«La discipline est la clé de notre succès»

Pour la deuxième année consécutive, la Banque de Luxembourg remporte le Super «L’Echo & De Tijd Fund Award». Ce prix prestigieux est décerné au gestionnaire le plus performant dont le fonds a affiché les performances les plus régulières ces 5 dernières années. «Nous ne suivons pas les modes. Ce principe nous empêche parfois de tirer profit de certaines opportunités mais nous évite de foncer régulièrement dans le mur», explique Guy Wagner, économiste en chef de la banque luxembourgeoise.

Quels sont les facteurs de succès de vos fonds?

«D’abord, nous sommes très disciplinés dans notre stratégie d’investissement. Lorsque nous achetons, le prix joue un rôle crucial. Nous refusons de payer trop cher et de suivre les phénomènes de mode. Pour les actions, c'est très simple: nous achetons exclusivement des titres de qualité à des prix attrayants. Il nous arrive donc de nous écarter largement de l'indice de référence. Au rayon des produits à revenu fixe, nous n'investissons pas dans des obligations d'entreprises individuelles. Nous considérons ces instruments comme une voie intermédiaire trop complexe entre les actions et les obligations d’État. Nous privilégions les instruments de base. L'an dernier, nous avons exceptionnellement acheté une obligation d’Heineken, qui offrait un rendement de 7%, mais nous considérions plutôt cette opération comme une opportunité à court terme. Dans le fonds mixte, nous investissons dans les obligations d'entreprises de manière diversifiée à partir de fonds de tiers.»
Cette vision à contre-courant ne vous oblige-t-elle pas à renoncer fréquemment à certaines opportunités?
«C’est vrai que cette stratégie nous contraint parfois à faire l’impasse sur un surcroît de rendement, mais elle a le mérite de nous éviter de malheureux accidents. La bulle Internet, en 1999, a par exemple été une période difficile. Il fallait convaincre nos clients que les actions Internet étaient trop chères. Mais lorsque vous expliquez qu'une action est trop chère à 30 euros, votre position devient difficile à tenir si elle s’échange à 60 euros quelques mois plus tard. Raison pour laquelle il est primordial de connaître ses clients et de les informer convenablement. Nous essayons d'éviter qu’ils essuient de trop lourdes pertes sur leurs portefeuilles car il faut énormément de temps, le cas échéant, pour revenir au niveau de départ.

Après l’ascension de 2009, sommes-nous en terrain dangereux?

« En consultant le graphique des cours depuis 1900, vous verrez que les Bourses montrent deux types d’évolu-tions à long terme. Le graphique présente une succession de périodes d’évolu-tions latérales et de périodes nettement haussières. La différence entre ces deux périodes n’a aucun lien avec la croissance des bénéfices des entreprises. C'est juste une question de valorisa-tions. Entre 1982 et 2000, nous étions dans une tendance haussière; depuis 2008, l’évolution est plutôt latérale. Bien entendu, même en période d'évolution latérale, les Bourses ne restent pas tout le temps au même niveau : on note des mouvements cycliques. Mais les indices sont aujourd’hui à peu près à leur niveau de 2000, et je m'attends à ce que cette période d'évolution latérale se prolonge encore un peu. La tendance haussière ne démarrera que lorsque les actions seront encore beaucoup plus vilipendées. Ce fut par exemple le cas en 1982. »

Le redressement boursier ces derniers mois n’a-t-il pas été porté par la reprise ?

«Je ne suis pas aussi optimiste. Je ne crois pas non plus qu’on soit revenu au ‘business as usual’. La volatilité va rester très élevée dans les mois à venir. Je ne vois donc pas énormément de raisons de se précipiter sur les actions. Cela dit, ce n'est pas parce que l'on ne croit pas aux marchés qu’ils ne recèlent pas d'opportunités d'investissement. Certains segments sont relativement bon marché. C’est notamment le cas des entreprises non cycliques qui produisent des biens de grande consommation comme Procter & Gamble et Coca-Cola. Ces secteurs ont moins progressé que le marché en 2009. Le secteur pharmaceutique est aussi alléchant, à la fois pour des raisons démographiques et de valorisation. C'est précisément dans des périodes d'évolution latérale et de forte volatilité, comme celle que nous connaissons, que les bons choix d’actions permettent de faire la différence. Les dividendes constituent un autre élément important au cours des périodes d’évolution latérale. Les actions d’entreprises généreuses en dividendes nous intéressent particulièrement car nous croyons qu’elles seront plus performantes dans la phase que nous connaissons. Nous sommes par exemple très positifs pour Belgacom qui, avec un rendement de dividende net de 7%, est en outre entre les mains de l’État belge.»

Quel regard portez-vous sur le marché obligataire et les problèmes de la Grèce?

 «La Grèce a profité de la convergence de taux avec d’autres pays européens ces dernières années et aujourd'hui, elle le paie. Les Grecs devront rassembler 35 milliards d’euros cette année. Peutêtre réussiront-ils mais le problème ne serait que reporté. Il n’existe pas de solution parfaite pour la Grèce. La seule piste envisageable est une baisse du niveau de vie. Parmi les obligations d’État, nous nous concentrons sur les emprunts en euro de pays centraux, mais nous restons aussi attentifs aux émissions de pays de qualité comme la Norvège, l’Australie et le Canada. Au rayon obligataire, il est crucial d’acheter des obligations avec la bonne échéance.

Entendez-vous lancer de nouveaux fonds?

 «Non. Notre assortiment est limité mais c'est un choix délibéré découlant de notre volonté de ne pas suivre les modes. Les seuls fonds que nous ayons lancés ces dernières années sont un fonds mixte, un fonds spécialisé dans les entreprises distribuant un généreux dividende et un fonds spécialisé dans les marchés émergents. Pour une raison très simple: ce sont nos thèmes d’investissement de prédilection.»

FICHE TECHNIQUE

Website:
www.banquedeluxembourg.com
Encours:
7 milliards d’euros
Nombre de fonds sur le marché belge:
 20
Nombre de collaborateurs:
750

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