Après l'audition catastrophique d'André Gilles, PS et cdH se ravisent

©BELGA

La majorité PS-cdH fait marche arrière et soutient la mise en place d’une commission d’enquête suite au scandale Publifin. Il est acquis que les députés liés de près ou de loin à Publifin ne pourront siéger au sein de la nouvelle commission.

Il n’aura pas fallu attendre une deuxième audition pour que le PS et le cdH acceptent de voir la commission spéciale Publifin se muer en véritable commission d’enquête.

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Tout est parti de l’audition d’André Gilles, le président du conseil d’administration de Publifin, vendredi. Pendant plus de 5 heures, l’homme a esquivé une après l’autre les questions des députés portant notamment sur les rémunérations excessives du management de Nethys. La réponse ne s’est pas non plus trouvée dans les documents envoyés lundi par la direction de Publifin aux députés de la commission spéciale. "Nous avons reçu une partie des documents, mais pas tout, en matière de rémunération du management de Nethys. Nethys justifie ce secret par des considérations juridiques et la protection de la vie privée", relève le député MR Pierre-Yves Jeholet.

La suite a été rapide. Dès dimanche, sentant que l’habit de la commission spéciale ne permettrait pas d’aller jusqu’au bout dans ce scandale, le cdH avait déjà laissé sous-entendre qu’il était prêt à soutenir une commission d’enquête voulue par l’opposition MR-Ecolo. Arrive le bureau du PS lundi. Mis sous pression par son partenaire politique, Elio Di Rupo, le président du PS, sonne le glas. "Il faut de la sérénité pour faire toute la transparence sur l’affaire Publifin: le PS demande dès lors une commission d’enquête", fait-il savoir dans un tweet.

Elio Di Rupo a ensuite annoncé que le Bureau du PS allait saisir son conseil de déontologie et sa commission de vigilance nationale au sujet du dossier Publifin. "Dans l’attente du résultat des travaux de ces instances, Stéphane Moreau et André Gilles sont suspendus de leurs mandats internes."

Marche arrière

Il reste au PS et au cdH, qui ont rejeté toute commission d’enquête il y a moins d’une semaine, à vendre leur rétropédalage. "À l’issue de l’audition de vendredi, le doute s’est installé par rapport à la collaboration des responsables de Publifin. On ne peut pourtant pas forcer les gens à s’exprimer. Nous devons donner comme message à la population que tous les politiques veulent aller jusqu’au bout des choses", explique le député Christophe Collignon, le chef du groupe socialiste au Parlement.

La suite des événements n’est pas encore très claire. Une séance plénière, sans doute vendredi ou mercredi, doit acter le changement. D’ici là, les partis doivent encore s’entendre sur le champ d’action de la commission. Se limitera-t-on au cas Publifin comme le souhaite la majorité PS-cdH ou se dirigera-t-on vers une enquête approfondie sur le monde des intercommunales comme le réclame l’opposition?

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Une première depuis 1992

Le fait que ce soit la deuxième fois seulement que la Wallonie organise une commission d’enquête — il faut remonter à 1992 et le scandale des déchets de Mellery – soulève également de nombreuses questions d’intendance. Le Parlement doit, par exemple, trouver un magistrat instructeur, des experts… Quel statut auront les documents déjà transmis par Publifin?

La composition de la commission donne aussi du fil à retordre. Le Parlement a commandé lundi un avis juridique à trois professeurs de droits (ULg, ULB et UCL) afin d’éviter d’éventuels conflits d’intérêts entre des députés siégeant dans la nouvelle commission et Publifin. D’ici leur rapport attendu mercredi soir, le PS a déjà annoncé "que tout parlementaire, lié de près ou de loin, directement ou indirectement, à titre personnel ou par sa commune, ne peut y participer". Exit donc Christophe Collignon élu dans une circonscription de la Province de Liège. Du côté des libéraux, Pierre-Yves Jeholet a aussi annoncé qu’il ne siégerait pas.

L’étude universitaire doit aussi statuer sur le cas d’Ecolo. D’après les premières indications, les Verts, dont le groupe n’est pas reconnu par les services du Parlement, ne disposent pas de suffisamment d’élus pour prendre la parole dans la commission. Si d’aventure ce cas de figure se confirme, les réformateurs donneraient un de leurs sièges aux Verts.

Les rémunérations du management de Nethys n'ont toujours pas été communiquées

Devenues une des questions sensibles du scandale de l'intercommunale Publifin, les rémunérations du management de la société de droit privé Nethys,n'ont pas été communiquées aux députés de la commission spéciale, parmi les documents envoyés lundi par Publifin, ont indiqué les chefs de groupe MR et Ecolo, Pierre-Yves Jeholet et Stéphane Hazée.

Plusieurs députés, jugeant que ces rémunérations doivent être connues parce que Nethys est détenue à 100% par une intercommunale (Publifin), avaient demandé ces informations vendredi au président de Publifin et de Nethys, André Gilles, qui avait maintenu la porte bien fermée, au motif qu'une publication de ces rémunérations ferait fuir les talents. "Cela montre la nécessité d'une commission d'enquête", commente Stéphane Hazée (Ecolo).

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