Nethys: le management a-t-il droit à sa prime de 500.000 euros?

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Ce vendredi, une assemblée générale de Nethys a approuvé la nomination du nouveau trio d'administrateurs. Ce dernier devra en priorité vérifier les préavis des membres du comité de direction, avec en ligne de mire la validité des primes de départs et l'absence de toute faute grave.

Le dossier Nethys occupera encore ce vendredi le devant de la scène. Les actionnaires de la SPPLS (Société publique à participation locale significative) - à savoir Finanpart (la société intermédiaire détenue par Enodia et où est logé Nethys) et WBCC, société de Stéphane Moreau abritant le call-center -, se réunissent en milieu de journée. 

Ce nouveau trio d'administrateurs de Nethys, appelé à s'étoffer, devra se pencher sur les primes de départ du management.

À l'agenda: la validation de la démission du conseil d'administration et la désignation d'un nouveau. Trois noms étaient proposés: Jean-Pierre Hansen, Laurent Levaux et Bernard Thiry. En une demi-heure, le vote était effectué et les nominations validées. Le vote sur la décharge du comité de direction a toutefois été reporté.

Dans la foulée, ce nouveau trio d'administrateurs de Nethys, appelé à s'étoffer, aurait dû se pencher sur les primes de départ du management; et ce à la demande de Finanpart et d'Enodia, dont les conseils constitués de politiques sont identiques. Il semble que la réunion soit reportée.

Il en va de même pour le conseil de l'intercommunale Enodia, qui devait nommer un remplaçant à sa présidente démissionnaire, Muriel Targnion (PS). 

Une journée chargée, comme le reste de la semaine, car force est de constater que les informations se sont bousculées depuis le week-end dernier. Rétroactes.

Des actifs "bien" vendus?

Reprenons depuis le début... ou presque. Dans la foulée du scandale Publifin (devenu Enodia), Nethys a été sommé d'effectuer le grand nettoyage: exit les activités qui ne sont pas directement liées aux missions d'une intercommunale.

Début septembre, on apprenait ainsi que des accords avaient été conclus en toute discrétion afin de vendre l'opérateur VOO, l'énergéticien Elicio et l'acteur IT Win. Les rumeurs sur les éditions de L'Avenir sont légion aussi.

François Fornieri a acquis Win et Elicio via Ardentia. ©BELGAIMAGE

Du côté des acquéreurs, le nom de l'américain Providence est cité pour VOO et le groupe Ardentia pour les deux autres sociétés. Derrière Ardentia, on retrouve un certain François Fornieri, l'emblématique patron de Mithra, mais surtout un administrateur de Nethys. A ses côtés, selon les statuts de la société déposés au Moniteur, Stéphane Moreau. L'homme y était désigné comme le futur directeur opérationnel des deux activités, une fois acquises.

Il n'en fallait pas plus pour que la machine médiatique s'emballe. "Hold-up", "conflit d'intérêts"... Les mots sont lancés et ils sont durs.

Un mois de saga

Face à cette débandade, Enodia, la maison-mère de Nethys, réunit dans l'urgence son conseil d'administration. Nous sommes le 15 septembre. Après 8 heures de débats, Enodia sort un communiqué: "Le projet présenté par le CA de Nethys est l’aboutissement d’une procédure transparente, dans laquelle différentes offres ont pu être déposées, comparées et analysées. Il comporte les garanties demandées relatives à la défense de l’emploi, aux sièges d’activité du groupe et à l’intérêt des actionnaires publics." 

500.000
euros
Selon les modalités du décret gouvernance, le management de Nethys devrait quitter l'entreprise avec une indemnité de rupture équivalente à deux ans de salaires, soit 500.000 euros chacun.

Mais, la tension ne retombe pas. Le montage derrière l'accord de vente d'Elicio à Fornieri fait grincer des dents. A peine intronisé, le gouvernement wallon montre les dents et appelle à des éclaircissements. Plusieurs candidats repreneurs déçus font savoir leur déception de n'avoir même pas été contactés ou entendus. 

Le conseil d'Enodia mandate alors un bureau d'avocats et un cabinet d'audit afin d'analyser les ventes promises: y a-t-il eu un conflit d'intérêts? Les prix négociés sont-ils ad hoc? Tout a été fait normalement concluront les rapports. Le ministre en charge des Pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne avance un avis tout autre et annule les actes administratifs des ventes.

La chute du château de cartes

Dimanche 6 octobre, nouvel épisode dans la saga. L'annulation des conventions de cessions passe mal dans le chef des huit administrateurs de Nethys, présidés par Pierre Meyers. En bloc, ils démissionnent, non sans maintenir "avec force que les décisions qu’ils ont prises, dans le seul intérêt de la société, étaient conformes à la légalité, aux intérêts des actionnaires et aux demandes pressantes qui leur étaient faites".

