McKinsey propose 12 scénarios pour Nethys

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Pour le consultant McKinsey, le développement de Nethys a entraîné une création de valeur pour les actionnaires en dividendes et en réserves accumulées. Le groupe vaut aujourd’hui environ 3 milliards.

Après des semaines d’auscultation du groupe Nethys, McKinsey a bouclé son rapport d’analyse sur l’historique et l’évolution de la filiale opérationnelle de l’intercommunale liégeoise Publifin. Après la commission d’enquête du Parlement wallon dont des observateurs reconnaissent aujourd’hui qu’elle a été trop loin, place désormais à une analyse plus rationnelle et économique de la situation de l’entreprise.

Le rapport du consultant a été présenté aux alentours du 22 décembre au conseil d’administration de Nethys. Et selon nos informations, c’est le big boss de McKinsey Belgium, Jacques Bughin, un des principaux responsables mondiaux du consultant, qui est venu faire la présentation.

Création de valeur

3 milliards
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Nethys vaudrait aujourd’hui environ 3 milliards d’euros.

La plus grande confidentialité entoure le document qui a été exposé hier au conseil d’administration de Publifin. L’analyse de McKinsey arrive à la conclusion que le développement de Nethys a entraîné une création de valeur pour les actionnaires (Province de Liège, communes) tant au niveau des dividendes distribués (sur les 6 dernières années, les actionnaires ont touché plus de 230 millions) qu’en matière de réserves accumulées.

La création de valeur serait évaluée entre 600 millions et près d’un milliard d’euros. Nethys vaudrait aujourd’hui environ 3 milliards d’euros. Sur la création de valeur, les conclusions du consultant vont dans le même sens que celles du rapport du 5 juillet 2017 réalisé par le cabinet d’avocats Philippe & Partners à la demande du précédent gouvernement wallon. McKinsey concède aussi que la stratégie développée jusqu’à présent par les dirigeants de Nethys est bonne.

"McKinsey ne fera pas un rapport de complaisance pour Nethys. Il en va de la crédibilité du consultant."

Il faut dire que le consultant accompagne ses dirigeants depuis quelques années maintenant. "Vous pensez vraiment que McKinsey va faire un rapport de complaisance pour les dirigeants de Nethys vu les enjeux. C’est leur crédibilité qui est en jeu et ce n’est pas pour rien que c’est le big boss même qui est venu exposer le rapport au conseil d’administration de Nethys. La séance a duré au moins 4 heures", nous a rétorqué une source proche du dossier.

Concernant l’avenir du groupe, les experts de McKinsey auraient décliné entre 8 et 12 scénarios de développement. Ils vont, notamment, de la cession du pôle média à celui des assurances (Intégrale notamment) en passant par la mise dans une autre entité du gestionnaire de réseau de distribution (GRD) d’énergie Resa. Cette dissociation de Resa de Nethys est l’option choisie par le gouvernement wallon sous la pression des députés, mais sur le plan économique, McKinsey estime qu’elle serait négative tant pour Nethys que pour le GRD.

Il y en a qui se lèvent et qui se demandent sur quoi ils vont encore communiquer. Le sujet Publifin leur sert de publicité à bas coût, ça suffit!"
Fabian Culot
Député wallon et vice-président de Publifin

En effet, en le découplant du groupe, Resa verrait ses charges augmenter à cause d’une augmentation de ses coûts de fonctionnement. Il faudra à ce moment une nouvelle direction, un nouveau service juridique, une nouvelle comptabilité, etc. McKinsey n’établit pas de hiérarchie dans les scénarios et laisse le soin aux instances de Nethys/Publifin de faire des choix en connaissance de cause.

Contacté hier avant la présentation du rapport, le député wallon Fabian Culot (MR), vice-président de Publifin, se refuse à en parler sans l’avoir lu. Mais il rejette les critiques qui ne cessent pas. "Il y en a qui se lèvent et qui se demandent sur quoi ils vont encore communiquer. Le sujet Publifin leur sert de publicité à bas coût, ça suffit! Il faut garder son sang-froid pour qu’au départ d’un problème de gouvernance, on n’arrive pas à un plan social", peste-t-il.

Sur les critiques concernant des lenteurs dans la mise en œuvre des recommandations de la commission Publifin, il rappelle que les recommandations organisationnelles sont déjà traduites en actes et que 95% des montants à rembourser vont l’être.

Le gouvernement prêt à envoyer un commissaire spécial

Parmi les dizaines de recommandations, le rapport parlementaire exige le départ du management de Nethys, la filiale de Publifin. Outre le directeur général Stéphane Moreau, les députés veulent voir débarquer Pol Heyse, Gil Simon ou Bénédicte Bayer. Dans les faits, cette exigence est restée lettre morte. Stéphane Moreau & Cie sont toujours dans la place (liégeoise). Et les incantations de la ministre des pouvoirs locaux Valérie De Bue (MR) n’ont visiblement pas eu les effets escomptés.

"L’heure de vérité arrive pour Nethys."
Ministre du gouvernement wallon

Devant ce qui semble être un échec pour le gouvernement wallon, plusieurs ministres sont d’avis d’utiliser la contrainte en envoyant dès que possible un commissaire spécial chez Nethys. "L’heure de vérité arrive pour Nethys", soulignait récemment un ministre du gouvernement wallon.

Ce commissaire spécial au gouvernement, c’est l’arme atomique qui doit permettre à l’équipe du ministre-président Willy Borsus (MR) de reprendre la main sur le management de Nethys en imposant le licenciement de Stéphane Moreau.

Un avant-projet de décret a déjà été adopté en deuxième lecture par le gouvernement. Actuellement au Conseil d’État, le texte doit repasser sur la table de l’exécutif en février. Il sera dans la foulée transmis au parlement fin mars pour un vote après les vacances de Pâques.

D’ici cette étape, le gouvernement attend avec impatience le deuxième rapport trimestriel de Publifin fin janvier. Cette nouvelle version, qui fait un point sur les avancées en terme de gouvernance dans la galaxie de Nethys/Public tous les trois mois, est particulièrement attendue par la ministre des pouvoirs locaux, qui attend de l’intercommunale un tableau concret sur la mise en place des recommandations faites par le gouvernement.

Nethys et tapie vendent corse-matin

Selon nos informations, le conseil d’administration de La Provence a validé la cession de 35% du capital de la société Corse Presse, qui édite le quotidien Corse-Matin, à un consortium d’entrepreneurs corses. L’opération a été conclue sur la base d’une valorisation de Corse-Matin de quelque 9 millions d’euros. 

Par conséquent, l’opération devrait rapporter un cash d’environ 3,1 millions d’euros aux actionnaires du groupe La Provence, dont Bernard Tapie et le groupe wallon Nethys. Ce dernier détient 11% du groupe La Provence, lequel est propriétaire à 100% de Corse-Matin. Bernard Tapie est propriétaire des 89% restants.

La cession qui vient d’être actée n’est que la première étape d’une opération qui doit normalement aboutir à un désengagement total de Corse-Matin par La Provence. En effet, il est prévu que le consortium d’entrepreneurs corses (dont le propriétaire de la Compagnie maritime corse) s’empare d’un deuxième tiers de l’unique quotidien distribué sur l’île de beauté à fin 2018, puis du reste du capital quatre ans plus tard. 

De sources proches du dossier, la cession de Corse-Matin permet à La Provence de se séparer d’une entité qui est déficitaire. Reste à savoir maintenant ce que les actionnaires de La Provence vont faire de la petite manne financière que rapportera la vente de Corse-Matin.

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