edito

Le grand méchant glyphosate

Frédéric Rohart

Renouvellement de la licence de l’herbicide

Le glyphosate, ce n’est pas cher et efficace, beaucoup d’agriculteurs vous le diront. Pour peu, le désherbant le plus aspergé au monde serait même bon pour la nature puisqu’il se substitue à des herbicides plus toxiques. Pourtant, au moment où les États membres doivent se prononcer sur le renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate, le Parlement européen demande sa suppression progressive d’ici 2022. Il n’aura échappé à personne qu’il y a anguille sous roche.

Pendant que le doute frappe un coup à gauche, un coup à droite, on retrouve du glyphosate dans l’urine d’Alex Vizorek…

Des scientifiques qui se succèdent pour étaler leurs suspicions (le mot est faible) sur les conséquences sanitaires de ce produit. Des cas inquiétants appuient leurs études en éprouvettes – on épingle au hasard ce fermier et son chien morts du même type de cancer après quelques décennies à arpenter des champs pulvérisés. L’industrie jure ses grands dieux que tout va bien et que d’ailleurs d’autres scientifiques abondent dans son sens. Des journalistes dévoilent que certains de ces autres scientifiques étaient payés par ladite industrie pour signer des copier-coller de travaux internes. Des agences d’évaluation indépendantes confirment qu’il n’y a pas de risque. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dit l’inverse. Et pendant que le doute frappe un coup à gauche, un coup à droite, on retrouve du glyphosate dans les biscuits, les glaces, les céréales et l’urine d’Alex Vizorek…

Son interdiction est devenue un enjeu politique. Parce qu’à ce stade de la controverse, et alors que 1,3 million d’Européens ont signé une pétition contre ce produit, aucun responsable ne peut plus faire le gros dos. Mais une interdiction du glyphosate n’aura de sens que si elle va de pair avec la promotion d’une agriculture alternative aux monocultures intensives dont ce produit a encouragé l’éclosion. L’interdiction devra être progressive et couplée au développement de solutions soutenables pour les agriculteurs, et compatibles avec la biodiversité. C’est un pas de géant à accomplir, qui ne se réglera pas d’un trait de plume sur le grand méchant glyphosate.

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