Discriminations en vue dans la limitation des salaires des patrons wallons

Fabian Culot ©BELGA

Quid de la limitation des salaires des patrons des intercommunales ou des sociétés à capitaux publics?

Relancé depuis jeudi par une phrase polémique insérée par le désormais ex-président Paul-Emile Mottard (PS) dans le rapport trimestriel sur la mise en œuvre des recommandations de la Commission Publifin, le dossier de l’intercommunale a été évoqué dimanche sur le plateau de l’émission "C’est pas tous les jours dimanche" de RTL-TVI. La ministre wallonne des Pouvoirs locaux Valérie De Bue (MR) a dénoncé "le chantage à l’emploi pour garder des pratiques inacceptables". Elle a estimé que le député wallon Fabian Culot (MR) doit choisir entre son mandat de député wallon et celui d’administrateur de Publifin. "Il devra faire un choix, cela ne fait aucun doute", a insisté Valérie De Bue.  "Sa double casquette a aujourd'hui atteint ses limites. (...) On ne peut pas être contrôlé et contrôleur à la fois, il doit en tirer les conséquences", a abondé Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe PS au Parlement wallon.

"Fabian Culot devra faire un choix, cela ne fait aucun doute."
Valérie De Bue
Ministre wallonne des Pouvoirs locaux

Contacté par nos soins, l’intéressé n’est pas surpris par la sortie de la ministre libérale. "La question est sur la table depuis que je suis devenu député en juillet dernier, mais il faut attendre le moment opportun pour faire ce choix. Je vais maintenant prendre les contacts", nous a répondu Fabian Culot, membre du même parti que la ministre De Bue.

Il refuse qu’on diffuse dans l’opinion publique que l’intercommunale tarde à prendre les décisions en rapport avec les recommandations de la Commission Publifin. "Ce n’est pas vrai. On ne regarde pas le temps passé et en observant les mouches voler", rétorque-t-il. Epinglé par la bourgmestre de Verviers Muriel Targnion (PS), également administratrice de Publifin, pour avoir réclamé la démission de Paul-Emile Mottard de la présidence du conseil d’administration de Publifin, il dénonce une manœuvre politicienne. "Ce n’est pas élégant de sa part, mais le PS essaie d’entretenir un écran de fumée. Ce n’est pas moi qui ai modifié le rapport trimestriel et c’est vrai que j’ai réclamé la démission du président du CA, mais je ne vois quelle autre décision prendre. Comparer ce que j’ai dit sur les contacts en cours sur les activités en France (La Provence, Nice Matin) et la décision prise de ne plus poursuivre les activités en RDC (République démocratique du Congo, ndlr) à la faute de M. Mottard n’est pas juste. C’est une question de transparence", poursuit Fabian Culot.

Un salaire limité ou pas? 

Un autre volet du débat: la limitation des salaires des patrons des intercommunales ou des sociétés à capitaux publics. La question est de savoir si en voulant faire du dossier Publifin/Nethys un exemple, le Gouvernement wallon ne risque-t-il pas de tomber dans le même piège que le Fédéral en 2013.

A l’époque, le ministre des Entreprises publiques Jean-Pascal Labille (PS) au sein du Gouvernement fédéral s’était engagé sur la même voie avec l’idée de plafonner le salaire des Entreprises publiques autonomes (EPA) à 290.000 euros. Au départ, toutes les entreprises devaient être concernées par la mesure et sans exception. Premier couac, que faire des entreprises comme bpost et Proximus qui évoluent dans des secteurs concurrentiels ? Leur imposer un tel plafond risque de les fragiliser dans la mesure où il sera difficile d’y attirer des compétences susceptibles de leur permettre de jouer à armes égales avec leurs concurrentes. Finalement il a été décidé de permettre aux CEO de bpost et de Proximus de dépasser le plafond, arguant du fait que l’exception s’appliquera à des entreprises publiques évoluant dans des secteurs concurrentiels ou cotées en Bourse.

