Publicité

Le G20, un format appelé à durer ?

Créé en 1999 après la crise financière asiatique, le G20 avait pour avantage, par rapport au G8, d'inclure les grands pays émergents. Mais ses réunions se limitaient à des échanges annuels entre ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales, sans réelle visibilité politique.

PARIS, 27 mars (Reuters) - Enceinte quasi confidentielle il y a encore quelques mois, le G20 a trouvé avec la crise une visibilité nouvelle qu'il entend conserver.

Les sommets de Washington en novembre puis de Londres le 2 avril prochain auront presque relégué le G8 aux oubliettes mais, une fois l'urgence passée, reste à savoir quel format restera pour incarner la gouvernance économique mondiale.

"Ce n'est pas la priorité parce qu'à Londres il s'agira de prendre des décisions concrètes (sur la crise), mais il y aura à un moment une discussion sur la pérennité ou non de ces réunions de chefs d'Etat du G20 et sur l'articulation entre les sommets du G8 et les sommets du G20," déclare-t-on de source française.

Créé en 1999 après la crise financière asiatique, le G20 avait pour avantage, par rapport au G8, d'inclure les grands pays émergents. Mais ses réunions se limitaient à des échanges annuels entre ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales, sans réelle visibilité politique.

Le sommet de Washington le 15 novembre, en pleine tempête financière, lui a conféré un statut nouveau qui sera confirmé à Londres le 2 avril.

En face, le G8, à l'origine une création française sous Valéry Giscard d'Estaing en 1975, montre ses limites.

Selon des projections de l'économiste britannique Angus Maddison, le "club des riches" représentait 44% de l'économie mondiale en 2003 mais son poids ne sera plus que de 31% en 2030.

Le G20 hors G8 verra dans le même temps son poids dans l'économie mondiale passer de 39% à 51%, sous l'influence des grands pays émergents que sont la Chine, l'Inde ou le Brésil.

"Le G20 restera, même à cet horizon assez éloigné, la bonne enceinte pour représenter les intérêts de l'économie mondiale," estime-t-on de source française.

Le G20 a pour autre avantage d'avoir un format à géométrie variable. Le sommet de Washington avait ainsi accueilli l'Espagne et les Pays-Bas qui ne font pas partie du groupe. Celui de Londres s'ouvrira à bon nombre d'organisations internationales comme l'Asean, le FMI, la Banque mondiale, les Nations unies ou l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

L'AFRIQUE SOUS-REPRESENTÉE

Mais le format a aussi ses insuffisances. Le G20 ne compte parmi ses membres qu'un seul pays africain, l'Afrique du Sud, ce qui revient à dire que la problématique des pays les plus pauvres, en particulier de l'Afrique sub-saharienne, y est assez mal représentée.

Leurs intérêts sont portés par procuration par l'Afrique du Sud mais aussi, par tradition, par la France et la Grande-Bretagne, anciennes puissances coloniales.

Les ministres et gouverneurs des banques centrales de la zone franc ont ainsi été reçus par la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, avant le sommet de Londres et le Premier ministre britannique Gordon Brown y a invité un représentant africain en plus de l'Afrique du Sud.

"Quand on dit ça aux Africains ils sont contents qu'on les défende mais ils préféreraient quand même être là", admet-on de source française. Mais le format à géométrie variable du G20 pourrait aussi nuire à son efficacité en cas de tiraillements ou de désaccords entre de trop nombreux membres.

Les causeries de coin du feu du G8 seront difficiles à tenir à 20 ou plus.

Conscients de la difficulté, les économistes de Goldman Sachs proposent ainsi de créer un G14 comprenant le G7 actuel (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada) plus le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine (pays dits BRIC), le Mexique, l'Arabie saoudite et l'Afrique du Sud.

Et, au sein de ce Groupe des 14, d'établir un G4 qui réunirait les Etats-Unis, l'Union européenne, la Chine et le Japon pour discuter des questions les plus cruciales.

"En matière de gouvernance internationale, le G20 est certes une avancée par rapport à l'étroitesse des G7-G8. Cependant, une vision pragmatique appelle la consolidation des pays représentés en un G4 dans le G14," écrit Goldman dans une note récente.

Les membres du G20 sont : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, Union européenne.

par Véronique Tison

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés