reportage

La machine vous simplifie la vie

François Baudart, cofondateur de Quimesis ©Kristof Vadino

Quimesis fabrique des robots industriels dans un vrai mouchoir de poche à Mont-Saint-Guibert. Des robots utiles qui ont pour objectif de rendre le travail physique moins pénible ou moins dangereux. Des robots qui n’ont pas vocation à remplacer l’homme mais à l’accompagner pour le rendre plus efficient.

La machine que François Baudart, co-fondateur de Quimesis, tient entre ses mains a le look d’un fer à repasser vintage. Mais la comparaison s’arrête là. Le dispositif orange qu’il nous présente contient une caméra 3D intégrée qui permet de mesurer le tonnage des arbres forestiers, comprenez le volume. Et bien plus encore. "Cet appareil, dont nous avons développé toute l’électronique et l’informatique pour TimbTrack, peut aussi mesurer la taille de l’arbre et mémoriser sa position géographique grâce son GPS", explique notre expert en électronique.

Quimesis entend produire une centaine de smartdevices TimbTrack en 2017. ©Kristof Vadino

TimbTrack est une startup belge qui veut simplifier la gestion forestière. Elle a fait appel à Quimesis, startup spécialisée dans la robotique basée dans l’Axisparc de Mont-Saint-Guibert, pour développer un robot lui permettant de simplifier la prise de mesure manuelle. "Actuellement, il est possible d’encoder manuellement le type d’arbre analysé, ajoute François Baudart. Mais à terme, il est envisageable que la machine puisse détecter le type d’arbre en fonction de sa morphologie. Pour cela, les caméras doivent encore évoluer."

Actuellement, une trentaine d’appareils sont en production. Quimesis souhaite atteindre la centaine cette année et augmenté la production l’année suivante.

Des robots pour s’amuser

Des machines et des hommes

Les chercheurs ne cessent d’"augmenter" l’être humain, d’améliorer ses performances, de prévenir ses maladies et, partant de là, de dépasser les limites liées à sa propre nature.

Nous sommes allés à la rencontre des pionniers belges, notre dossier >

Contrairement à bon nombre de startups du coin, Quimesis n’est pas une spin-off de l’UCL. À l’origine de cette belle histoire, il y a un club de robotique fondé par François Baudart (électronique), Lionel Convent (Mécanique), Cédric Eloy (Informatique) et Christophe Everaerts (Mécanique) sur les bancs de l’université. "Au départ, c’était surtout pour s’amuser. Ensuite, on a eu envie de faire des robots qui servent vraiment à quelque chose", commente François Baudart.

L’idée de départ de Quimesis, c’était de fabriquer des robots laveurs de vitre mais assez rapidement, le projet de base a bifurqué de sa trajectoire initiale. "On a commencé en créant une société robotique, mais on est resté dans la méca-électronique", explique François Baudart. L’équipe, composée d’une petite dizaine de collaborateurs, offre des profils techniques diversifiés: ingénieur civil ou en électromécanique, le tout avec une forte composante software.

Des robots pour servir

Ces multiples compétences et l’interaction réussie entre tous ces domaines ont attiré l’attention de Belrobotics, une société belge qui conçoit, fabrique et vend des tondeuses à gazon et des robots ramasseurs de balles de golf. "Belrobotics a fait appel à nous pour réaliser une version 2.0 de leurs tondeuses. Il avait besoin d’un renfort en R & D", commente François Baudart. Cette collaboration est significative pour la jeune pousse dans la mesure où elle lui a permis de financer ses propres projets. Tous exclusivement sur fonds propres, donc.

Les robots de Quimesis sont assemblés dans leurs bureaux à l’Axispark. ©Kristof Vadino

Actuellement, Quimesis a une quinzaine de projets qui tournent en parallèle. L’un de ceux-ci est rangé, démembré, au sommet d’une armoire dans les bureaux étroits de Quimesis à l’Axisparc. C’est un robot en quatre parties, toutes de moins de 20 kilos, qui s’assemble en deux clics. "C’est un robot laveur de panneaux solaires, répond François Baudart devant notre regard incrédule. Pour le moment, nous avons déjà testé des prototypes fonctionnels sur site mais on devrait passer en production l’année prochaine."

