Les communes bruxelloises veulent quitter la galaxie VOO-Nethys

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L’aile bruxelloise de Brutele demande l’instauration d’une clause de sortie qui lui permettrait de se vendre au plus offrant. Une aubaine pour Telenet?

Tensions dans l’air du côté de Brutele? Les six communes bruxelloises (Auderghem, Evere, Ixelles, Saint-Gilles, Uccle et Woluwe-Saint-Pierre) actionnaires de l’intercommunale chercheraient à faire sécession de leurs homologues wallons, d’après nos sources.

L’aile bruxelloise veut que figure dans lesdits statuts une clause de sortie lui permettant de prendre son envol si et quand elle le souhaite…

Lors de l’assemblée générale extraordinaire du 30 juin, le conseil d’administration de Brutele a mis sur la table le dossier de la révision des statuts de la structure suite à une décision de 2014 sur la tutelle des intercommunales. Résultat des votes? Un refus catégorique de la part de l’aile bruxelloise qui veut que figure dans lesdits statuts une clause de sortie lui permettant de prendre son envol si et quand elle le souhaite

De prime à bord, certains pourraient y voir une énième conséquence de l’affaire Publifin, les sécessionnistes cherchant à s’affranchir de l’image accolée à Brutele pour sa relation avec la marque VOO exploitée en partenariat avec Nethys. Ce serait réducteur.

La sortie des Bruxellois de Brutele, "c’est une histoire vieille de 10 ans", témoigne une source proche du dossier. "C’est un secret de polichinelle", nous glisse pour sa part un haut responsable de la capitale. En fait, des discussions ont lieu en ce sens "depuis février 2014", indique un membre du conseil d’administration de Brutele. "Mais les Wallons n’ont jamais cru que nous irions jusqu’au bout", ajoute un cacique bruxellois.

"Au niveau de Woluwe-Saint-Pierre, il y a une volonté de sortir de Brutele."
Benoît Cerexhe
Bourgmestre

Alors où en est-on aujourd’hui? Benoît Cerexhe, bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre, reconnaît que pour ce qui est de sa commune, "il y a une volonté de sortir à terme de cette intercommunale", avant de préciser qu’"il n’y a pour l’instant pas d’accord avec les Wallons en ce sens". Quant à Didier Gosuin, bourgmestre empêché d’Auderghem, il pointe du doigt "un complexe industriello-financier que nous ne maîtrisons plus". Dès lors, sa position est similaire à celle de Woluwe, et ce, "depuis des années".

Pas sans conséquence

La raison profonde de ce soudain désir de sortie? Un désaccord idéologique, nous explique-t-on côté sud, qui pourrait se résumer par l’opposition entre un libéralisme bruxellois et un socialisme wallon. Pour les communes de la capitale, ce ne serait "plus une mission de service public de s’occuper de télédistribution", il vaudrait mieux privatiser à terme. Côté sud par contre, c’est tout l’inverse. Brutele doit rester sous le giron politique. C’est stratégique.

"Pendant plus de dix ans, Brutele a été une très bonne opération pour les communes bruxelloises."

Si une sortie peut faire sens, limitant les coûts administratifs ou encore permettant de dégager des fonds pour de nouveaux projets ou bien d’alléger les dettes des communes, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. "Pendant plus de dix ans, Brutele a été une très bonne opération pour les communes bruxelloises", concède un poids lourd de la capitale, ce qui se traduit par des dividendes non négligeables et récurrents.

Pour la commune d’Ixelles par exemple, il en va d’environ 500.000 euros annuels, lit-on dans son budget, un montant similaire à celui de la commune d’Uccle (430.000 euros en 2016). Quant à Auderghem et Saint-Gilles, les sommes tournent aux alentours des 200.000 euros.

"Il est évident qu’un certain nombre d’intervenants sur le marché sont intéressés par nos parts."

Choisir de sortir de l’intercommunale, c’est donc renoncer à ces rentrées pour les communes, certes, mais cela permettrait par ailleurs de faire rentrer un joli pactole dans les caisses dans le cas d’une vente. Et sur ce point, "il est évident qu’un certain nombre d’intervenants sur le marché sont intéressés par nos parts", lance un Bruxellois.

Et là, le regard se tourne assez logiquement vers Telenet dont le CEO, John Porter, n’a jamais caché son envie de gober le tiers restant de Bruxelles après avoir empoché les deux tiers du territoire lors de la finalisation à la mi-juin du rachat de SFR Belux.

La bisbrouille bruxello-wallonne actuelle représenterait-elle une opportunité pour Telenet? L’intérêt est bel et bien là.

La bisbrouille bruxello-wallonne actuelle représenterait-elle une opportunité pour l’opérateur de Malines? L’intérêt est bel et bien là. Telenet a "toujours été en faveur d’une consolidation dans le câble", glisse un haut profil du câblo-opérateur. De plus, le cash nécessaire est disponible, malgré la reprise de Base, malgré celle de SFR Belux. Reste donc le nœud technique reliant Brutele, Nethys et VOO qui lui pourrait poser problème…

Des discussions sont-elles en cours sur ce point? "Aucune. Et je n’ai d’ailleurs pas entendu que quelque membre du conseil d’administration ait été mandaté en ce sens", assure quelqu’un chez Brutele. Et un baron bruxellois: "Instaurer la possibilité de sortir serait positif mais il faut en voir les modalités" car "si c’est pour démarrer une bagarre juridique avec les Wallons qui dure des années…"

Nécessaires tractations

Et si… Vu les liens qui unissent Brutele et VOO, de nombreuses questions devront être tranchées. Quid de la clientèle de VOO, quid du personnel de Brutele (environ 250 personnes en 2016), mais aussi et surtout, quid de l’infrastructure commune, à savoir le réseau câblé (5.000 kilomètres), de fibre optique (500 kilomètres) ou encore l’IT?

"Une demande a été introduite il y a quelque temps pour que les deux ministres-présidents régionaux se rencontrent et voient comment il est possible de sortir de cette situation. Mais la donne politique a un peu changé depuis."

En parallèle, Nethys pourrait aussi se porter candidat à une reprise des parts des Bruxellois dans Brutele. Se posent ici les questions financières (avec quels moyens) et politiques de rigueur. Quel dirigeant bruxellois voudrait par ces temps faire affaire avec Liège?

Pour tenter de faire la lumière sur ces points, "une demande a été introduite il y a quelque temps pour que les deux ministres-présidents régionaux se rencontrent et voient comment il est possible de sortir de cette situation", glisse un Bruxellois avant d’ironiser: "Mais la donne politique a un peu changé depuis".

C’est pourquoi le conseil d’administration de Brutele devrait se réunir à la rentrée afin de convoquer une nouvelle assemblée générale. Bref, le dossier est ouvert, mais loin d’être clos…

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