"Il doit y avoir une réflexion sur les actifs à valoriser dans Nethys"

©Anthony Dehez

C’est un Jean-Luc Crucke (MR) détendu qui nous a reçue mercredi pour parler de la réforme de la gouvernance des gestionnaires de réseaux (GRD).

Un rendez-vous programmé depuis quelques jours, mais dont le hasard fait qu’il sonne comme une réponse à Muriel Targnion (PS), bourgmestre de Verviers et administratrice de Publifin avant l’été dernier, et qui déclarait le matin même dans L’Echo: "Ceux qui mettent à mort Publifin devront rendre des comptes." Ce à quoi le ministre wallon de l’Énergie répond: "Je ne me sens absolument pas visé. Jamais, je n’ai dit que le projet industriel de Nethys était sot. Au contraire, il a de l’envergure, il a de l’ambition. Mais ce que je reproche à la mécanique mise en place, c’est de tirer avantage d’un fonctionnement public et de financements publics pour travailler dans des matières privées, où la règle est la concurrence. En mélangeant des poires et des pommes, on finit par avoir une comporte qui n’est pas agréable, et suscite l’indignation qui a abouti à la commission d’enquête." D’où sa volonté, dès qu’il a pris ses fonctions, de baliser dans un texte le rôle des GRD (et de Resa en particulier), en tenant compte à la fois des conclusions de la commission d’enquête Publifin, des recommandations de la Cwape et des règles européennes.

L’avant-projet de décret adopté par le gouvernement wallon oblige à placer Resa directement sous la coupole de Publifin, et plus de Nethys…

Oui, et j’ai vu que le conseil d’administration de Nethys avait accepté cette mesure, et était prêt à appliquer le décret passé en première lecture avant même son vote au Parlement, ce qui est un signe très important. Cela montre qu’à la tête de Nethys, il y a des hommes et des femmes qui ont compris la logique de l’enquête parlementaire. Cela nourrit plutôt le climat de confiance, même si certains gardent encore des sentiments un peu ombragés.

La distribution d’énergie, c’est un monopole, que je ne remets pas en cause. Mais parce qu’un GRD est en situation de monopole, il doit relever de l’autorité publique, avec des règles de gestion publiques, de transparence publique et de contrôle public. C’est un point que Madame Targnion, socialiste, devrait pouvoir comprendre. Et ce qui est privé doit accepter les règles de concurrence, et les règles du privé. Or dans le passé, c’est Resa qui a alimenté Nethys…

À l’avenir, il y aura un distributeur, Resa, soumis aux règles publiques, et qui ne pourra pas avoir la moindre relation avec un autre opérateur privé. Pas question d’être partenaire, d’avoir des parts dans la production d’énergie, ou d’avoir comme actionnaire un producteur d’énergie. Cela doit être hermétique. On revient à un ‘pure player’, avec du personnel qui dépend directement ou indirectement de Resa. C’est la logique du monopole.

Mais Resa va avoir comme société sœur Nethys, dont la filiale Elicio est active dans la production d’énergie. Nethys est aussi actionnaire d’EDF Luminus. Cela ne pose-t-il pas problème?

C’est acceptable pour autant qu’il n’y ait pas le moindre lien direct, pas seulement en termes de structures, mais aussi en termes de contacts. Il doit y avoir une indépendance totale du GRD, et il y aura un contrôle permanent et très précis des pouvoirs publics. S’il y a entourloupe, cela se verra bien plus directement que dans le magma actuel.

"Pour moi, des participations dans des journaux en France n'ont rien à faire dans ce groupe qui se veut liégeois."
Jean-Luc Crucke

Mais on verra ce que Nethys décidera dans les jours ou les semaines à venir. Son conseil d’administration a sollicité une analyse de McKinsey. On ne consulte pas ce genre d’acteur si on n’imagine pas une évolution de la structure. Personnellement, mais je ne suis pas administrateur de Nethys, je pense que des participations dans des journaux en France n’ont rien à faire dans ce groupe qui se veut liégeois. Et il vaut mieux que Nethys se positionne rapidement sur ces questions, parce qu’à défaut, il tombera sous le coup du décret gouvernance qui dépend de Willy Borsus et de Valérie De Bue. J’espère qu’une solution intelligente sera dégagée, sans que le gouvernement doive l’imposer.

