"Ce n'est pas comme si monsieur Moreau était parti avec la caisse"

Stéphane Moreau au parlement wallon le 10 mars 2017. ©BELGA

Les comptes en banque de trois ex-cadres de Nethys ont été bloqués. Ils ont 1.250 euros par mois pour vivre. S’ils veulent débloquer leurs comptes, ils doivent consigner les sommes réclamées par Nethys.

La riposte est en train de s’organiser. Alors que la justice a effectué des saisies conservatoires sur les différents comptes en banque de Stéphane Moreau, Pol Heyse et Bénédicte Bayer, tous les trois anciens dirigeants de Nethys, la parade prend forme. "Mon client prend acte de cette offensive de la part de Nethys", nous a déclaré Adrien Masset (FLHM), le conseil de Stéphane Moreau.

"Il s’agit d’une procédure faite de manière unilatérale. Il n’y a pas eu de débat contradictoire. On soutient que ces versements ont été faits en toute légalité. Les décisions de transferts financiers ont été prises par les instances officielles et légales de Nethys, son comité de rémunération et son conseil d’administration. Ce n’est pas comme si monsieur Moreau était parti avec la caisse. Il conteste la moindre illégalité. Nous sommes donc sereins. Il n’y a pas eu de transferts à l’insu des autorités de Nethys", a encore précisé Me Masset.

"Il s’agit d’une procédure faite de manière unilatérale. Il n’y a pas eu de débat contradictoire. On soutient que ces versements ont été faits en toute légalité."
Adrien Masset
Conseil de Stéphane Moreau

Jean-Pierre Buyle (Buyle Legal), l’avocat de Pol Heyse, ne dit d’ailleurs rien d’autre. "La créance de Nethys est contestée. Pol Heyse le fera valoir devant les juridictions compétentes. La justice aura le dernier mot." On le voit, la ligne de défense des ex-dirigeants de Nethys n’a pas changé. Ils contestent toute illégalité par rapport aux indemnités qui leur ont été versées et ils se retranchent derrière la validation de ces opérations faite par le Comité de nomination et de rémunération (CNR) et par le conseil d’administration de Nethys.

Ce dernier point est remis en cause. Au moment de prendre son arrêté d’annulation visant les indemnités en question, le 13 décembre dernier, Pierre-Yves Dermagne, le ministre wallon des Pouvoirs locaux, avait précisé que le conseil d’administration de Nethys n’avait jamais approuvé les décisions prises par le CNR du 22 mai 2018. En réalité, alors qu’il disposait d’une délégation de pouvoirs complète, le CNR, vu la sensibilité des décisions à prendre, avait demandé au conseil de les valider. Mais ces mesures, reprises dans un "PV secret" du CNR du 22 mai 2018, n’ont jamais été soumises à l’approbation du conseil d’administration. Ce PV secret, rangé dans le cabinet d’un avocat de Nethys, n’est ressorti à la surface que récemment.

1.250 euros par mois

Jacques bughin quitte MC Kinsey

Jacques Bughin, senior partner chez McKinsey et directeur du McKinsey Global Institute, a annoncé dans un mail son départ du bureau de conseil américain pour la fin du mois. Il était entré chez McKinsey il y a vingt-sept ans.

Le nom de Jacques Bughin a été propulsé sur le devant de l’actualité ces deux dernières années, car c’est lui qui avait rédigé avec l’ancien patron de Nethys, Stéphane Moreau, la note d’orientation stratégique poussant le groupe liégeois à migrer d’une société industrielle évoluant en monde concurrentiel vers une holding détenant des participations stratégiques en mode minoritaire. Une note qui proposait différents scénarios pour l’avenir de Nethys, dont la vente de plusieurs actifs.

 

Comme le révélaient nos confrères du Soir dans leur édition de ce vendredi, un juge d’instruction a été saisi de cette question des indemnités versées par Nethys. Sa mission sera de vérifier si les décisions prises par le Comité de nomination et de rémunération, présidé à l’époque par François Fornieri, ne sont pas entachées d’infractions pénales telles que des faux, des faux en écriture, de l’abus de confiance ou des tentatives d’escroquerie.

Même s’il est trop tôt pour se prononcer, il est quasiment acquis que cette instruction pénale qui vient de démarrer gèlera la procédure civile en fonction de l’adage voulant que le pénal tient le civil en l’état. Par contre, la procédure portant sur la saisie des comptes sera traitée de façon indépendante et ne sera aucunement freinée par la procédure pénale. Tous les comptes des trois ex-dirigeants de Nethys ont été gelés auprès des principales banques actives en Belgique. Selon la loi en matière de saisie, les titulaires de ces comptes bénéficient d’un montant d’environ 1.250 euros par mois pour subvenir à leurs besoins fondamentaux. Les autres montants se trouvant sur leurs comptes restent bel et bien gelés.

La suite de l’histoire se déroulera devant les tribunaux, mais s’ils veulent débloquer rapidement leurs comptes, les trois ex-cadres de Nethys ont une solution. Ils peuvent dégager les montants réclamés par Nethys et les cantonner auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations. Sinon, ils doivent s’en remettre au juge des saisies qui se prononcera sur la validité de la procédure. Et si le juge maintient le blocage, l’affaire au fond sera alors plaidée devant le tribunal de l’entreprise. En tout état de cause, cette procédure pourrait durer plusieurs mois.

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