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analyse

7 millions d'euros, le prix de la réputation de McKinsey

Laurent Levaux (à gauche) et Renaud Witmeur ont réussi à ramener 7 millions d'euros dans les caisses de Nethys. ©Anthony Dehez

En payant 7 millions d'euros, le consultant McKinsey évite les poursuites dans le chef de Nethys. Retour sur les coulisses d'un deal gagnant pour la nouvelle direction de Nethys.

"Seriez-vous disponible pour un entretien téléphonique avec Frédéric Vandenberghe, le managing partner de McKinsey Belgique et Luxembourg?"

Ce coup de téléphone venu mercredi en fin de journée d'une agence internationale de conseil en communication stratégique indique que les temps changent. McKinsey, le consultant que tout le monde appelle la firme, communique. Et ça, ce n'est pas dans les usages. Et s'il prend la parole, c'est pour annoncer avoir obtenu un deal avec Nethys.

Entre 2014 et 2019, la firme avait touché plus de 20 millions d'euros pour assister l'intercommunale. Et, dans la dernière ligne droite, McKinsey avait assisté Nethys dans la vente de Win, Elicio et VOO. Un vrai succès! Le gouvernement wallon a cassé les ventes, l'homme d'affaires François Fornieri a dû rendre Win et Elicio et la vente de VOO à Providence est contestée en justice. 

Secret bien gardé

"Le secret a tenu, la pression médiatique autour de Nethys a diminué."

En un mot comme en cent, McKinsey a reconnu avoir failli dans la tâche qui lui avait été fixée. Après notre coup de fil avec le managing partner, la firme a envoyé un communiqué de presse. Le consultant ne tourne pas autour du pot. Après avoir fait réaliser un audit, il est apparu "que le travail effectué par McKinsey n'était pas à la hauteur des standards du cabinet". Difficile d'être plus clair.

Fort de ce constat, McKinsey "a décidé de faire un geste commercial en remboursant une partie substantielle des honoraires qui lui ont été versés, soit une somme de 7 millions d'euros". Une (grosse) plume à mettre au chapeau de la nouvelle direction de Nethys, Renaud Witmeur, Jean-Pierre Hansen et Laurent Levaux.

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Ce deal, personne ne l'avait vu venir. Depuis plusieurs semaines, l'attention médiatique est consacrée à la crise du coronavirus ce qui, sans cynisme, fut apprécié par les négociateurs du deal. "Le secret a tenu, la pression médiatique autour de Nethys a diminué", explique un proche du dossier. Notons au passage que Nethys a récupéré plus que prévu.

"Nethys récupère un montant inespéré qui va au-delà de celui qui a été versé à McKinsey pour les études liées à la stratégie de désinvestissement dont le coût est estimé entre 2,5 et 3 millions d'euros", précise une source qui parle d'un accord équilibré. Les négociations se sont faites par conference call entre la direction de Nethys, un "partner" américain de la firme, Frédéric Vandenberghe et l'avocat. 

Les États-Unis à la manœuvre

Les choses n'ont pas traîné, nous dit-on. Dès son entrée en fonction, Renaud Witmeur a contacté McKinsey, contestant l'ensemble des montants versés. Au passage, le patron de la Sogepa a demandé à pouvoir consulter l'ensemble des études réalisées pour le compte de Nethys. C'est à ce moment que Frédéric Vandenberghe, le managing partner de la Belgique, est entré dans la danse. Mais rapidement, l'affaire est remontée aux États-Unis où le siège a décidé de faire réaliser un audit interne. Dont les conclusions sont connues. "McKinsey a reconnu que ses règles de contrôle interne n'ont pas permis de contrôler correctement le travail chez Nethys. Le partner Jacques Bughin a pu agir à sa guise sans vraiment être contrôlé", glisse un proche du dossier.  

"Ils ont payé pour sauver leur réputation."

Jacques Bughin, le partner de McKinsey à la manœuvre chez Nethys, en prend pour son grade. Celui qui est censé avoir démissionné à la fin 2019 a été poussé dans le dos. Et c'est écrit noir sur blanc dans le communiqué de McKinsey. "En parallèle (de l'audit interne), nous avons demandé à l'associé en charge de Nethys au sein de McKinsey de cesser toute activité de conseil, que ce soit auprès de Nethys ou auprès d'autres clients. Cet associé a démissionné en décembre 2019". Avait-il le choix? L'un des principes de McKinsey, érigé en valeur, est le "Up or out", "vers le haut ou vers la sortie". En interne, du côté de la firme, on l'assure, "si quelqu'un échoue sur une étape, il sort de la trajectoire".

C'est d'ailleurs autour de Jacques Bughin que les négociations entre la firme et Nethys ont un peu calé. Nethys ne voulait pas que l'accord couvre l'ancien Partner ou l'ancien management de Nethys. En interne, tous s'accordent pour dire que ce deal est une belle réussite. Prouver la responsabilité des uns et des autres en justice n'aurait pas été chose aisée et rien ne permet d'affirmer qu'un tel montant aurait pu être obtenu via un procès. "Ils ont payé pour sauver leur réputation", glisse un proche du dossier. Et ce prix était de 7 millions d'euros. 

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