McKinsey a été perquisitionné dans le cadre du dossier Nethys

©anthony dehez

La justice cherche à déterminer le rôle du consultant dans l’estimation de la valeur des filiales de Nethys.

À ce stade, l’affaire était plutôt passée inaperçue. Il y a environ trois semaines, le juge d’instruction liégeois en charge de l’enquête pénale sur le dossier Nethys, Frédéric Frenay, accompagné de policiers de l’Office Central pour la Répression de la corruption (OCRC), se sont rendus au 480 de l’avenue Louise, l’adresse de l’IT Tower. Sur le toit de cet immeuble emblématique de Bruxelles, on retrouve le restaurant étoilé Villa in the sky. Mais les policiers n’étaient pas venus pour un gueuleton. Ils se sont arrêtés au dernier étage de la tour, juste en dessous du célèbre restaurant, là où se trouvent les bureaux bruxellois du consultant McKinsey. Et si le juge et les policiers avaient fait le déplacement, c’était pour perquisitionner les bureaux du consultant.

Ventes secrètes

Au centre de l’intrigue qui a mené les enquêteurs jusqu’au siège de McKinsey à Bruxelles, il y a les estimations des valorisations de Win, Voo et Elicio réalisées par le consultant pour le compte de Nethys. C’est une histoire de chiffres! Pour bien la comprendre, il faut remonter à la mi-septembre quand on apprend, via la presse, que Nethys a vendu sa filiale Voo dans le plus grand secret en mai dernier. Les ventes de Win et Elicio suivront. Outre le fonds américain Providence qui s’est formellement engagé à reprendre Voo, selon une information dévoilée par nos confrères du Soir, l’homme d’affaires liégeois François Fornieri s’est porté acquéreur de Win et Elicio à travers sa société Ardentia.

Habituellement, un tel processus de vente de sociétés est cornaqué par une banque d’affaires. Dans ce dossier, on n’en trouve nulle trace.

Très vite, ces trois opérations ont levé de nombreuses interrogations. Outre le rôle incestueux joué par François Fornieri qui était à la fois vendeur comme administrateur chez Nethys et acquéreur via Ardentia, et l’absence de mise en concurrence, les estimations des valorisations des trois actifs faites par le consultant McKinsey interpellent de nombreux acteurs et poussent aujourd’hui la justice à fouiller dans les livres du consultant. Précisons qu’habituellement, un tel processus de vente de sociétés est cornaqué par une banque d’affaires. Dans ce dossier, on n’en trouve nulle trace. "Nous considérons qu’il était imprudent, hasardeux et très téméraire de la part des personnes de McKinsey qui ont travaillé sur le dossier de s’engager dans la valorisation en dehors de leur métier sans avoir un banquier à leurs côtés", nous a récemment déclaré Laurent Levaux, récemment administrateur de Nethys, lui-même un ancien de McKinsey.

Chargé de mener une étude stratégique sur le redéploiement de Nethys et la cession des bijoux de famille de l’intercommunale voulus par le décret gouvernance, le consultant a par exemple valorisé le prix de vente de la filiale Elicio, active dans l’énergie renouvelable, à un euro symbolique. Certains acteurs ont parlé de "braquage" car la méthode utilisée n’aurait pas pris en compte les flux de trésorerie futurs, liés au rendement des parcs éoliens. À travers l’étude réalisée par McKinsey, l’ancienne direction de Nethys s’est quant à elle justifiée en pointant les 965 millions d’euros de dettes d’Elicio, son besoin de capital et ses perspectives de bénéfices soumises à de fortes pressions en raison de la baisse des subventions.

Valorisée par McKinsey dans une fourchette qui oscille entre 8 et 10 millions d’euros, la vente de Win a fait hurler certains acteurs qui estiment que l’entreprise vaut plus de 25 millions d’euros.

Le cas de Win, spécialisé dans les services TIC, est similaire. Valorisée par McKinsey dans une fourchette qui oscille entre 8 et 10 millions d’euros (sous réserve de due diligence), la vente de Win a également fait hurler certains acteurs qui estiment que l’entreprise vaut plus de 25 millions d’euros.

Quant à la vente de Voo à Providence, l’ancien management de Nethys avait négocié avec Providence une valorisation d’entreprise à 1,07 milliard d’euros maximum. Et ce, sans prix minima. Or, après déductions des créances de VOO, ce montant avait rapidement déjà perdu 70 millions. Aujourd’hui, la renégociation menée par la nouvelle direction de Nethys avec l’aide de la banque d’affaires Rothschild, valorise VOO entre 1,1 et 1,2 milliard.

McKinsey collabore

D’après nos informations, en perquisitionnant les locaux de McKinsey, le juge et les enquêteurs cherchaient essentiellement à entrer en possession des éléments ayant permis au consultant de déterminer les valeurs des trois filiales de Nethys. Le juge Frédéric Frenay cherche également à savoir si ce travail de valorisation a réellement été réalisé. Pour arriver à leurs fins, les enquêteurs ont demandé aux employés du consultant présents sur place de leur fournir toutes les pièces demandées. Les policiers sont repartis avec différents documents et bon nombre de supports informatiques, a-t-on appris à bonne source.

Il est normal que les autorités judiciaires entrent en contact avec les parties.
McKinsey

De son côté, brisant sa règle habituelle de silence, le consultant a tenu à réagir à cette information sur les perquisitions. "Il est de notoriété publique qu’une enquête publique est en cours autour des activités de Nethys. Comme relaté par les médias, quelque 23 perquisitions ont eu lieu à ce jour. Dans le cadre de cette enquête, il est normal que les autorités judiciaires entrent en contact avec les parties et rassemblent largement des informations qui sont susceptibles de faire progresser leur enquête sur Nethys. McKinsey assistera les autorités judiciaires dans le cadre de l’enquête en cours", a fait savoir le consultant.

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