marine Le Pen n’a jamais fait un score aussi élevé. Oui, le Front national a progressé avec elle de plus d’un million de voix, pour arriver à 7,7 millions de bulletins de vote. Oui, elle est arrivée en tête dans 18.000 communes, soit la moitié du nombre de villes françaises, alors que Macron n’a obtenu la première place que dans 8.000 de ces communes, fussent-elles les plus peuplées.

Et pourtant, elle a raté son pari. Elle est distancée au premier tour, et rate nettement la première place. Après des mois de sondages qui la donnaient quasi systématiquement en tête, parfois avec un score de 30%, elle n’arrive qu’à 21,3%, soit plus deux points en dessous de Macron, et ne profitera donc pas de la dynamique politique qui propulse toujours le premier arrivé.

Et si les populistes avaient fait leur temps en Europe?

L’équation politique du père Le Pen, qui avait accédé au second tour de la présidentielle en 2002, avec un score pourtant inférieur, n’est pas fondamentalement modifiée: le Front national devrait à nouveau se cogner contre le plafond de verre qui l’empêche non seulement d’arriver au pouvoir, mais même de l’approcher en constituant une alternative vraisemblable. Même pas peur, c’est ce qu’a semblé dire Emmanuel Macron le soir des résultats, en fêtant de façon anticipée – et quelque peu imprudente, au plan politique – sa victoire présumée, au restaurant parisien La Rotonde.

Cet échec est d’autant plus net que jamais, les conditions n’avaient été aussi favorables à la candidate d’extrême droite. La crise économique du siècle, tout d’abord. Les convulsions de l’union monétaire européenne, ensuite. Un quinquennat Hollande désastreux, où même les rares bons résultats sont confus, tardifs et non assumés. L’effondrement des partis traditionnels. La victoire du Brexit et de Donald Trump, qui devait désinhiber les électeurs. Un attentat meurtrier sur les Champs-Elysées quarante-huit heures avant le scrutin, qui aurait dû donner la prime aux candidats partisans de mesures sécuritaires radicales. Toutes les planètes étaient alignées. Et pourtant…

Comme aux Pays-Bas il y a quelques semaines, le populisme s’arrête au seuil du pouvoir, vaincu par lui-même, par ses outrances, ses incohérences. Comme aux Pays-Bas, mais aussi comme en Espagne, où Podemos a failli. Comme en Allemagne, où l’extrême droite s’entre-déchire. Comme en Autriche, où elle a vu s’échapper la présidence du pays. Comme au Royaume-Uni où, si Brexit il y a, il est conduit par un parti traditionnel en pleine transformation idéologique, les conservateurs, et non pas par l’excité Nigel Farage, et pas davantage par l’intempérant Boris Johnson. Et si les populistes avaient fait leur temps en Europe? Et s’ils avaient été l’aiguillon d’une gigantesque recomposition politique dont ils n’allaient pas profiter?

Lire également

Messages sponsorisés