La machine devrait être capable de tenir sur des pentes de 20 à 22 degrés. Il s’agit d’une collaboration avec une entreprise qui fabrique des panneaux solaires. Quimesis prend en charge une partie des frais de développement. À terme, la machine sera commercialisée dans le sud de l’Europe et le chiffre d’affaires généré sera divisé entre les deux acteurs du projet. "Nous sommes en mode service, exclusivement axé sur le B2B, par la force des choses, des projets qui se sont présentés à nous, mais aussi parce que pour faire du B2C, il faut viser le mass market", juge François Baudart.

Beyond Robotics | Christophe Everarts | TEDxVlerickBusinessSchool

 

Des robots qui communiquent

Outre les smart devices, comme le TimbTrack, Quimesis s’intéresse aussi à la communication entre objets. C’est dans cet esprit qu’elle a développé une prise industrielle qui mesure le courant et permet de détecter si en aval de cette prise, il y a une panne ou non. "L’idée, c’est de faciliter la maintenance des systèmes électriques. Notre vision, c’est de créer des robots qui rendent le travail moins pénible, plus efficace", insiste François Baudart.

"Notre vision, c’est de créer des robots qui rendent le travail moins pénible, moins dangereux et plus efficace."
François Baudart
Cofondateur de Quimesis

Lylo, lui, est un routeur un peu spécial. Il réalise un bridge wifi: il est connecté au réseau et recrée ensuite un réseau local. "Comme le wifi passe à travers lui, on peut rajouter pas mal de fonctionnalités en fonction des besoins. Par exemple, on pourrait mettre en place un contrôle parental sur l’utilisation du wifi. Cela veut dire qu’en période d’examens par exemple, des parents pourraient autoriser ou interdire l’utilisation d’internet à leurs enfants pendant certaines plages horaires. On pourrait aussi imaginer qu’il soit utilisé pour autoriser l’accès ou non au wifi via NFC dans l’horeca. Les possibilités sont infinies", assure François Baudart.

Les robots de Quimesis sont assemblés dans leurs bureaux à l’Axispark. © KRISTOF VADINO ©Kristof Vadino

Quimesis a également développé un petit appareil qui se branche sur un port jack, compatible avec n’importe quel ‘device’ et qui sert à crypter des données, comme par exemple un SMS. "C’est une clé de cryptage physique, explique François Baudart. Cela signifie qu’il faut deux clés identiques pour que les personnes puissent partager des informations de manière totalement sécurisée". Le challenge consistait à trouver comment alimenter l’intelligence embarquée via le port jack. "On avait besoin de très peu d’énergie mais proportionnellement, le jack donne seulement quelques micro watt. Tout est question de gestion des ressources à l’intérieur. Il fallait trouver l’équilibre entre performance et énergie consommée", poursuit François Baudart.

Le contrôleur de robot universel

On l’aura compris, Quimesis a construit pas mal de robots très différents depuis son lancement. Et comme la société n’avait pas l’intention à chaque fois de réinventer la roue en terme d’électronique, elle a eu l’idée de créer un contrôleur universel pour robots, baptisé Quimbox. "On peut l’utiliser dans n’importe quelle application robotique, par exemple le robot laveur de panneaux solaires, explique François Baudart. C’est comme une carte mère d’un pc avec des ports classiques pour robots, comme l’usb ou l’ethernet, et de la connectivité avec du wifi, 3G, un port HDMI."

Avec la Quimbox, n’importe qui peut potentiellement construire son propre robot.

Cette carte va permettre d’interagir à la fois avec le côté humain et le côté robot. Il est ensuite possible de brancher différentes cartes périphériques qui seront dépendantes de l’application. "Quimbox, c’était aussi un besoin en interne parce qu’il nous permet d’être plus rapide, plus compétitif, plus réactif, juge François Baudart. Ensuite, puisque ça marche pour nous, on s’est dit que ça pourrait fonctionner pour les autres. Le champ de la robotique est assez large pour qu’il y ait d’autres acteurs. Ils sont encore trop peu nombreux en Wallonie. Nous espérons que Quimbox motivera la concurrence, et qu’à terme des collaborations sont envisageables." Avis aux amateurs désireux de construire leur propre robot, la Quimbox et ses cartes périphériques sont disponibles sur internet.

Le danger

La mort de l’emploi?

Le robot laveur de panneaux solaires ou celui qui contrôle le système électrique d’une entreprise va-t-il remplacer l’emploi? "Je ne sais pas mais il le transforme, c’est sûr, affirme François Baudart. On ne devrait pas parler de remplacer mais plutôt d’accompagner l’homme. Il y a toujours quelqu’un pour diriger la machine. Pour nous, cela va simplement dans le sens d’un meilleur rendement."

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