L'Europe reporte son vote sur le glyphosate

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Les "Vingt-Huit" ont reporté leur vote très attendu sur le renouvellement du glyphosate, mieux connu sous le nom de Roundup. Le produit de Monsanto est épinglé dans un rapport des nations unies comme cause "probable" de cancer.

Le débat dure depuis plus de deux ans, sur fond d'intérêt industriels et d'interrogations sanitaires. Le vote très attendu des Etats membres de l'Union européenne sur la prolongation du glyphosate a été reporté.

"Le comité permanent de la santé animale et phytosanitaire a eu lieu (...) aucune conclusion n'a pu être tirée, il y a eu des oppositions de certains Etats membres", a dit Anca Paduraru, une porte parole de la Commission européenne. "La prochaine réunion sera décidées sous peu".

Les 28 délégations nationales étaient supposées voter ce mercredi une nouvelle proposition de la Commission visant à prolonger l'autorisation de cet herbicide très contesté pour une période de cinq à sept ans.

Cette dernière proposition, formulée hier de manière inattendue par l'exécutif européen, modifie un texte initial dans lequel la prolongation était de dix ans.

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Le débat est monté en puissance ces dernières semaines, la prolongation de l'autorisation du glyphosate expirant à la fin de cette année. La France, sous l'impulsion de son président Emmanuel Macron, avait annoncé qu'elle voterait contre le renouvellement du glyphosate pour dix ans, préférant une période réduite. L'Italie et l'Autriche sont également opposées au renouvellement. 

La Belgique s'est dit en faveur d'une période de cinq ans, avec un arrêt progressif de la vente du produit.

"Le changement d'avis de la France a été déterminant" selon plusieurs sources.

Les industriels du secteur, désireux de voir l'herbicide vedette de Monsanto rester sur le marché, plaident pour une durée de quinze ans.

A l'opposé, les ONG et certains partis politiques européens, comme les Verts et les sociaux-démocrates, réclament la suppression immédiate de cette autorisation. Elles se basent sur un rapport de l'OMS établissant l'effet cancérogène "probable" pour l'être humain de ce produit, composant principal du Roundup.

Les conclusions de l'OMS s'opposent à celles de deux agences européennes, l'Efsa, chargée de la sécurité des aliments et l'Echa, responsable de la régulation des produits chimiques.

Le report du vote devrait permettre de "trouver une solution qui bénéficie du soutien le plus large possible, qui assure un haut niveau de protection de la santé humaine et de l'environnement."
Porte-parole de la Commission européenne

Les ONG accusent ces agences et l'UE de prendre parti pour les lobbyistes de l'industrie agro-chimique.

Mardi, un vote du Parlement européen a exigé que la Commission revoie sa proposition. Ce vote, non contraignant, a pesé sur la décision de l'exécutif européen. Les députés européens sont en faveur d'un retrait progressif du glyphosate d'ici 2022

Pour les eurodéputés, les pressions exercées par Monsanto sur les autorités publiques, par des courriers et des documents internes révélés lors d'affaires judiciaires aux Etats-Unis, font douter de la bonne foi du groupe Américain.

La réunion reportée

La Commission européenne fixera "sous peu" un nouvelle date de réunion pour que les délégations nationales puissent exprimer. L'objectif? "Trouver une solution qui bénéficie du soutien le plus large possible, qui assure un haut niveau de protection de la santé humaine et de l'environnement", poursuit Anca Paruro.

Pour être adoptée, la proposition de la Commission doit être soutenue par seize Etats membres sur 28 représentant au moins 65% de la population.

Le débat est de la plus haute importance pour le secteur de la chimie, le géant Bayer ayant entrepris de racheter Monsanto.

Si les Etats européens ne parviennent pas à prendre une décision, la Commission devra décider seule. Une perspective qu'elle ne souhaite pas, vu la polémique sur les effets sanitaires du produit. 

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