Des experts saluent la "compétence" des dirigeants de Publifin

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D’après les experts désignés par la Région wallonne, les dirigeants de Publifin saisissent les opportunités industrielles en réduisant les coûts. Ils proposent 3 pistes pour réformer la structure juridique de l'intercommunale.

Après un mois de travail, les experts désignés par le gouvernement wallon pour réaliser un audit stratégique, économique et financier du groupe Publifin (Nethys, VOO, Resa, etc.) ont rendu leur rapport. C’est le cabinet d’avocats bruxellois Philippe & Partners, en collaboration avec des professeurs d’université (ULB, UCL, UMons), qui a emporté le marché public.

Pour scruter l’intercommunale liégeoise, il a fallu rassembler des compétences en matière juridique et de gestion. Et contrairement au rapport de la Commission d’enquête du Parlement wallon, leur analyse de 249 pages ne crucifie pas la gestion de Publifin. Elle est satisfaisante et pose des constats et des recommandations.

"La politique de diversification du groupe Publifin a été un succès jusqu’ici."
rapport des experts

> Audit stratégique

Les experts notent que le groupe Publifin ne dispose pas vraiment d’un document expliquant sa stratégie globale mais qu’à chaque étape des analyses sont préparées avec l’aide du cabinet McKinsey et présentées aux organes des sociétés. "Nous concluons que la stratégie du groupe est largement opportuniste. Lorsqu’il voit une opportunité industrielle, le groupe s’interroge sur la manière de réaliser la rentabilité de l’opération, par exemple en réduisant les coûts et en créant des synergies avec les filiales", lit-on dans le document.

Dans le même temps, ils rappellent que "certaines entreprises comme Google considèrent que la meilleure stratégie est l’absence de stratégie": ils relèvent qu’entre 2007 et 2015, le revenu du groupe a triplé, pour un tiers grâce à une croissance interne et pour deux tiers grâce à une croissance externe. "C’est conforme à ce qui est observé dans les entreprises performantes du secteur privé. On peut dire que la politique de diversification a été un succès économique jusqu’ici", précisent-ils. L’emploi a évolué de 954 travailleurs en 2007 à 2.946 en 2016 (deux tiers d’emplois sauvés et un tiers créé). D’après eux, il y aura besoin d’importants investissements et d’un mécanisme de liquidité pour financer une recomposition à la marge permettant la sortie des communes qui le souhaitent et l’entrée de nouveaux partenaires (mise en Bourse, etc.).

> Audit financier

Les experts se sont notamment intéressés aux activités de gestionnaire de réseaux de distribution d’énergie (GRD) et de l’opérateur VOO (TV, internet, téléphonie, etc.). "Les performances des secteurs GRD et VOO sont, dans l’ensemble, en ligne, voire supérieures à celles d’entreprises comparables", résument les experts. Ils notent que les redevances électricité (hors centre-ville de Liège) restent dans le groupe et augmentent son bénéfice.

©Mediafin

Elles ne transiteraient pas par les sociétés intermédiaires (Nethys, Finanpart). Le faible niveau d’endettement historique est confirmé au niveau des pôles GRD et VOO par l’analyse de comparables (Telenet, Infrax, Ores, Gaselwest, etc.), tandis que les dividendes versés aux actionnaires (communes, province) ont été "relativement stables" durant ces 6 dernières années (38,9 millions en moyenne par an).

Les experts concluent que la valeur estimée du groupe est actuellement "confortablement supérieure aux montants investis par les actionnaires. Il y a donc, au niveau global, eu une création de valeur pour les actionnaires". Selon nos informations, le capital libéré par les actionnaires est de 374 millions d’euros et la valeur actuelle est de 3,115 milliards. Toutefois, les experts notent que la structure actuelle de remontée des redevances vers Publifin avant une distribution sous forme de dividendes est inefficace. "Depuis la soumission des intercommunales à l’impôt des sociétés (2015), cette procédure en matière de redevance implique une charge fiscale non négligeable (2,6 millions en 2015, 2,8 millions en 2016). Le groupe pourrait remédier à ce problème de déperdition fiscale en proposant un système alternatif", suggèrent-ils.

Les experts relèvent un problème de transparence en matière de traçabilité et de retour sur investissements. Les experts n’épinglent chez Publifin ni aides d’État illégales ni subsides croisés, "dans la mesure où à l’intérieur de Resa (GRD, NDLR) des activités concurrentielles ne viennent pas subsidier des activités non concurrentielles".

> Gouvernance

Les experts relèvent que la nomination de trois administrateurs indépendants et compétents chez Nethys a été un progrès. Mais ils notent que leur indépendance est limitée dans la mesure où ils sont en charge de certains dossiers. "Ils ne sont plus réellement indépendants, mais plutôt externes ou non-exécutifs", rectifient-ils.

Pour eux, le contrôle public est inefficace dans la structuration actuelle du groupe. Ils proposent de nommer des administrateurs exclusivement professionnels des secteurs d’activités du groupe. Leur nomination doit être contrôlée par le régulateur wallon (Cwape) ou par la FSMA. Ils préconisent une fonction d’audit interne et un mécanisme de contrôle gouvernemental.

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