interview

"Nous n'investissons pas pour un return, mais pour une société"

©BELGAPLUS

Se connaître et connaître l’environnement dans lequel nous investissons.

Telle est la ligne directrice d’Axel van der Mersch, administrateur délégué chez Brederode . L’homme affirme se préoccuper plus du projet d’une société que de ses chiffres trimestriels. Entretien.

Comment décririez-vous Brederode?
Brederode est une société holding dont les actifs financiers représentent 99,9% des actifs. Elle n’a pas d’activité industrielle directe, mais investit au travers de participations minoritaires dans des sociétés cotées et non cotées ("private equity").

Dans notre portefeuille de titres cotés, on observe une certaine stabilité d’une année de l’autre. Les tendances intrinsèques aux secteurs d’investissement doivent s’analyser dans un horizon de plusieurs années (de 5 à 10 ans). Il faut prendre le temps de bien étudier un secteur, de se pénétrer des forces et des contraintes qui l’animent. Et déterminer ensuite les acteurs qui, pour nous, ont les meilleures chances de développement à l’avenir.

"Brederode se positionne comme value investor, adepte du stock picking."

"Les tendances intrinsèques aux secteurs d’investissement doivent s’analyser dans un horizon de plusieurs années."

"Il faut une stratégie cohérente au niveau de l’investissement avec un potentiel de plus-value à long terme important et une capacité d’attirer une équipe de qualité."

"Nous recherchons le nombre optimum de participations qui réponde à la fois à la nécessité de diversification des risques et à la volonté de concentrer notre suivi sur un nombre limité d’investissements."

Comment est établie votre stratégie d’investissement?
Brederode se positionne comme "value investor" adepte du "stock picking". "Value investing" consiste à donner la priorité à la qualité intrinsèque d’une entreprise qui n’est pas reflétée par sa valorisation en Bourse. Le "stock picking" est l’approche qui privilégie la sélection d’entreprises individuelles plutôt qu’un secteur industriel ou géographique.

Quels sont vos critères d’investissement?
Nous investissons avant toute chose dans des équipes, dans des personnes. C’est crucial dans le "private equity". Plus que dans les sociétés cotées où vous avez déjà une stratégie, des produits, une activité présente. Ce sont vraiment deux approches différentes.

Pour le "coté", les choses essentielles sont une stratégie cohérente au niveau de l’investissement avec un potentiel de plus-value à long terme important et une capacité d’attirer et de motiver une équipe de qualité. On revient toujours à la personne. Ce qui est une bonne chose d’ailleurs. La finance n’est finalement qu’un intermédiaire. Il faut toujours se rappeler que derrière chaque investissement, il y a des idées, des personnes qui animent un projet. Et il faut essayer de voir à travers les chiffres, la valeur du projet et la capacité d’une équipe de personnes à le réaliser.

Au niveau des sociétés cotées, nous sommes attentifs à la liquidité des actions. C’est important pour l’horizon d’investissement. Même si vous faites un très bon investissement, si vous n’avez pas une claire vision de la sortie de celui-ci, cela peut devenir une contrainte.

Quand nous sommes convaincus que la valeur de la société est plus que reflétée par le marché, nous envisageons d’en sortir et d’en privilégier une autre — de qualité toujours! — mais qui nous paraît sous-évaluée. C’est essentiellement la stratégie du "value investor" avec, comme critère numéro 1, la qualité de la société.

Est-ce qu’il y a un signal d’alarme pour sortir d’un investissement?
Si nous avons basé notre investissement sur une stratégie donnée et qu’il y a un changement de stratégie qui ne nous paraît pas cohérent, cela remet évidemment en cause notre analyse. Nous pouvons adhérer à ce changement de stratégie. Mais si jamais nous sentons que le management change de direction parce qu’il est fébrile, parce qu’il ne sait pas se tenir à une stratégie, et qu’il veut la modifier pour saisir une opportunité puis une autre, ce sont de véritables signaux d’alarme.

"Le bon sens est l’une des meilleures cartes pour l’investisseur à long terme."

Par contre, nous sommes peu soucieux des mouvements boursiers journaliers sur un titre ou sur un avis annonçant que la société aurait manqué de quelques pour-cent son objectif trimestriel de vente ou de profitabilité. À nouveau, nous nous focalisons plutôt sur le long terme.

Il peut y avoir aussi des influences de l’extérieur. Même si nous avons une approche "bottom-up", nous n’allons pas analyser le poisson sans analyser la mare dans laquelle il nage. Est-ce que cela joue sur notre stratégie d’investissement? Oui. Mais cela ne sera pas prépondérant.

Avez-vous fixé des limites en matière d’investissement, notamment la taille de votre portefeuille?
De manière générale, il n’y a pas de règles strictes qui nous figent dans des pourcentages déterminés par secteur ou par devise, etc. Nous jouissons d’une très grande liberté d’action. En théorie, nous pourrions être dans 10 ou 20 ou 50 participations. Nous recherchons le nombre optimum qui répond à la fois à la nécessité de diversification des risques et à la volonté de concentrer nos efforts d’analyse et de suivi sur un nombre limité d’investissements. Car davantage de diversification permet d’écarter le risque diversifiable, mais en même temps, cela vous donne de plus en plus de lignes à suivre. Et vous risquez d’obtenir un rendement décroissant parce que vous serez moins à l’affût.

©mediafin

Quels seraient vos conseils pour un investisseur particulier?
La première étape, avant de commencer à investir: "Connais-toi toi-même". Il faut faire un travail d’introspection, pour déterminer ses objectifs, ses contraintes, sa perception du risque, sa capacité à le gérer, son horizon d’investissement, etc.

Ensuite, il ne faut jamais mettre ses œufs dans le même panier. La diversification me paraît importante. Il faut se diversifier, mais en gardant – et c’est là tout l’équilibre – un œil sur l’actualité. Il faut s’informer énormément mais ne pas se disperser.

Et alors utiliser son bon sens. À mon avis, il faut éviter d’investir dans quelque chose qu’on ne comprend pas vraiment. Pour moi, le bon sens est une des meilleures cartes de l’investisseur, à long terme. On n’investit pas pour un return, on investit dans une société. Il faut comprendre ce que fait cette société.

Enfin, il faut être patient. Il faut avoir beaucoup de patience. Ne pas vivre au jour le jour devant son écran, c’est un autre métier. Nous sommes des "value investors", nous sommes investisseurs à long terme, en bon père de famille.

Quels seraient vos conseils pour un investisseur particulier?
Bien entendu, la réponse dépend des profils de la holding et de l’investisseur. Brederode se positionne comme "value investor", avec une perspective à long terme et avec un souci de performance globale supérieure aux normes. Certains particuliers pourraient avoir une approche similaire mais sans avoir pour autant les mêmes outils à leur disposition. Chez Brederode, nous gérons le patrimoine de tous nos actionnaires comme nous gérerions notre propre patrimoine.

À lire le 8 août: Quest for Growth.

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