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L'arrivée de Targnion à la présidence ravive la fièvre chez Publifin

©BELGA

La prochaine nomination de Muriel Targnion, bourgmestre socialiste de Verviers, à la présidence de l’intercommunale Publifin, crispe une partie du monde politique wallon. La ministre cdH Alda Greoli va jusqu’à se demander jusqu’à quand le PS et le MR liégeois vont continuer à protéger Stéphane Moreau, le délicat patron de Nethys.

L’innovation n’est visiblement pas encore tout à fait le point fort de Publifin. Et l’intercommunale a déjà prouvé par le passé qu’elle était capable de sortir de son chapeau quelques surprises comme l’épisode qui a récemment entouré le retour, avorté depuis, de l’ancien président André Gilles dans les instances d’une filiale de la galaxie Publifin.

La suite de l’histoire est fort différente. Après le départ de sa dernière présidente, la socialiste Stéphanie De Simone, le conseil d’administration de l’intercommunale liégeoise se cherche depuis février dernier un remplaçant.

Inutile de dire que devant toutes les tensions qui entourent la réorganisation des activités de Publifin en Wallonie depuis le scandale des comités de secteur et face aux pressions politiques venant tous azimuts de Liège et de Namur, le poste de président chez Publifin est une fonction à haut risque. Avant Stéphanie De Simone, le socialiste Paul-Emile Mottard, un cador de la politique locale à Liège, s’est cassé les dents sur le dossier. "C’est un poste assez difficile car il faut, d’un côté, savoir faire face aux exigences du gouvernement wallon et des députés et en même temps, pouvoir éviter de suivre aveuglément les arguments de Stéphane Moreau", résume un familier du dossier à Liège.

Devant cette difficulté, un consensus politique entre le PS et le MR liégeois aurait finalement été trouvé pour désigner Muriel Targnion, l’actuelle bourgmestre de Verviers, récemment réélue à la tête de sa ville.

"Stéphane Moreau, c’est un non-sujet aujourd’hui. C’est lui qui a créé le groupe tel qu’il est aujourd’hui."
Muriel Targnion

La socialiste Targnion fait partie du cercle proche des familiers de Stéphane Moreau, le patron de Nethys. Elle n’hésitait d’ailleurs pas à le défendre dans une interview donnée à L’Echo il y a tout juste un an. Sur la question de la reconduction de Monsieur Moreau dans ses fonctions de CEO de Nethys, elle était d’ailleurs plutôt claire, expliquant notamment que "Stéphane Moreau, c’est un non-sujet aujourd’hui. C’est lui qui a créé le groupe tel qu’il est aujourd’hui. Il n’a pas été mis en cause dans le scandale de comités de secteur. Il n’est en fait mis en cause que sur la base de son salaire. On peut en discuter sur la base de la logique déjà évoquée ; mais ce n’est pas une faute. Un moment donné, tous les dirigeants ont approuvé ce salaire, l’estimant cohérent. Il faut arrêter de tirer sur le pianiste, surtout quand il n’a pas joué faux. "

Si sa nomination pressentie n’a toutefois pas encore été confirmée – la faute notamment à un cumul qu’engendrerait une telle nomination avec son mandat de députée –, l’info, si elle devait se confirmer, n’enchante pas spécialement tout le monde. A commencer par Cédric Halin, le bourgmestre d’Olne et qui fut le premier à dénoncer le scandale Publifin.

"Sauf si elle a changé d’avis depuis, il y a quelques mois, elle était plutôt en faveur de Monsieur Moreau et de sa manière de gérer l’intercommunale. Si le souhait est vraiment de changer de thèse et de l’écarter, ce n’est sans doute pas la personne qui sera la plus volontaire à le faire. Si cela devait effectivement occuper la présidence, en termes de message de renouveau et de réforme, ce ne serait pas le genre de nomination qui me rassurerait, explique Cédric Halin. Je ne juge pas la personne mais bien les thèses défendues, qui ne sont pas les miennes."