Vous faites allusion à la possibilité pour le gouvernement de placer le groupe sous tutelle si l’intérêt régional est lésé?

Je crois que l’intelligence des uns et des autres permettra d’éviter cela. Mais le gouvernement est très clair dans son ambition.

Êtes-vous pour une vente d’Elicio?

Me prononcer serait me mettre à la place des administrateurs, mais je suis certain qu’ils se poseront la question. Il y a des moments où il est important de valoriser des actifs: cela permet de dégager du cash que l’on peut allouer à autre chose. Les communes et la province doivent se poser cette question. Elles auront beaucoup à faire pour bien gérer Resa. C’est peut-être là qu’elles doivent concentrer leur action. Il doit y avoir une réflexion sur les outils que le public doit garder, et ceux dont il doit se défaire.

Le transfert du personnel de Nethys vers Resa ne va-t-il pas alourdir les coûts opérationnels du GRD?

Ce n’est pas impossible que ce transfert génère un certain nombre de coûts. Mais les syndicats vont-ils faire grève parce que le personnel dispose d’un statut plus stable? J’imagine que ce sont des calculs qu’on fait chez Nethys, et que vont devoir faire les administrateurs de Resa. Mais pour l’instant, Resa est en boni: c’est même lui qui a alimenté Nethys pour développer d’autres activités.

Autre mesure de l’avant-projet de décret: la limitation de la rémunération des administrateurs et des patrons des GRD et de leurs filiales à quelque 250.00 euros. Combien de personnes cela va-t-il impacter chez Resa et Ores?

Je n’ai pas de décompte. Le principe est là et il s’appliquera à tout le monde, qu’il s’agisse de 10, 5 ou 20 personnes. Et je pense qu’on peut trouver des talents pour travailler à une ambition publique à ces conditions-là. Tout le monde ne travaille pas pour gagner des montagnes d’argent.

Avez-vous entendu parler de cette idée de créer une filiale commune aux deux principaux GRD?

Non, et la fusion des GRD n’est pas dans la déclaration de politique régionale. Je ne pense pas qu’on puisse travailler à une fusion en 16 mois. Mais une fois le décret adopté, Ores et Resa feront le même métier. Cela aidera les acteurs à se parler et à s’apprécier. Je pense qu’on pourra un jour avoir des synergies plus importantes entre distributeurs sur le territoire wallon, mais cela ne se fera pas par un décret impératif.

Le pacte énergétique? Un accord pour la fin de l'année

Malgré les critiques de la presse sur l’état d’avancement des travaux, Jean-Luc Crucke se montre optimiste sur le pacte énergétique, qui se négocie entre la ministre fédérale de l’Énergie et ses trois homologues régionaux. "Les bonnes relations que j’entretiens avec mon homologue flamand, Bart Tommelein, qui est un copain, ne sont pas totalement étrangères aux solutions qu’on a déjà pu trouver. Et je reste persuadé que nous sommes en capacité d’aboutir à un accord avant la fin de l’année, et un accord substantiel, qui n’intégrera pas seulement 2030 et 2050, mais aussi 2025." Soit, en clair, la sortie du nucléaire. "J’ai entendu la FEB, mais j’ai aussi entendu Elia, explique Jean-Luc Crucke. Trouver un accord politique là-dessus entre les trois Régions et le Fédéral tient de la gageure, mais je suis persuadé qu’on y arrivera. Car que demandent les investisseurs? D’avoir un cadre stable, de savoir dans quelle cour ils jouent, et sur la base de quelles règles. L’incertitude est dramatique pour l’investissement. Et ce dont on a besoin comme de pain, c’est de prise de risque. Pas question, pour moi, de rediscuter de la sortie du nucléaire."

Le ministre wallon avertit toutefois que ce pacte sera une vision commune entre les différentes entités, que chaque niveau de pouvoir devra ensuite décliner dans une série de mesures plus concrètes. "Cela devrait se faire au premier semestre 2018, et nous réfléchissons d’ailleurs à un système permettant de vérifier la concrétisation du pacte."

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