Avant de tirer sa révérence, le conseil écrit une ultime page de l'histoire en notifiant la fin du contrat aux cinq membres du management: Stéphane Moreau, le CEO, Pol Heyse, Jos Donvil, Bénédicte Bayer et Frederic Vandeschoor. Selon les modalités du décret gouvernance, ils quittent l'entreprise avec une indemnité de rupture équivalente à deux ans de salaires, soit 500.000 euros chacun. 

Alors que Nethys bascule dans l'ombre, Muriel Targnion, présidente du conseil d'administration d'Enodia, continue de défendre bec et ongles le travail du management tout au long de ces quinze dernières années, mais aussi dans le processus de privatisation. Cerise sur le gâteau, elle était au courant de l'écartement du management de Nethys et n'a rien dit aux autres administrateurs d'Enodia même au terme d'une réunion de neuf heures ce mardi.

Il n'en faudra pas plus pour qu'elle soit poussée vers la sortie. Au final, Muriel Targnion démissionnera jeudi soir. Elle deviendra simple administratrice. Un nouveau conseil d'administration d'Enodia devait se choisir un nouveau président PS ce vendredi. Il a été reporté. 

Clore le chapitre management au plus vite 

Muriel Targnion nous a signalé que le licenciement était en cours, mais pas totalement finalisé à cause des modalités de licenciement.
Muriel Gerkens
Administratrice Ecolo d'Enodia

Ce vendredi devrait donc s'ouvrir un nouveau chapitre de la galaxie Nethys. Les hommes d'affaires Jean-Pierre Hansen (ex d'Electrabel), Laurent Levaux (Aviapartners) et Bernard Thiry (ex Ethias et président de Resa) ont été proposés par le monde politique pour remettre de l'ordre dans la société et leur nomination validée par les actionnaires de Nethys.

Premier acte à poser: compléter leur "assemblée". Pour Muriel Gerkens administratrice Ecolo d'Enodia et Finanpart, rien ne sert de dépasser le nombre actuel de 8 administrateurs. Un conseil de six personnes est, selon elle amplement suffisant, et dépendra des profils de tout un chacun; avec certes un petit bonus si on arrive à trouver des administratrices.

Une fois constitué, le conseil aura comme priorité de se pencher sur les préavis donnés aux membres du management de Nethys. "Muriel Targnion nous a signalé que le licenciement était en cours, mais pas totalement finalisé à cause des modalités de licenciement", explique Muriel Gerkens. 

Les nouveaux administrateurs auront donc la charge, tous les documents à l'appui, de mettre fin au plus vite au contrat des membres du comité de direction en tentant de vérifier quelles sont les primes de départ légalement dues et s'il n'y a pas de raisons de conclure à d'éventuelles fautes graves.  

Avec Jean-Claude Jadot, vice-président MR d'Enodia, Muriel Gerkens appelle le conseil de Nethys à se réunir au plus vite: lundi ou mardi.

Ensuite, place à la désignation d'un nouveau management. Elle fera l'objet d'un conseil commun avec toutes les instances vers la fin du mois.

Pas encore de décharge aux managers

Notons toutefois que le cas de l'ancien management de Nethys sera encore au programme de la future assemblée générale de Nethys qui devra approuver les comptes 2019 de la société.

Et pour cause, la décharge des membres du comité de direction n'a pas été soumise au vote des actionnaires. Celui-ci a été reporté à la prochaine AG. "L'important était qu'on ne vote pas aujourd'hui la décharge aux dirigeants. D'ici là nous pourrons davantage avoir toutes les informations", ajoute Muriel Gerkens.

Qui pour succéder à Targnion?

Muriel Targnion, présidente du conseil d'administration d'Enodia, a continué de défendre bec et ongles le travail du management tout au long de ces quinze dernières années, mais aussi dans le processus de privatisation.

Chez Enodia, le PS doit trouver un/une remplaçant(e) à Muriel Targnion pour présider le conseil d'Enodia et de Finanpart. Selon "Le Soir" le choix n'est pas illimité. Il faut en effet qu'il/elle représente une commune et pas la province, ce qui porte les regards vers Nathalie Dubois (échevine à Ans), Léon Campstein (conseil communal à Herstal) et Laura Crapanzano (échevine à Seraing).

Restera ensuite le gros du dossier: l'avenir de Nethys et de ses filiales. En effet, les ventes en tant que telles ne sont pas annulées. Seul un tribunal est compétent pour cela, "mais si il le fait on aura un chaos judiciaire", déclarait jeudi Muriel Targnion.

La balle est donc dans le camp des nouveaux administrateurs avec une question: le conseil d'administration de Nethys va-t-il poursuivre dans la voie de la privatisation?  

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