Monsanto a payé des scientifiques pour rassurer sur le glyphosate

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Peut-on vraiment avoir confiance dans l'indépendance des scientifiques lorsqu'ils sont payés par une entreprise en difficulté? Monsanto n'a en tout cas pas hésité à manipuler des publications scientifiques concernant son produit-phare, le Roundup.

Le glyphosate est-il cancérigène? D'après l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), oui. D'après l’Agence européenne de sécurité des aliments, non. Comment se fait-il que les nombreux avis scientifiques sur le sujet divergent autant?

D'après les détracteurs de l'insecticide Roundup, soutenus par une récente enquête du journal Le Monde, la raison est à chercher du côté de Monsanto . L'entreprise aurait écrit elle-même des articles et études scientifiques avant de les faire signer par des scientifiques reconnus. Rémunérations à la clé. Ces sources dédouanent évidemment le glyphosate...

Les "commandes" de Monsanto

Le glyphosate a fait son apparition il y a une quarantaine d'années. Aujourd'hui, on le retrouve partout: dans l’air, dans l’eau, dans le sol, dans les cultures. D'où la question importante de sa toxicité. Mais derrière ce "oui" ou ce "non", il y a beaucoup d'argent à perdre ou à gagner pour Monsanto.

Alors après le verdict de l'OMS, l'entreprise a organisé une contre-attaque. Preuves à l'appui. Dans le cadre de procédures judiciaires aux États-Unis, Monsanto a en effet dû dévoiler toute une série de documents. Les exemples piochés par Le Monde sont édifiants.

• Novembre 2010, une toxicologue de Monsanto fournit les "46 premières pages" d'un manuscrit qui seront utilisées par un cabinet de consultance spécialisé dans le cadre d'un article publié dans le Journal of Toxicology and Environmental Health. Le nom de l'employée est volontairement omis lors de la publication.

• Février 2015, le cabinet de consultants Intertek rassemble une quinzaine d'experts... sur demande du responsable de la sécurité des produits réglementés chez Monsanto. Les articles publiés en septembre 2016 n'établissent à nouveau par de liens entre le glyphosate et le cancer.

• Mars 2015, le magazine Forbes publie un article du biologiste américain Henry Miller qui dédramatise l'impact du glyphosate. En amont, l'entreprise lui avait donné un "brouillon de haute qualité" qui a été publié presque sans modification.

Budget pour le "ghostwriting"

Fournir des articles clé-sur-porte qu'il ne reste plus qu'à faire signer à une pointure du secteur, c'est ce qu'on appelle le "ghostwriting". Mais ce procédé n'est pas sans risque pour la réputation de ces scientifiques. Du coup, pour les attirer, il faut leur promettre une rémunération intéressante.

"On maintiendrait le coût au plus bas en écrivant nous-mêmes, et ils n'auraient plus qu'à éditer et écrire leur nom, pour ainsi dire." (Le Monde)
William Heydens
Responsable de la sûreté des produits chez Monsanto

Ainsi, un certain John Acquavella a reçu plus de 18.000 euros pour faire partie du panel d'experts mis sur pied par Intertek. David Kirkland, spécialiste britannique en génotoxicité a de son côté gagné 1.770 euros par jour pendant 10 jours. Monsanto a aussi établi des forfaits à l'année, qui ne dépassaient toutefois pas 10.000 dollars par an, sauf exception...

Et après avoir "acheté" des scientifiques, Monsanto repassait encore sur leurs textes avant publication. Juste pour être sûr. 

Alors, cancérigène ou pas?

Toutes ces manœuvres font mauvaise impression. Par ailleurs, des scientifiques indépendants établissent un lien entre le glyphosate et des problèmes de perturbation hormonale et de fertilité chez l’homme et l’animal.

En mars dernier, les experts de l'Agence européenne des produits chimiques ont toutefois déclaré que le glyphosate ne doit pas être classé comme produit cancérigène. Mais le débat reste ouvert tant que les États membres de l'Union européenne n'ont pas décidé de renouveler la licence de l'herbicide. Verdict en novembre. 

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