analyse

Un jugement américain ravive la flamme anti-glyphosate en Europe

Dewayne Johnson, le jardinier qui a contracté un cancer du système lymphatique après avoir utilisé du glyphosate ©AFP

Le jugement d’un tribunal américain contre Monsanto ranime la fronde contre le glyphosate en Europe. L’Allemagne pourrait l’interdire d’ici trois ans, le ministre français Hulot parle du début d’une "guerre" contre les pesticides.

En février dernier, le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis, comparait la fronde contre le glyphosate aux attaques dont Galilée a été victime en affirmant que la Terre tournait autour du Soleil. Si les gens se méfient de la science et notamment des "produits de protection des plantes", expliquait-il, c’est largement qu’ils sont mal informés. N’en déplaise au commissaire, le jugement rendu vendredi par un tribunal de San Francisco a ravivé la fronde anti-glyphosate en Europe. Le tribunal condamne Monsanto à verser 289 millions dollars à Dewayne Johnson, un jardinier qui a contracté un cancer du système lymphatique après avoir utilisé du glyphosate. Les jurés californiens ont estimé être en présence de "preuves claires" que Monsanto avait agi malicieusement en n’avertissant pas correctement l’utilisateur des risques du produit.

 

→ Lire également notre édito: "Le pesticide qui cache la forêt"

Les jurés étaient mal informés, considère la firme, qui assure avoir la science de son côté et annonce son intention de faire appel. Le groupe allemand Bayer, nouveau propriétaire de la firme, s’est dit confiant dans le fait que le glyphosate "est sûr et ne cause pas de cancer quand il est utilisé selon l’étiquette". La ligne est claire, et elle n’a pas fini d’être attaquée, alors que des milliers d’Américains se sont déjà manifestés comme victimes potentielles de Monsanto.

Transition agricole

De ce côté-ci de l’Atlantique, le jugement a galvanisé les partisans d’une interdiction de ce produit. Ce procès "doit accélérer la prise de conscience de l’Europe et notre transition vers un modèle agricole plus respectueux de l’environnement et de la santé humaine", a réagi le socialiste Éric Andrieu, le président de la commission spéciale du Parlement européen sur les pesticides. En France, le ministre de la transition écologique et solidaire Nicolas Hulot parle du "début d’une guerre" contre les pesticides les plus dangereux. Tandis qu’à Berlin, un porte-parole du ministère allemand de l’Environnement a indiqué que l’utilisation de pesticides à base de glyphosate pourrait être interdite au cours de la législature actuelle – qui se termine dans trois ans.

"Ce jugement doit accélérer la prise de conscience de l’Europe."
Éric Andrieu
Président de la Commission spéciale Pesticides du Parlement européen

Côté Belge, le ministre fédéral de l’Agriculture Denis Ducarme continue de plaider pour une suppression progressive du glyphosate dès lors que des alternatives seraient disponibles. De son côté, la Région bruxelloise a attaqué devant les juges de Luxembourg la décision de la Commission européenne de prolonger l’autorisation du glyphosate, pour non-respect du principe de précaution.

En novembre dernier, une majorité d’États membres s’était mis d’accord pour prolonger de cinq ans le visa de mise sur le marché du glyphosate. Ils fondaient cette décision sur les avis des autorités de régulation alimentaire et chimique européennes, selon qui le produit n’est probablement pas cancérigène pour l’homme. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé avait au contraire catégorisé le glyphosate comme "cancérigène probable".

La décision de la Justice américaine a galvanisé les opposants à l'utilisation du glyphosate. ©REUTERS

Les États membres peuvent choisir d’autoriser ou non l’utilisation de ce produit sur leur territoire. La Commission européenne, de son côté, suit la logique du commissaire Vytenis Andriukaitis: plus de transparence doit permettre de réduire l’hostilité du public à l’égard des pesticides, alors que 1,3 million d’Européens ont signé une pétition pour l’interdiction du glyphosate. En avril, la Commission a donc proposé de revoir les règles qui régissent le fonctionnement de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), en prévoyant notamment une rallonge budgétaire pour financer des études ad hoc en cas de nécessité.

En attendant, l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate est valable jusqu’en 2022 et il n’est pas exclu que le jugement américain et ses suites aient une influence sur la procédure de réévaluation en Europe.

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