"Si rien n'est fait, les gestionnaires de réseau vont souffrir du syndrome de la SNCB"

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Claude Desama, administrateur d’Ores, propose de transformer les distributeurs de gaz et d’électricité en sociétés publiques. Il prône aussi la création d’une filiale commune entre Ores et Resa pour mener des activités concurrentielles. Une proposition qui va à l’encontre de la séparation stricte entre activités monopolistiques et activités concurrentielles voulue par le nouveau ministre wallon de l’Énergie, mais que Desama juge essentielle pour assurer l’avenir des GRD.

"Pour éviter un syndrome SNCB, avec des entreprises obsolètes et racornies, qu’on menacera un jour de privatiser, il faut agir. Les gestionnaires de réseau doivent pouvoir se moderniser comme l’a fait Belgacom ou est en train de le faire bpost." Claude Desama (PS), président du conseil d’administration d’Ores jusqu’en 2014 et aujourd’hui administrateur de la société, se dit inquiet pour l’avenir des gestionnaires de réseau (GRD). "Si on les maintient dans une fonction de ‘pure players’, de gestionnaires de câbles et de tuyaux, ils créeront de moins en moins de valeur et ne parviendront pas à se moderniser."

"Si on maintient les GRD dans une fonction de ‘pure players’, ils ne parviendront pas à se moderniser."
Claude Desama
Administrateur d’Ores

Claude Desama avertit que les GRD vont être confrontés à de lourds investissements pour rendre les réseaux intelligents, alors que le développement de l’auto-production et des micro-réseaux va faire que de moins en moins de monde contribue aux frais de réseau. Plutôt que d’être une source de revenus pour les pouvoirs publics, ils risquent de devenir déficitaires à terme, ce qui rendra nécessaires de nouvelles augmentations de tarifs, ou obligera les communes à mettre la main au portefeuille.

Les solutions qu’il préconise, outre une réforme des tarifs dans les détails de laquelle nous n’entrerons pas ici? D’abord, octroyer aux deux plus grands GRD wallons, Ores et Resa, un statut d’entreprise publique autonome, qui leur évitera les contraintes administratives liées au statut d’intercommunale. "Il ne s’agit pas de les exonérer du contrôle des pouvoirs publics, mais d’éviter une tutelle administrative tatillonne et de leur donner un statut mieux adapté à leur taille et leurs activités."

Activités concurrentielles

Ensuite, créer une filiale de droit privé, commune à Ores et Resa, qui pourra agir sur des terrains concurrentiels comme la gestion de la flexibilité, le stockage énergétique ou l’électro-mobilité, qui devraient devenir des activités importantes.

Claude Desama avait, au départ, rédigé une note en ce sens à destination de la présidence du parti socialiste. Mais comme, entre-temps, le PS a été éjecté du gouvernement wallon, il fait donc une sortie publique sur la question.

Cette proposition de création d’une filiale privée s’oppose à la philosophie défendue par le nouveau ministre wallon de l’Énergie, Jean-Luc Crucke (MR), qui suite à l’affaire Publifin/Nethys, a fait adopter au gouvernement un avant-projet de décret qui empêche les GRD de mener des activités concurrentielles. "Le problème de la situation liégeoise, c’est que le montage était fait à l’envers, répond Claude Desama. C’était le GRD, Resa, qui était filiale de Nethys, qui avait un pied dans le secteur concurrentiel et un pied dans le secteur régulé. Ce que je prône, c’est la mise sur pied d’une filiale autonome, avec un statut privé, qui ne travaillera que dans le domaine concurrentiel. Il y aura séparation des statuts et des fonctions, ce qui évitera la concurrence déloyale." Il propose que les GRD détiennent 60 à 70% du capital de cette filiale, le solde étant partagé entre la Région wallonne et des investisseurs privés ou la Bourse.

L’idée ne se heurte pas seulement à la stratégie du gouvernement wallon: elle va aussi à l’encontre des volontés affichées par la Commission européenne de limiter strictement le rôle des GRD dans ce type d’activités concurrentielles. "Nous sommes en train de nous battre au niveau européen pour que les GRD puissent aussi jouer pleinement sur le marché, et nous sommes très fort soutenus par le Parlement, affirme Claude Desama. J’ai également eu beaucoup de discussions avec la Commission européenne, qui commence à évoluer. Il serait dommage que nous obtenions des ouvertures au niveau européen et qu’en Wallonie, un décret empêche les GRD de saisir ces opportunités."

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