chronique

Nouvelles frontières, plus européennes, pour la France | Par François Lenglet

Emmanuel Macron a pour objectif de réconcilier les Français avec l'Europe, et donc renforcer les liens avec l'UE, tout voulant renforcer les frontières de l'Union.

Voila vingt ans que tout président français, quel que soit son bord politique, se précipite à Bruxelles à peine élu, avec toujours la même requête: solliciter de la Commission et du Conseil un délai pour revenir à 3% de déficit. En clair, obtenir la permission de dépenser davantage, qui pour relancer la croissance, qui pour faire les fameuses "réformes structurelles", selon que le nouvel élu est de gauche ou de droite. Rien de tel cette année.

Macron, tout en ayant davantage de crédit politique que n’en a eu aucun de ses prédécesseurs, n’utilise pas cette denrée très périssable pour boucler ses comptes. Alors que la situation budgétaire n’est pas excellente. François Hollande et son équipe, fidèles là aussi à une tradition nationale, ont mis la poussière sous le tapis avant de quitter le pouvoir. Mais le problème devrait être réglé par des coupes budgétaires – à préciser, bien sûr au lendemain de l’élection de ce dimanche, car on ne prend pas les mouches avec du vinaigre, fût-il budgétaire.

Macron a une tout autre idée. C’est sur des sujets proprement européens qu’il compte se battre.

Macron a une tout autre idée. C’est sur des sujets proprement européens qu’il compte se battre, en utilisant sa légitimité toute fraîche, qui devrait être encore renforcée par une victoire massive aux législatives de demain. La refonte de la directive Travailleurs détachés, tout d’abord, pour limiter le recours à cette forme de salariat qui déstabilise les petites entreprises du bâtiment et les exploitations agricoles, à cause de la concurrence qu’elle exerce. Il y a quelque 250.000 travailleurs détachés en France, et il y en aurait encore autant non déclarés.

François Lenglet

L’autre sujet conflictuel est celui du contrôle des investissements étrangers en Europe, particulièrement dans les secteurs dits "stratégiques", et particulièrement les investissements venant de pays qui n’offrent pas la réciprocité. Pour parler clair, de la Chine. Le nouveau pouvoir français souhaiterait mettre en place un mécanisme d’autorisation, au plan européen, comparable à celui qui existe aux Etats-Unis avec le CFIUS. Sur ce dossier, il peut s’adjoindre le renfort de l’Allemagne qui, après avoir été vigoureusement contre, a changé d’avis. L’affaire Kuka est passée par là. L’année dernière, des intérêts chinois ont pris le contrôle de cette entreprise de robotique, de tout premier plan mondial, au nez et à la barbe du gouvernement fédéral.

Dans les deux cas, il s’agit de renforcer les frontières extérieures de l’Europe. Avec un objectif politique: pour réconcilier les Français avec l’Europe, estime Macron, il faut que celle-ci soit protectrice. Qui dit protection dit immanquablement frontières. Comment concilier cela avec le projet européen, qui s’est construit sur la disparition des frontières? Justement en renforçant les frontières, non pas nationales, mais extérieures du continent. Une bonne façon de concilier le protectionnisme français et la construction d’une identité européenne.

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