McKinsey va rembourser 7 millions à Nethys

©BELGA

Le consultant a négocié une transaction financière avec la direction de Nethys. McKinsey se justifie par un travail fourni "qui ne correspondait pas à nos standards."

Il faut probablement y voir un mea culpa. Ou le solde de tout compte…Accusé par la nouvelle direction de Nethys d’avoir fait preuve de légèreté dans l’analyse de certains dossiers, le consultant McKinsey a accepté de payer à l’intercommunale liégeoise une transaction financière de 7 millions (8,5 millions si on ajoute la TVA), soit 30% des 23,59 millions d'honoraires HTVA payés par Nethys ces 5 dernières années.

"McKinsey vise les standards les plus élevés avec de la valeur ajoutée pour nos clients. Dans le cadre de notre relation avec Nethys, nous avons décidé de faire réaliser par un avocat un audit du travail effectué par McKinsey chez Nethys. Cet audit a montré que le travail fourni par Mckinsey ne répondait pas à nos standards."
Frédéric Vandenberghe
Managing Partner de McKinsey BeLux

Cet accord passé avec la nouvelle direction de Nethys est assez exceptionnel. "McKinsey vise les standards les plus élevés avec de la valeur ajoutée pour nos clients. Dans le cadre de notre relation avec Nethys, nous avons décidé de faire réaliser par un avocat un audit du travail effectué par McKinsey chez Nethys. Cet audit a montré que le travail fourni par Mckinsey ne répondait pas à nos standards. Pour cette raison, nous avons décidé de faire un geste commercial et de rembourser 7 millions à Nethys", nous a déclaré Frédéric Vandenberghe, le Managing Partner de Mckinsey Belux.

La peur du scandale?

Ce "geste commercial" n’est évidemment pas gratuit. La transaction enterre tout recours au civil de Nethys. "Nethys a décidé d’accepter cette proposition qui permet d’éviter un différend entre les deux institutions. Il s’agit d’un accord commercial entre Nethys et McKinsey et il est conclu sans préjudice à l’issue de l’enquête pénale", précise la direction de Nethys qui ajoute que "cet accord ne concerne pas l’ancien partner de McKinsey en charge de Nethys qui a désormais quitté l’institution".

"Il était imprudent, hasardeux et très téméraire de la part des personnes de McKinsey qui ont travaillé sur le dossier de s’engager dans la valorisation en dehors de leur métier sans avoir un banquier à leurs côtés."
Laurent Levaux
Président de Nethys

Pour bien comprendre les éléments de ce dossier tentaculaire, il faut remonter à la vente de VOO opérée par l’ancien management de Nethys cet été. Pour gérer cette opération, la direction s’était entourée de son consultant préféré McKinsey.

Dans le cas de la vente de VOO, mais aussi des filiales Win et Elicio, McKinsey a produit un rapport dans lequel il a procédé à la valorisation des trois actifs pour le compte de Nethys. Précisons qu’habituellement, un tel processus de vente de sociétés est cornaqué par une banque d’affaires. Or, dans ce dossier, on n’en trouve nulle trace. Et c’est précisément ce qui titille la nouvelle direction de Nethys. "Nous considérons qu’il était imprudent, hasardeux et très téméraire de la part des personnes de McKinsey qui ont travaillé sur le dossier de s’engager dans la valorisation en dehors de leur métier sans avoir un banquier à leurs côtés", nous avait déclaré en décembre Laurent Levaux, administrateur de Nethys, lui-même un ancien de McKinsey.

Chargé de mener une étude stratégique sur le redéploiement de Nethys et la cession de ses bijoux de famille, le consultant a valorisé le prix de vente d'Elicio, active dans l’énergie renouvelable, à un euro symbolique. Certains acteurs ont parlé de "braquage" car la méthode utilisée n’aurait pas pris en compte les flux de trésorerie futurs, liés au rendement des parcs éoliens. À travers l’étude réalisée par McKinsey, l’ancienne direction de Nethys s’est quant à elle justifiée en pointant notamment les 965 millions d’euros de dettes d’Elicio.

Valorisée par McKinsey dans une fourchette qui oscille entre 8 et 10 millions d’euros, la vente de Win a fait hurler certains acteurs qui estiment que l’entreprise vaut plus de 25 millions d’euros.

Le cas de Win, spécialisé dans les services TIC, est similaire. Valorisée par McKinsey entre 8 et 10 millions (sous réserve de due diligence), la vente de Win a fait hurler certains acteurs qui estiment que l’entreprise vaut plus de 25 millions. Quant à la vente de VOO à Providence, l’ancien management de Nethys avait négocié avec Providence une valorisation d’entreprise à 1,07 milliard maximum. Et ce, sans prix minima. Or, après déductions des créances de VOO, ce montant avait rapidement déjà perdu 70 millions. Aujourd’hui, la renégociation menée par la nouvelle direction de Nethys avec l’aide de la banque d’affaires Rothschild, valorise VOO entre 1,1 et 1,2 milliard.

Perquisitionné fin janvier, la justice cherchait à déterminer le rôle du consultant dans l’estimation de la valeur des filiales de Nethys.

Secoué, le consultant reconnait ne pas avoir été à la hauteur des standards qu’il prône habituellement et s’impose en interne. Son équipe, dit-on, n’aurait pas dû accepter d’être le seul consultant en vue de redéfinir le périmètre du groupe Nethys.

Lire également

Publicité
Publicité