portrait

Cédric Halin, celui qui a révélé le scandale Publifin

Grand défenseur d’une gestion saine des affaires publiques, Cédric Halin ne s’attendait pas à une telle ampleur de ses révélations sur les emplois fictifs chez Publifin. Il quittera bientôt son poste d’auditeur à la Cour des comptes pour le corps d’élite d’inspecteurs des Finances.

Il y a près de trois mois, sa notoriété s’arrêtait aux frontières de la petite commune d’Olne, en Pays de Herve, où il officie en tant qu’échevin des Finances et de l’Urbanisme depuis décembre 2015.

Mais à la mi-décembre 2016, il fait une entrée fracassante dans l’actualité en révélant au conseil communal le tableau des rémunérations élevées des membres des comités de secteur de l’intercommunale liégeoise Publifin et ce, pour une présence et un travail quasi inexistants. Sans le savoir, il venait d’ouvrir la boîte de Pandore d’un système qui provoquera un tsunami politique.

Le profil
  • Naissance de Cédric Halin le 10 janvier 1981. Il décroche en 2007 son diplôme de licencié en sciences politiques avec grande distinction.
  • De juillet 2009 à mars 2010, il travaille comme conseiller au cabinet de la vice-Première ministre et ministre de l’Emploi Joëlle Milquet.
  • En mars 2010, il entre à la Cour des comptes comme auditeur.

"J’ai été vraiment surpris de l’ampleur que ce scandale a prise avec la démission d’un ministre wallon (Paul Furlan/PS, NDLR) et de mandataires locaux y compris de l’autre côté de la frontière linguistique, dit-il sans fausse modestie. Je n’aurais jamais pu imaginer cela. Je pense n’avoir fait que mon modeste travail de mandataire local. J’espère que ceci donnera l’envie à d’autres mandataires d’investir les assemblées générales d’autres intercommunales et de chercher à comprendre les décisions qui y sont prises."

Derrière son physique bon enfant, le visage mangé par une barbe rousse, de fines lunettes rectangulaires et une calvitie naissante, Cédric Halin ressemble plus à un directeur d’école qu’à un chevalier blanc. Mais derrière une voix presque rocailleuse se cache un défenseur d’une gestion saine des affaires publiques. "J’ai coutume de dire que l’Etat est ma seule religion", confesse-t-il. C’est d’ailleurs animé par cette vocation qu’il entreprend en 2003 des études à la faculté de sciences politiques et administration publique à l’Université de Liège.

L'échevin d'Olne a été auditionné cette nuit en Commission Publifin. Cédric Halin a souligné qu'il n'était pas le seul mandataire local souhaitant contrôler le fonctionnement de structures telles que Publifin. Mais pour ce faire, il faut des compétences très techniques. "Un contrôle effectif par des membres des conseils communaux n'est pas possible car cela prend beaucoup de temps. Et en comprendre les tenants et aboutissants est très compliqué", a-t-il relevé.
Il affirme n'avoir subi aucune pression privée depuis que le scandale a éclaté. Il constate en revanche qu'avant même que sa découverte sur les comités de secteur ne soit révélée publiquement, "il y avait dans le chef des mandataires une vraie crainte" de parler.

 Ironie du sort, c’est de cette faculté que sont sortis Gil Simon, secrétaire général de Publifin et Stéphane Moreau, administrateur délégué de la filiale opérationnelle de l’intercommunale. Les deux dirigeants ont été convoqués par la commission d’enquête du Parlement wallon. Le premier a ouvert le ban le 20 février, le second sera mis sur le gril ce matin. "Nous avons fait de bonnes études et avons appris tout ce qu’il faut savoir sur les intercommunales à la Faculté de sciences politiques", sourit-il.

C’est grâce à sa formation qu’il a pu déceler que quelque chose clochait dans le fonctionnement des comités de secteur. C’est animé plus par une volonté de mieux connaître le groupe Publifin et d’en améliorer le fonctionnement qu’il s’est plongé dans l’analyse des dossiers. Mais au final, sa quête a sonné plus vite le glas de ces comités et provoqué des démissions dont on se demande où elles vont s’arrêter. La dernière en date est celle hier du président du conseil d’administration de Publifin André Gilles.

S’il s’est engagé en politique pour apporter sa contribution à la gestion de la chose publique, il n’entend pas en faire son métier. C’est la raison pour laquelle il préfère n’exercer qu’un mandat local. "C’est là où on est plus utile", observe-t-il, pratiquement surpris de l’engouement médiatique dont il est l’objet depuis l’éclatement du scandale Publifin/Nethys. Il a travaillé comme conseiller de l’ancienne ministre fédérale de l’Emploi, Joëlle Milquet (cdH).

Etiqueté cdH, il n’entend toutefois pas fuir ses responsabilités. L’éclatement du scandale ne lui a pas valu que des amis. Certains, dans son parti et ailleurs, ont souhaité son expulsion, d’autres ont loué sa clairvoyance comme le président du parti humaniste. Amoureux des chiffres, il quittera bientôt son poste d’auditeur à la Cour des comptes pour entrer dans le corps d’élite des inspecteurs des finances. "Il a fallu passer un concours assez difficile. D’ailleurs, je m’y suis pris à trois reprises avant de le réussir", reconnaît-il. Il a appris sa réussite le 22 décembre.

Novice en politique

Même s’il est attiré par la politique, il n’a sauté le pas qu’en 2012 en se présentant aux élections communales à Olne. Elu sur la liste Rassemblement autour du bourgmestre (RAB), il présidera même le conseil communal jusqu’en novembre 2015 quand il a été désigné échevin (Finances, Urbanisme, Aménagement du territoire).

Discrétion

Cédric Halin confirme qu’il ne cherche pas la lumière médiatique. Il reconnaît qu’il cultive la discrétion, surtout sur sa vie privée. Le scandale Publifin/Nethys a un peu chamboulé sa vie privée, mais il n’entend pas l’exposer.

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