Les 12 millions de Moreau exaspèrent les administrateurs d'Enodia

Selon le rapport de Renaud Witmeur, Stéphane Moreau aurait empoché au total 11,63 millions d'euros. ©Photo News

Renaud Witmeur, CEO ad interim de Nethys, vient de transmettre à l'autorité wallonne un rapport sur les rémunérations versées aux anciens managers évoquant notamment le versement de bonus supplémentaires. Les administrateurs d'Enodia n'en savaient rien, ce qui les exaspère.

On savait que Stéphane Moreau, Pol Heyse et Bénédicte Bayer s'étaient partagés un pactole de 12 millions d'euros (en cash et en assurance) pour leur départ de Nethys. Il semble aujourd'hui que le nouveau management de Nethys ait poursuivi ses recherches et ait peaufiné ce chiffre. Selon les informations du Soir, la somme dépasserait désormais les 18 millions d'euros, dont quelque 12 millions pour Stéphane Moreau. "Nous avons en effet découvert le versement de bonus supplémentaires", entend-on chez Nethys.

L'information fait grincer des dents dans le monde politique et du côté des administrateurs d'Enodia (lire encadré). Le gouvernement wallon a décidé de se constituer partie civile dans le dossier Enodia/Nethys et invite le conseil d'administration d'Enodia ainsi que la province de Liège et les communes associées à s'associer à sa démarche. "En toute hypothèse, le gouvernement entend poursuivre avec la célérité exigée par l'urgence de la situation et avec la méthode permettant de répondre adéquatement à celle-ci: rigueur, impartialité et légalité."

Dossier transmis

Les informations reçues par les autorités régionales ont été transmises au juge d'instruction afin d'être versées au dossier de la procédure judiciaire en cours. L'administration, elle, va se pencher sur l'opportunité d'annuler les décisions prises en la matière, avait précisé le ministre. "J'attends aussi que les responsables d'Enodia prennent toutes leurs responsabilités. Il leur appartient de défendre les intérêts de la société et de ses actionnaires en utilisant toutes les voies de droit", ajoute-t-il.

Un conseil d'administration d'Enodia, la maison-mère de Nethys, est prévu ce jeudi après-midi sous la direction de la nouvelle présidente Julie Fernandez Fernandez. 

Mais revenons à ces indemnités.

Payer pour garder

Le nouveau dirigeant ad interim de Nethys, Renaud Witmeur, vient d'envoyer à l'administration wallonne et à sa maison mère Enodia son rapport sur les indemnités versées aux anciens managers du groupe. Le montant global s'élève à 18,6 millions d'euros. Ces indemnités sont liées à l'entrée en vigueur "du décret gouvernance" qui limite le salaire des top managers.

En échange de la réduction salariale, le management de Nethys aurait réclamé des compensations sous forme d'"indemnités de rétention". Elles ont été validées le 22 mai 2018 par le comité des rémunérations, composé de François Fornieri (qui le préside), Pierre Meyers et Jacques Tison, avec la volonté de voir ces hommes et femme rester à leur poste pour œuvrer à la redéfinition du périmètre de Nethys. Condition apposée: ils devaient rester au moins deux ans dans la société.

Ce jour là, Stéphane Moreau (CEO), Pol Heyse (directeur financier), Bénédicte Bayer (membre du comité de direction) et Diego Aquilina (CEO d'Intégrale, filiale de Nethys) se voient attribuer 14,74 millions, dont 8,66 millions pour Moreau.

©Document Nethys



Des bonus en prime

Un an plus tard, le comité de rémunérations prend une nouvelle décision. Les bonus de Moreau, Heyse et Bayer sont versés rétroactivement. Pourquoi? Ils sont liés à des performances effectuées pour les périodes d'avant décret. Il serait ici question de 3,91 millions d'euros, dont près de 3 millions pour Moreau.

Renaud Witmeur dirige ad interim la société Nethys en remplacement de Stéphane Moreau. ©DAVID STOCKMAN/BELGA

Au total, selon le rapport de Renaud Witmeur, Stéphane Moreau a donc empoché 11,63 millions (brut), contre 2,29 millions pour Pol Heyse et 1,2 million pour Bénédicte Bayer.

Heyse et Bayer démentent ces montants. Renaud Witmeur appelle, lui, à prendre ces chiffres avec prudence. Ils doivent, en effet, encore faire l'objet de vérifications. De plus amples recherches sont aussi effectuées afin d'obtenir une image fidèle de l'ensemble des rémunérations octroyées au management de Nethys et des filiales depuis juillet 2017. 

L'exaspération des administrateurs d'Enodia

Les administrateurs d'Enodia sont arrivés au conseil d'administration en colère après la publication des informations liées aux rémunérations de l'ex-management.

"Le climat est à l'exaspération à son stade le plus élevé", s'est exclamé Fabian Culot, administrateur MR. "Comme d'habitude, nous sommes les derniers au courant", a abondé Julien Vandeburie (Ecolo).

Le rapport sur les rémunérations a été transmis mercredi au gouvernement wallon, une logique inversée, a estimé Muriel Gerkens, administratrice Ecolo. "Nous aurions dû recevoir le rapport avant et le CA l'aurait envoyé au ministre", a-t-elle déploré. Elle salue toutefois les décisions prises par la tutelle, mais considère que le conseil d'administration aurait dû être en possession de ces informations et être en mesure de prendre des actions. "Il y a une logique et une colonne vertébrale du mode de fonctionnement à reconstruire."

Sur le montant des indemnités, Julien Vandeburie dénonce des sommes "scandaleuses, inimaginables. Cela dépasse l'entendement". "Hors de toute proportion", a renchéri Fabian Culot. "Pas normal, pas juste, pas éthique et à mon sens pas légal", a abondé Muriel Gerkens.

Les deux administrateurs Ecolo n'ont qu'un objectif: récupérer les sommes qui auraient déjà été versées. Muriel Gerkens plaide pour l'entame d'une action en justice.

Un autre point important à l'ordre du jour du CA d'Enodia: la désignation d'une nouvelle présidente en la personne de Julie Fernandez Fernandez (PS).



Lire également

Publicité
Publicité