chronique

Le Trésor de Rackham le Rouge | Par François Lenglet

Si vous avez compris ce que je veux dire, c’est que je me suis mal exprimée. C’est ce que semble dire Marine Le Pen dès qu’elle parle de son programme monétaire.

Pendant plusieurs années, la présidente du Front national a expliqué avec éloquence que la France était malade de l’euro, qui lui interdisait une dévaluation salvatrice, et qu’il fallait donc opérer un "Frexit" – une sortie de l’union monétaire. Devant la résistance que cette idée inspire aux Français – selon les sondages, sept sur dix sont attachés aux billets communs à l’Europe – changement de cap au début de la campagne: à peine élue, elle allait négocier avec les partenaires de la France une réforme de l’Europe et de l’euro, disait-elle, et soumettre le projet au peuple, par référendum.

Nouveau changement de cap aujourd’hui. La sortie n’est plus un "préalable" indispensable pour remettre le pays sur pied, indique le Front national dans son Contrat de gouvernement. Là encore, l’inflexion est commandée par la politique. Pour s’allier avec les souverainistes et tenter de récupérer les électeurs de la droite classique dont le champion, François Fillon, a été éliminé, on a gommé tout ce qui peut effrayer le chaland. Rien de plus chatouilleux sur la dévaluation qu’un retraité et son assurance-vie.

Ce replâtrage tardif a provoqué une brassée de déclarations de la part des responsables frontistes. L’une assure que la sortie de l’euro pourrait ne pas se faire avant plusieurs années, l’autre estime au contraire que dans un an, les Français paieront leur baguette avec des francs. D’autres encore évoquent un double système avec l’euro et le franc, ou veulent revenir à l’ECU des années 1990, tandis que la chef maintient mordicus qu’elle n’a jamais varié de position. Et elle fustige les commentateurs qui s’étonnent d’un tel changement de pied à huit jours du scrutin. Quels mauvais esprits en effet! Comme ils pinaillent, ces défenseurs du Système! Il ne s’agit jamais que de la monnaie, le socle de l’économie, de la confiance, de la valeur de l’épargne des Français. Sortie en fanfare ou sortie en sifflet, aujourd’hui ou demain, euro, franc ou monnaie de Patagonie – l’intendance suivra, comme disait le Général.

Le problème est pourtant double. D’abord cette volte-face signale une singulière volatilité des convictions du Front national. Ensuite, avec une France restant dans l’euro et l’Europe, le programme de la candidate se trouve en partie inapplicable. Comment en effet mettre en place la taxe de 3% sur les produits importés, comment frapper de 35% les produits délocalisés, comme les désormais fameux sèche-linge de Whirlpool? Plus sérieux encore, impossible de mettre la main sur le trésor de Rackham le Rouge – la Banque de France et sa planche à billets, aujourd’hui indépendante, que le Front national veut remettre sous tutelle politique nationale pour financer un plan de dépenses nouvelles qui se chiffre en dizaines de milliards d’euros.

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