L’amicale des anciens de Nethys

Les langues sont plus acerbes du côté d’Ecolo où le député wallon Stéphane Hazée, qui a siégé au sein de la commission d’enquête parlementaire Publifin, voit derrière cette nomination un retour de l’ancien régime.

"Ce n’est pas une question de personne mais quand le PS et le MR à Liège désignent la députée qui a pris ses distances par rapport aux recommandations émises par la commission d’enquête parlementaire sur Publifin, c’est inquiétant."
Stéphane Hazée
Député wallon

"Ce n’est pas une question de personne mais quand le PS et le MR à Liège désignent la députée qui a pris ses distances par rapport aux recommandations émises par la commission d’enquête parlementaire sur Publifin, c’est inquiétant car cela prouve que rien ne change. Cette décision est symptomatique car elle met en abîme la restauration d’un ancien régime à qui le Parlement a demandé de partir. Les personnes qui auraient dû être mises à l’écart sont toujours là et font la pluie et le beau temps et pendant ce temps-là, rien ne change."

Le député écolo prend en exemple le cas de Resa, le gestionnaire du réseau de distribution de gaz et d’électricité à Liège qui doit être sorti du giron de Nethys. "Resa a été sorti de la boîte noir Nethys mais une série d’administrateurs sortis par la porte de Nethys reviennent par la fenêtre chez Resa si bien que Resa est devenu l’amicale des anciens de Nethys."

Alda Greoli veut la fin du contrat de Stéphane Moreau

Cette nomination fait grincer des dents jusque dans les hautes sphères du gouvernement de la Région wallonne où certains voient cette arrivée comme un très mauvais signal. "C’est une claque pour ceux qui plaident pour un ressaisissement", lâche-t-on dans les couloirs de l’Elysette.

"Pourquoi n’y-a-t-il pas moyen d’en finir avec le contrat de travail de Monsieur Moreau?"
Alda Greoli
Vice-présidente du gouvernement wallon et cheffe de file du cdH à Liège

La vice-présidente humaniste du gouvernement wallon Alda Greoli, qui est la cheffe de file du cdH à Liège, va elle un pas plus loin et exige le départ de Stéphane Moreau. "Quand va-t-on enfin prendre conscience que le plus grand danger pour le projet social et économique de Publifin/Nethys, c’est le fait qu’un homme comme Stéphane Moreau continue à instrumentaliser Publifin à des fins personnelles? Pourquoi n’y a-t-il pas moyen d’en finir avec le contrat de travail de Monsieur Moreau? Le gouvernement a des exigences claires en termes de stratégie pour Publifin et nous avons la possibilité d’envoyer un commissaire spécial. Cet enjeu est une priorité. Malheureusement, je m’étonne aujourd’hui de voir qu’il n’y a pas d’accord politique pour sauver le projet économique et social de Nethys et de L’Avenir. Je suis confortée dans le fait que le cdH devait sortir des instances de Publifin."

Du côté du MR liégeois, on préfère rester discret sur la question. Fabian Culot ne souhaitait pas vraiment s’attarder sur la possible nomination de Muriel Targnion. "Le choix de la personne importe peu finalement. Avec qui que ce soit, ce qui compte avant tout, c’est de continuer à avancer. Etant dans le conseil d’administration depuis le renouveau, elle a l’avantage de déjà bien connaitre le dossier", s’est contenté d’expliquer le libéral, qui siège également au sein du conseil d’administration de Publifin.

Enfin, du côté socialiste, c’est la discrétion totale. Contacté, le ministre Jean-Claude Marcourt, chef du PS à Liège, n’a pas répondu à notre appel. Le mutisme régnait également chez les socialistes du Parlement wallon où personne ne souhaitait s’exprimer sur le dossier même si en coulisses, certains pestaient face à ce qu’ils voient déjà comme un mauvais coup de la fédération liégeoise du PS.

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