La question se pose aujourd’hui en Wallonie. Comment justifier le plafond de 245.000 euros que le Gouvernement wallon veut aux patrons de Nethys et laisser les CEO des entreprises comme Sonaca et FN Herstal gagner entre 860.000 euros et plus d’un million d’euros alors que ces entreprises sont à 100% détenues par la Région wallonne? L’argument selon lequel Nethys est la filiale d’une intercommunale est bancale d’après des juristes.

Par ailleurs, comment accepter que le patron de la Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW), l’outil public qui détient 100% des parts du groupe Herstal (FN Herstal, etc.) gagne environ 310.000 euros alors que celui du groupe qu’il contrôle touche près d’un million d’euros. Même interpellation dans le chef de la Sonaca. Un autre exemple interpelle. C’est celui du patron d’Ores, l’autre gestionnaire de réseau de distribution (GRD) d’électricité dont le patron perçoit une rémunération brute annuelle de 470.000 euros. Or dans le même temps, Nethys, a non seulement une activité de GRD (Resa), mais l’entreprise est aussi présente dans un secteur concurrentiel comme le Telecom (Voo) et la presse. Certes, on peut considérer que les salaires des cadres dirigeants de Nethys comme des autres entreprises est trop élevé au regard de la polémique que le dossierPublifin/Nethys a suscité dans l’opinion publique, mais le plafond de 245.000 euros paraît également trop faible. Imposer des salaires aux cadres dirigeants qui ne sont pas en synergie avec les entreprises à capitaux privés risque d’handicaper les entreprises à capitaux publique dans la recherche de cadres dirigeants hautement qualifiés

Démission(s)

Pour rappel, Paul-Emile Mottard a démissionné vendredi de son mandat d’administrateur et de président du CA de Publifin après avoir inséré d’initiative dans le deuxième rapport trimestriel une phrase laissant croire que l’intercommunale réclame une exception à la limitation de salaires des cadres-dirigeants d’une structure publique à 245.000 euros. "Lors de la réunion du conseil d'administration de ce jour, preuve écrite a été apportée qu'aucune faute n'a été commise. Il s'agit d'une maladresse dans la formulation d'une phrase contenue dans l'annexe au rapport trimestriel. Cette annexe ayant été demandée par le vice-président du conseil d'administration de Publifin (le député wallon MR Fabian Culot, ndlr) en raison de son conflit d'intérêt avec son mandat de parlementaire", avait affirmé Mottard dans un communiqué vendredi. 

Valérie De Bue (MR) a annoncé vendredi l'envoi sous peu d'un délégué spécial (du gouvernement) au sein du groupe Publifin afin que ce dernier s'assure que les décisions prises y soient exécutées et suivies d'effets.

"S'ils ont encore une once de dignité et d'honneur, Stéphane Moreau et le management doivent quitter Publifin-Nethys"
Pierre-Yves Dermagne
Chef de groupe PS au Parlement wallon

Sur le plateau de l’émission dominicale de la chaîne privée, Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe PS au Parlement wallon a également réclamé la démission des dirigeants de Nethys, filiale opérationnelle de Publifin. "Au regard des dégâts faits à l’égard du groupe et des travailleurs, au regard aussi du ras-le-bol et du dégoût dans la population, s’ils ont encore une once de dignité et d’honneur, Stéphane Moreau (patron de Nethys, ndlr) et le management doivent quitter Publifin/Nethys", a-t-il déclaré.

Mais une question se pose : peut-on prendre le risque de débarquer le management d’un groupe, surtout au moment où celui-ci traverse une tempête ? D’après des observateurs et certains ténors politiques, une telle décision risque de fragiliser davantage Nethys et précipiter son démantèlement avec à la clé des moins-values et des impacts négatifs sur l’emploi. Le député Fabian Culot a toujours soutenu qu’"il faut éviter qu’au départ d’un problème de gouvernance, on arrive à un plan social". Une certaine retenue s’impose donc dans le dossier.

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