chronique

Transfuges et tête-à-queue | par François Langlet

La première semaine du président Macron vue par François Lenglet, journaliste et essayiste français.

Un petit vent rafraîchissant. C’est le climat qui règne à Paris pour la première semaine du quinquennat Macron. Un discours d’investiture simple et clair, une rencontre amicale avec Merkel à Berlin, et un gouvernement largement composé de têtes nouvelles, que le Président a dûment chapitrées sur l’exigence d’efficacité et d’exemplarité, lors du premier conseil des ministres. Une réunion qui avait été exceptionnellement retardée de mercredi à jeudi, pour prendre le temps de vérifier que les ministres pressentis sont en règle avec l’administration fiscale. La moralisation de la vie publique fera d’ailleurs l’objet du premier texte de cette législature, porté par François Bayrou, le nouveau Garde des Sceaux. Avec remise en cause des privilèges fiscaux et sociaux dont profitent les élus jusqu’à aujourd’hui.

Sous son apparence bonhomme, cette première semaine n’aura pourtant pas été exempte de calculs politiques. En nommant un Premier ministre de droite, Macron a obtenu exactement ce qu’il souhaitait: à la veille des législatives, la droite est plus confuse et divisée que jamais. Après avoir combattu le jeune candidat pendant la campagne présidentielle, elle avait appelé à voter pour lui afin de faire barrage à l’extrême droite. Nouveau tête à queue aujourd’hui: elle critique les transfuges issus de ses rangs qui ont rejoint le camp présidentiel, tout en expliquant qu’elle travaillera avec le Président si elle remporte les élections…. Comprenne qui pourra.

Macron a nommé deux ministres de droite à Bercy, siège des ministères de l’Economie et du Budget. Histoire de leur faire faire le "sale boulot".

Un tantinet retors, Macron a nommé deux ministres de droite à Bercy, siège des ministères de l’Economie et du Budget. Histoire de leur faire faire le "sale boulot", en particulier l’augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG), dont il a besoin pour boucler son budget. Comment leur famille politique va-t-elle pouvoir critiquer une augmentation d’impôts portée et défendue par deux des siens? Pour résumer, les dirigeants de la droite ont été gentiment installés dans la machine à prendre des fessées, par un bambin réputé inexpérimenté.

Les Français apprécient, les sondages sanctionnent de façon fort positive la composition du gouvernement. Macron a réussi à atténuer le fameux clivage droite-gauche, qui structure depuis toujours la vie politique française. Un effacement qui n’est qu’une illusion, assurent les briscards de la politique, élus ou journalistes qui parient sur le retour prochain des bons vieux affrontements dans les travées de l’Assemblée nationale. Et si les briscards se trompaient, victimes de leurs habitudes et de leur besoin de perpétuer le seul monde qu’ils connaissent? Personne ne sait si cela va réussir, ni même si cela va durer. Mais les Français ont envie d’essayer. Le seul problème est de savoir de quoi on va parler désormais, dans les repas familiaux du dimanche, si l’on ne se dispute plus à propos de la politique.

 

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