La ministre Galant avait refusé de renforcer la sécurité à Brussels Airport

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L’administration avait formulé à plusieurs reprises une demande de renforcement de la sûreté à Brussels Airport, que le cabinet Galant a ignoré.

La ministre fédérale de la Mobilité, Jacqueline Galant (MR) avait-elle sous-estimé les questions de sécurité à Brussels Airport? Selon nos informations, le président du SPF Mobilité et Transports, Laurent Ledoux avait, après l’attaque terroriste ratée du 21 août dans un train Thalys et aux lendemains des attentats du 13 novembre à Paris, formulé une demande pour renforcer la sécurité dans les aéroports belges. Visiblement, la demande effectuée le 1er février 2016 avait essuyé un refus via la cheffe de cabinet adjointe, Dominique Laurent. Elle aurait été renouvelée à plusieurs reprises dont la dernière date du 11 avril et n’aurait pas suscité beaucoup d’enthousiasme. La demande de l’administration s’inscrivait dans le cadre des 400 millions dégagés par le fédéral pour sécuriser le pays contre la menace terroriste.

400 millions €
Le fédéral a dégagé 400 millions d'euros pour renforcer la sécurité du pays.

A ce jour, l’administration dispose seulement de six inspecteurs (2 francophones et 4 néerlandophones) pour superviser le travail des sociétés chargées de la sécurité dans tous les aéroports belges. Peu, estime l’administration, surtout face aux nouveaux défis. Contacté par nos soins, le cabinet Galant relativise et soutient avoir pris les choses en mains. "Nous avons fait une demande visant à renforcer la cellule de crise Mobilité du SPF avec du personnel supplémentaire mais, pour l’instant, cette demande n’a pas été rencontrée, faute d’accord au gouvernement. Il semble qu’elle ne rencontre pas les critères pour prétendre aux 400 millions", rétorque Axelle Pollet, porte-parole de Jacqueline Galant.

Contrat d’administration en rade

Elle rappelle que la ministre de la Mobilité n’est pas la seule concernée dans le dossier et qu’il y a aussi les demandes du ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), dans le cadre de la PNR (Passenger named record), soit l’enregistrement des données sur les passagers en déplacement au départ de la Belgique.

Laurent Ledoux, le président du SPF Mobilité ©BELGA

La réaction du cabinet Galant avait suscité l’incompréhension de l’administration avec laquelle les relations demeurent conflictuelles, principalement avec son président Laurent Ledoux. La relation entre la ministre et le premier responsable de son administration est si désastreuse aujourd’hui qu’elle pénalise le bon fonctionnement des affaires. Il y a notamment le contrat d’administration qui n’est toujours pas signé. Il semble que la ministre Gallant considère que l’administration n’est là que pour exécuter sa politique. Or, un arrêté royal consacre les tâches relatives à la préparation des politiques et leur évaluation qui sont confiées à l’administration.

L’administration n’a toujours pas digéré le fait que la ministre Galant l’ait chargé dans le dossier Clifford Chance. "Contrairement à ce que dit le cabinet, il n’y a pas qu’avec le président Ledoux que les relations sont conflictuelles. Beaucoup d’agents se plaignent de ne pas être respectés dans leur travail ou qu’on les convoque au cabinet sans en informer la hiérarchie", nous ont confié plusieurs sources en interne.

Cliffordgate: une facture de 406.000 euros pour l’etat

La polémique sur le dossier d’attribution irrégulière de contrats par le cabinet Galant au cabinet d’avocats Clifford Chance est désormais clause. Place maintenant aux factures. Selon nos informations, le SPF Mobilité et Transports les a reçues.

D’après les documents dont nous avons eu connaissance, l’ardoise finale s’élève aujourd’hui à un total de 406.397,04 euros. Le travail consistait à élaborer une nouvelle route aérienne pour sécuriser l’élaboration des trajectoires de survol de Bruxelles par les avions de Brussels Airport.

Il était aussi question de trouver une solution pour aider financièrement des compagnies aériennes (principalement Brussels Airlines) présentes sur le tarmac bruxellois face à la concurrence déloyale de Ryanair.Aujourd’hui, les observateurs se demandent si le travail du réputé cabinet d’avocats a servi à quelque chose.

Les deux dossiers sont toujours au point mort et n’ont pas beaucoup avancé. Les discussions se poursuivraient toujours avec la Commission européenne sur le dossier des aides aux compagnies aériennes. Les premiers 19 millions prévus pour elles sont toujours sur un compte en attendant le feu vert de l’Europe qui doute de la démarche des autorités belges. Sur le dossier du survol de Bruxelles, le cabinet Galant travaille toujours sur des solutions, mais ne donne plus d’échéance pour leur atterrissage.

L’Etat condamné par défaut

"Madame la ministre, vos méthodes sont dignes de la Gestapo."
Laurent ledoux
président du spf mobilité et transports

Récemment, la ministre aurait demandé les noms des agents qui se plaignent, elle a essuyé un refus. Le président Ledoux aurait d’ailleurs dit lors d’une réunion du 10 mars que les méthodes du cabinet et de la ministre Galant n’ont rien à envier à celle de la Gestapo! Des propos qui ont choqué la bourgmestre en titre de Jurbise qui l’a fait savoir à son chef d’administration dans son courrier.

Selon nos informations, Laurent Ledoux a adressé un courriel à la ministre Galant détaillant les "ratés" de son cabinet. Il est question notamment du fait que l’Etat belge a été condamné deux fois par défaut à des astreintes parce que le cabinet a oublié de transmettre l’invitation du greffe de la justice à l’administration. Il s’agit du dossier juridique "Leuven Rechtdoor" (itinéraire des avions empruntant la route aérienne 07 survolant Louvain et contestée par les riverains) et qui a valu à l’Etat des astreintes de plus de 50.000 euros.

Le cabinet Galant relève que des problèmes peuvent également être reprochés à M. Ledoux, notamment des départs dans sa cellule juridique sans que cela ne l’émeuve.

Le cabinet Galant a d’ailleurs confié un audit à KPMG pour une analyse des processus et des besoins de la Direction générale du transport aérien (DGTA). Contacté par nos soins, Laurent Ledoux s’est refusé à tout commentaire.

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