Le glyphosate prolongé, l'Europe promet plus de transparence

Un fermier français inspectant le système de pulvérisation de son tracteur, chargé au glyphosate. ©REUTERS

La Commission européenne prolonge officiellement de 5 ans le glyphosate, sur recommandation des États membres. Elle répond aussi à une pétition européenne qui demandait l'interdiction du pesticide. Et promet une modification de la législation pour plus de transparence sur ce type de décisions.

C'est un numéro d'équilibriste auquel s'adonne aujourd'hui la Commission européenne. Tout en adoptant officiellement la prolongation de l'autorisation du glyphosate pour cinq ans - décidée par les États membres -, elle répond à une pétition signée par plus d'un million de citoyens européens (dont 56.068 Belges) pour interdire le pesticide. Sur sa corde, le funambule européen cherche l'équilibre entre deux messages. Rassurer, d'une part, sur le fait que cette substance ne pose pas de problème pour la santé et que le processus décisionnel à son égard est transparent. Et accuser, d'autre part, bonne réception du message inquiet des Européens en leur promettant... une transparence accrue.

"Il n'y a pas pour l'instant de base scientifique ou légale pour justifier l'interdiction du glyphosate"
Commission européenne

"Il n'y a pas pour l'instant de base scientifique ou légale pour justifier l'interdiction du glyphosate", explique l'exécutif européen. Le glyphosate est arrivé dans les champs européens en 2002. Son utilisation jusque dans des champs à proximité d'habitations est "sûre", mais la Commission a demandé l'an dernier aux Etats membres de limiter son utilisation dans les parcs publics ou les plaines de jeux, et a interdit à l'échelle européenne un coformulant dangereux. Le glyphosate est "sûr", jusqu'à un certain point, donc. Et comme pour brouiller les cartes, la Commission souligne que les agriculteurs "doivent préférer des méthodes non chimiques" quand c'est possible.

Face à la division des États membres sur la question, la Commission a proposé de limiter le renouvèlement du glyphosate à 5 ans (alors que la durée habituelle est de 15 ans). Le 27 novembre dernier, les États membres ont adopté de justesse la décision à la majorité qualifiée après que le ministre allemand responsable ait pris sur lui de valider le renouvèlement contre l'avis de son gouvernement.

La Commission européenne s'est fait quant à elle une religion en la matière sur base des évaluations de l'Agence européenne des produits chimiques (Echa) et l'Autorité européenne de la sécurité alimentaire (Efsa). Selon des "analyses approfondies des données disponibles", il n'y a "pas de lien entre le glyphosate et le cancer chez l'humain", affirme la Commission.

Pourtant celle-ci doit envoyer une demande à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour qu'elle "clarifie si des différences subsistent entre les évaluations du glyphosate menées par le CIRC et le JMPR" (respectivement: l'Agence internationale de recherche sur le cancer et la réunion conjointe de l'OMS et de la FAO sur les résidus de pesticides). Drôle de question tant la réponse est déjà limpide : les deux organismes étudient des pommes et des poires. Le CRIC, qui considère le glyphosate comme "cancérigène probable" analyse ce qu'il pourrait arriver en toute circonstance. Le JMPR se concentre sur les résidus de glyphosate ingérés par les consommateurs, et conclut qu'ils ne sont probablement pas cancérigènes.

Plus de transparence

Aux Européens signataires de la pétition - l'"initiative citoyenne" - la Commission souligne qu'elle n'autorise la mise sur le marché de produits que lorsqu'il y a "des preuves objectives d'utilisation sûre". Ce qui peut paraître paradoxal avec cette plume qu'elle se plante au chapeau : en 25 ans, elle a réduit de moitié le nombre de substances actives mises sur le marché. 

La décision sur le glyphosate a été prise suite à "un processus scientifique complet et transparent". Mais la Commission va proposer de modifier les règles actuelles pour "s'assurer que les études scientifiques soient accessibles publiquement". Une proposition législative sera présentée au printemps 2018 pour "améliorer la transparence, la qualité et l'indépendance des évaluations des substances", en rendant par exemple public l'accès aux données brutes qui mènent à ces évaluations. Tout est remarquablement transparent, assure l'équilibriste du Berlaymont, mais à l'avenir ça le sera plus encore.

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