Providence et Nethys renégocient les termes de la vente de VOO

La cession de 51% des parts de VOO à Providence Equity avait été actée le 23 mai 2019, avant d'être "cassée" le 6 octobre dernier. ©BELGA

La société de capital investissement américaine Providence Equity reste en pole position pour reprendre 51% des parts de VOO à Nethys. La vente initiale, actée en mai dernier, puis "cassée" par le ministre de tutelle Pierre-Yves Dermagne (PS), est aujourd'hui en passe d'être renégociée.

Nouvel épisode dans la saga Nethys qui agite la Wallonie depuis des mois. À l'issue de la réunion du conseil d'administration d'Enodia qui s'est tenue ce jeudi 28 novembre, la question de la vente de l'opérateur télécom liégeois VOO à la société de capital-investissement américaine Providence Equity a été passée en revue par les administrateurs de la maison-mère de Nethys, avant qu'il soit décidé que les négociations devaient reprendre entre les deux parties.

Trois pistes étudiées

Trois issues au dossier ont été étudiées, celle de la renégociation des termes de la vente ayant été préférée à une annulation pure et simple (à laquelle Providence s'oppose catégoriquement) ou à l'annulation contre indemnités (visiblement salées) dont Nethys devrait sans doute s'acquitter vis-à-vis du repreneur déçu.

Une source proche du dossier nous confie qu'en cas d'échec dans la renégociation des termes de la vente, la piste des indemnités pour Providence s'avère peu probable, tant la vente menée initialement par Nethys a été conduite dans des conditions douteuses et semble, d'après notre source, difficilement défendable. 

La prise en charge du personnel statutaire et le calcul de l’Ebitda de VOO tels qu'initialement présentés dans le dossier seraient amenés à être revus.

Pour rappel, la cession par Nethys de 51% des parts de VOO à Providence avait été actée le 23 mai 2019avant d'être "cassée" par le ministre de tutelle Pierre-Yves Dermagne, le 6 octobre dernier. Ce dernier avait avancé que la vente n'était pas "de nature à obtenir les meilleures conditions pour les actionnaires publics, ce qui heurte l’intérêt général". 

Contrairement aux ventes d'Elicio, la filiale de Nethys dans l'énergie, et Win (ICT), le processus de mise en concurrence de la vente des parts de VOO n'avait pas été remis en cause par le gouvernement wallon dans le cas de l'opérateur liégeois.

Les conditions de vente passées au crible

La prochaine étape du dossier revient donc, pour Nethys et Providence, à s'accorder sur certains points jugés fâcheux par la maison mère Enodia dans l'offre initiale. À bonne source, nous apprenons notamment que la prise en charge du personnel statutaire et le calcul de l’Ebitda de VOO tels qu'initialement présentés dans le dossier seraient amenés à être revus à la hausse suite à l'impact négatif que ces paramètres auraient eu sur le prix de vente des parts et, donc, sur les actionnaires publics de Nethys.

Providence est connu pour racheter au rabais des entreprises publiques et en retirer le maximum de profit en foulant aux pieds les droits des intérêts des travailleurs et des usagers.
Germain Mugemangango
Chef de groupe du PTB au parlement wallon

En outre, il nous revient que deux membres du management sortant de Nethys, à savoir son CEO Stéphane Moreau et le directeur financier, Pol Heyse, bénéficieraient, selon les termes initiaux de la vente, d'un pourcentage du capital de la nouvelle entité (0,68%). Une condition que la maison mère souhaite, logiquement, voir supprimée.

Malgré la renégociation de ces points sensibles, la perspective d'une cession de VOO à l'entreprise américaine ne semble toujours pas satisfaire tout le monde. Le PTB s'est notamment fendu d'un communiqué de presse assassin ce vendredi, dans lequel son chef de groupe au Parlement wallon Germain Mugemangango s'oppose à cette volonté de continuer le processus de privatisation. "Providence est connu pour racheter au rabais des entreprises publiques et en retirer le maximum de profit en foulant aux pieds les droits des intérêts des travailleurs et des usagers", affirme le député wallon.

La balle est dans le camp de Nethys

En attendant d'en savoir plus, il semble que la renégociation soit bel et bien engagée et qu'une issue pourrait être en vue dès le début 2020. Contacté par nos soins, Providence Equity n'a pas souhaité commenter le processus en cours même si la société avoue, à demi-mot, maintenir son intérêt pour VOO. Quoi qu'il en soit, il est difficilement envisageable que les repreneurs américains acceptent de se retirer sans indemnités.

Nethys a donc les cartes en mains. À condition qu'Enodia, puis la tutelle, valident les décisions de son conseil d'administration. Suite au prochain numéro.   

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