Damien Ernst: "Un rapprochement Ores-Resa serait désavantageux pour le consommateur liégeois"

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Les administrateurs de Finanpart, la filiale intermédiaire entre Nethys et Publifin dissoute lundi soir, ont marqué leur accord à l’examen d’une fusion entre leur gestionnaire de réseau Resa avec Ores. Un mariage qui se ferait au détriment des consommateurs liégeois, selon l'expert Damien Ernst.

Après un important conseil d’administration de Publifin il y a une dizaine de jours, Finanpart, la filiale qui relie Nethys à l’intercommunale liégeoise Publifin, a convoqué les administrateurs de l’intercommunale ce lundi. Un conseil d'administration à l'issue duquel Finanpart a acté sa dissolution. Le CA aussi voté la sortie de Resa du groupe Nethys. 

L’ordre du jour de ce lundi était chargé. De nombreux points ont abordé les compétences du conseil d’administration et le renforcement de son pouvoir sur le management de Nethys. Mais rien sur Stéphane Moreau. Son avenir n’a pas formellement été abordé. Il semble même que l’administrateur délégué de Nethys bénéficie d’un sursis jusqu’à la fin mars.

"Les partis politiques veulent préparer la mise en place de la nouvelle direction avant de lancer formellement la procédure de départ de Stéphane Moreau."
Un administrateur de Finanpart

Derrière ce nouveau report de l’examen du cas Stéphane Moreau, certains y voient les conséquences d’un accord politique intervenu ce week-end entre les ténors liégeois du MR, du PS et cdH en vue de baliser la réunion de lundi. "Les partis politiques veulent préparer la mise en place de la nouvelle direction avant de lancer formellement la procédure de départ de Stéphane Moreau", souligne un administrateur. Le cas de Stéphane Moreau devrait donc rapidement revenir sur la table du conseil d’administration. "La procédure pour son départ est en route et elle ne s’arrêtera pas", assure un administrateur.

"On a coupé les ailes à Moreau"

D’ici le départ ou l’éviction de Stéphane Moreau, les administrateurs de l’intercommunale ont décidé de limiter ses marges de manœuvre. "On a coupé les ailes de Moreau", assure une source politique liégeoise.

Outre le lancement de la procédure de dissolution de Finanpart qui va permettre aux administrateurs de Publifin (qui siègent également dans Finanpart) de reprendre directement la main sur sa filiale Nethys, le conseil d’administration de Finanpart va doter Publifin d’une équipe de direction afin d’accompagner le travail des administrateurs.

"Il faut maintenant arriver à localiser ces managers qui gagnent plus de 245.000 euros."
Un membre du conseil d'administration de Finanpart

Il a aussi été mis fin lundi soir à la convention de délégation de pouvoir accordée à Nethys et à son administrateur délégué. "Toutes ces mesures permettent à Publifin de reprendre la main", assure une source politique qui y voit de facto la fin du pouvoir de Stéphane Moreau et de son management.

Le plafonnement des salaires à 245.000 euros a également fait l’objet d’une décision formelle. "Il faut maintenant arriver à localiser ces managers qui gagnent plus de 245.000 euros", explique un membre du conseil d’administration.

Un GRD unique en Wallonie?

À côté de cet important chapitre sur le management, les administrateurs de Finanpart ont abordé un autre dossier sensible: un possible rapprochement entre leur gestionnaire de distribution de gaz et d’électricité (GRD) Resa avec Ores. Ce scénario pourrait relancer un vieux rêve wallon de GRD unique.

Discutée entre les représentants politiques liégeois du MR, du cdH et du PS ce week-end, l’idée d’un mariage entre Ores et Resa a fait l’objet d’une rencontre discrète à Liège vendredi 9 février entre Stéphane Moreau et Fernand Grifnée, le patron d’Ores. "Je confirme que cette réunion a bien eu lieu, et que nous y avons évoqué une série de sujets d’actualité, dont celui-là", confirme Fernand Grifnée.

"Je confirme que cette réunion a bien eu lieu, et que nous y avons évoqué une série de sujets d’actualité, dont celui-là."
Fernand Grifnée
patron d'Ores

Si rien n’est encore fait, lundi, les administrateurs de Finanpart ont prudemment marqué leur accord pour qu’une étude sur l’avenir de Resa soit rapidement menée.

Parmi les scenarios qui devront être examinés, la faisabilité d’une fusion entre les deux GRD est posée. Le point devrait néanmoins être à nouveau discuté lors du prochain CA de Publifin le 27 février. "Cette analyse doit s’interroger sur les conséquences d’un tel rapprochement en matière de qualité des services, de prix et d’emploi. Nous devons nous assurer que les prix ne vont pas exploser pour les consommateurs liégeois", prévenait un administrateur de Finanpart avant la réunion.

Au détriment des Liégeois? 

Un rapprochement entre Ores et Resa désavantagerait le consommateur liégeois, selon Damien Ernst, professeur à l’Université de Liège (ULg), spécialiste du domaine de l’énergie. En effet, les Liégeois bénéficient de tarifs de distribution de l’énergie plus bas que dans les zones desservies par Ores.

"Il est possible d'opérer une fusion sans impacter les tarifs de distribution mais c'est tout de même la porte ouverte à une uniformisation des tarifs."
Damien Ernst
professeur à l’ULiège

"Il est possible d'opérer une fusion sans impacter les tarifs de distribution mais c'est tout de même la porte ouverte à une uniformisation des tarifs", explique l’expert. Resa pratique un tarif de neuf centimes par kilowatt-heure distribué alors que le maximum appliqué par Ores s'élève à près de 15 centimes par kwh.

"Ceci ne concerne bien entendu que la distribution", insiste Damien Ernst. Payer six centimes supplémentaires par kwh distribué, "ce serait comme si la composante énergie de la facture du consommateur liégeois doublait", explique-t-il. "Ce serait la première étape vers une uniformisation des tarifs en Wallonie."

Eviter le hold-up du siècle

D’ici les conclusions de l’analyse, certains administrateurs exprimaient déjà leurs craintes lundi soir de voir Resa se faire avaler par Ores. "On veut éviter le hold-up du siècle. On a le sentiment que chez Ores, ils ont des tarifs plus élevés et un endettement très important", s’inquiète un administrateur. Un responsable politique parle, lui, de Resa comme d’une "vache à lait" pour Ores.

"On veut éviter le hold-up du siècle. On a le sentiment que chez Ores, ils ont des tarifs plus élevés et un endettement très important."
Un administrateur de Finanpart

Cette fusion entre Resa et Ores est cependant une piste parmi d’autres. "Aujourd’hui, nous allons examiner les différentes pistes. Outre le rapprochement avec Ores, d’autres scénarios sont possibles comme le stand-alone, la création d’une nouvelle intercommunale pour y loger les activités de distribution de gaz et d’électricité ou la recherche d’un autre partenaire voire la cession des actifs."

D’après l’agenda dicté par la ministre des Pouvoirs locaux Valérie De Bue (MR), les instances de Publifin ont jusqu’au 31 mars pour remettre leurs propositions visant à redéfinir le périmètre du nouveau groupe Publifin: les activités à maintenir, celles qu’il faut céder.

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