"C'était le moment de vendre Brutélé"

Benoît Cerexhe, bourgmestre cdH de Woluwe-Saint-Pierre. ©BELGA

Quatre communes bruxelloises fulminent contre le blocage de leur sortie de l’intercommunale qui exploite la marque VOO. Uccle et Ixelles ont anéanti toute possibilité de vente à un tiers dans un bref délais, alors que l’opération aurait pu rapporter plusieurs dizaines de millions d’euros à Woluwe, Saint-Gilles, Auderghem, Evere, Uccle et Ixelles.

"C’est le moment de vendre." Benoît Cerexhe, bourgmestre cdH de Woluwe-Saint-Pierre, n’en finit pas de pester contre la tournure des décisions prises au sein de l’intercommunale Brutélé. Le câblodistributeur public associe six communes bruxelloises et 24 communes wallonnes, dont Charleroi. Compte tenu de ces poids relatifs, c’est le gouvernement wallon qui en exerce la tutelle. Brutélé partage avec Nethys la marque VOO.

L’an dernier, s’est joué un terrible vaudeville dans un contexte de crise, celui de l’affaire Publifin. Cela faisait des années que les six communes bruxelloises (Woluwe, Saint-Gilles, Uccle, Ixelles, Auderghem et Evere) avaient pris un avocat commun afin de sortir de cette structure. Non pour des questions de gouvernance, mais pour des raisons économiques. "Nous considérons qu’il ne s’agit plus d’une mission d’intérêt général et qu’il n’appartient plus au secteur public d’assurer le développement d’une activité qui évolue dans un secteur si concurrentiel, plaide Benoît Cerexhe. Il va falloir faire des investissements très importants à l’avenir, ce qui hypothèque la rentabilité de Brutélé." En d’autres termes, il y a crainte pour la hauteur des dividendes – toujours confortables versées chaque année aux communes actionnaires alors que le nombre d’abonnés bruxellois a entamé une chute importante dès 2006.

"Nous en avons marre de nous voir imposer des choses par la Wallonie."
Benoît Cerexhe
Bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre

Dans ces circonstances, le mieux est donc de vendre les réseaux communaux (et leur portefeuille de clients), estimaient les Bruxellois. D’autant que les amateurs frappent à la porte depuis plusieurs années. Telenet d’abord, Numéricable (racheté depuis par Telenet) aussi. Telenet si dit prêt à racheter les communes séparément. L’enjeu se chiffre en dizaines de millions d’euros à en juger par les 18 millions empochés par Woluwe-Saint-Lambert grâce à la vente Wolu-TV en 2015.

Jackpot ou rêve éveillé? Les six communes de la capitale étaient en tout cas bien décidées à profiter de la réforme des statuts de l’intercommunale pour y inclure une clause de sortie leur permettant de vendre. C’est ce qui a motivé le rejet par une minorité bruxelloise de blocage, lors d’une assemblée générale de juin 2017, d’une première version des nouveaux statuts. Celle-ci n’offrait pas, à leurs yeux, suffisamment de garanties à cet égard. Les bruxellois affichaient alors un front uni. Il allait bientôt voler en éclat.

Lors d’un conseil d’administration en octobre et à la très grande surprise de leurs quatre partenaires, Uccle et Ixelles décident de marquer leur accord sur les statuts proposés par la tutelle wallonne. Remaniés, ils sont rassurants sur l’avenir, estiment-elles même si l’on n’y retrouve toujours pas noir sur blanc, la possibilité pour l’une ou l’autre commune de récupérer sa part de réseau et la vendre à un tiers.

L’épisode, vécu comme une trahison, est directement relié au changement de majorité intervenu en Wallonie. Ixelles et Uccle sont en effet dirigées par des bourgmestres libéraux très vite soupçonnés de faire le jeu de la nouvelle ministre wallonne des Pouvoirs locaux, Valérie De Bue (MR). La réforme des statuts, et donc d’une partie de la gouvernance de cette intercommunale était en train de prendre un retard qui pouvait s’avérer dangereux sur le plan politique. Et les Wallons s’opposaient fermement à la sortie des Bruxellois à moins que ce ne soit Nethys qui rachète le réseau.

"Les Wallons ont surtout peur de dévaloriser l’ensemble et de devoir payer seuls les investissements nécessaires", explique un proche du dossier. Des négociations privilégiées étaient en cours avec Nethys, émanation de l’intercommunale Publifin, certes. Avant que n’éclate le scandale des comités de secteurs, on préparait la création d’une filiale reprenant les activités commerciales de Brutélé avant un éventuel rachat par Nethys. "L’affaire a éclaté et on a dû prendre nos distances", confirme un acteur bruxellois.

Chez les libéraux de la capitale, on s’est également étonné de ce changement de cap. Viviane Teitelbaum, échevine MR d’Ixelles, se dit "déçue". Dans l’opposition à Woluwe-Saint-Pierre, le MR avait voté la sortie de Brutélé avec la majorité emmenée par Benoît Cerexhe. Mais Willy Decourty (PS) ancien bourgmestre d’Ixelles (et toujours vice-président de Brutélé) conteste tout revirement. "La question de la dissolution de Brutélé a été évoquée et pour nous, ce n’était pas acceptable. Nous voulions préserver l’outil et les emplois", justifie-t-il en affirmant que les quatre autres communes voulaient sortir mais sans indemniser l’intercommunale. "Totalement faux", rétorque Benoît Cerexhe.

Du côté d’Uccle, le MR subissait la pression de ses partenaires DéFi et cdH. Après un clash dans la majorité, il a été décidé qu’aucun représentant ne serait envoyé à l’assemblée générale de décembre 2017. Ixelles a fait de même. Les Bruxellois perdant leur majorité de blocage, les nouveaux statuts furent définitivement adoptés. Détail piquant: les deux représentants d’Evere n’y étaient pas non plus. L’un, MR, s’est déclaré indisponible (tiens tiens), l’autre cdH s’est trompé de train et n’a pu assister à l’assemblée. Evere assure que de toute façon sa présence n’aurait pas suffi à contrebalancer l’abstention d’Uccle et Ixelles. Dans les majorités ixelloise et uccloise, on estime avoir été mal informé des conséquences de ces absences.

"Je partage les constats mais pas la méthode."
Boris Dilliès
Bourgmestre d’Uccle

Domination wallonne

Et maintenant? "Nous sommes bloqués, nous en avons marre de nous voir imposer des choses par la Wallonie dans cette intercommunale", déplore Benoît Cerexhe. "Pour moi, il n’y a pas de tabou", répond Boris Dilliès. Pour le bourgmestre MR d’Uccle, il fallait prioritairement régler la question des statuts. Les négociations peuvent aujourd’hui reprendre. "Je partage les constats mais pas la méthode. Nous souhaitons tous la même chose: une opération financièrement favorable pour nos communes." Les statuts prévoient la filialisation avec cession éventuelle de parts, défend-on à Ixelles et à Uccle. Pour les autres communes, toutes sont simplement passées à côté d’une fantastique opportunité financière.

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