Pourquoi François Fornieri n'insiste pas sur Elicio et Win

©Tim Dirven

François Fornieri a donc tranché: il renonce à la reprise d’Elicio et Win, rachetées à Nethys dans des conditions qui ont entraîné un barrage des autorités de tutelle régionales. Devant le risque de poursuites pénales que fait courir l’instruction en cours, il a vraisemblablement voulu couper court ou, du moins, faire preuve de bonne volonté.

"Les sociétés Ardentia Holding et Ardentia Tech, en concertation avec Nethys, ont décidé de renoncer à la reprise des sociétés Win et Elicio. Par conséquent, Nethys reste actionnaire unique de ces deux sociétés." C’est avec ces deux petites phrases, communiquées en fin de soirée mercredi, que François Fornieri a décidé de ranger le rachat de Win et Elicio au rayon des (mauvais) souvenirs.

Il est pourtant du genre combatif, le patron de la firme biotech liégeoise Mithra. Ferrailler, il ne déteste pas. Mais là, il lui a fallu choisir ses combats. En l’occurrence, protéger son bébé Mithra, l’entreprise spécialisée dans la santé féminine (contraception, ménopause) qu’il a cofondée il y a 20 ans et qui vaut aujourd’hui un milliard d’euros en Bourse. Mithra qui, selon François Fornieri, est à la veille de son grand décollage commercial.

Pas question pour le businessman de perdre le sceau "fit and proper" requis pour tout dirigeant de société cotée.

On le sentait venir, ce gros doute, quand il nous déclarait il y a un mois, dans le plus pur style Fornieri: "Toute cette histoire Nethys me gonfle". Depuis lors, il nous revient que, du côté actionnarial, des doutes ont été émis sur les nouvelles ambitions industrielles de l’homme d’affaires, acquises dans des conditions à ce point peu claires que le gouvernement wallon a décidé de casser ces ventes, et imaginées avec Stéphane Moreau, CEO remercié de Nethys. Le patron de Mithra ne dit-il pas lui-même que "tout ce qui touche à Stéphane Moreau crée un émoi pas possible"?

Et puis François Fornieri n’a pas manqué de consulter ses avocats. Devant le risque de poursuites pénales que fait courir l’instruction judiciaire en cours, il a vraisemblablement voulu couper court ou, du moins, faire preuve de bonne volonté. Pas question pour le businessman de perdre le sceau "fit and proper" requis pour tout dirigeant de société cotée.

On se bousculera sur les dossiers Win et Elicio

Les contrats de vente d’Elicio et Win à peine déchirés, on se presse pour étudier les dossiers… dès que la nouvelle procédure de vente sera lancée par le quatuor qui préside à la destinée de Nethys.

  • Elicio

La SRIW ne s’en cache pas, elle est intéressée par le producteur d’énergie éolienne Elicio. L’outil économique wallon avait déjà fait part de son intérêt avant la vente avortée à Fornieri et consorts. La société régionale réitère et se dit prête à rassembler autour d’elle un consortium d’investisseurs à long terme. Entendez des industriels, mais aussi des institutionnels ou des fonds de pensions attirés par un rendement stable à long terme. La SRIW se fait également forte d’attirer dans l’opération certaines de ses entreprises participées qui pourraient apporter des compétences particulières. "Des partenaires belges ou ayant des connexions internationales nous ont déjà contactés déjà pour nous faire part de leur intérêt", entend-on au sein de la SRIW.

Par ailleurs, la plupart des acteurs de l’énergie devraient aussi sortir du bois. Cela a été vrai pour Eneco, mais d’autres reviendront sur le dossier. "Pour autant que la taille critique d’Elicio soit suffisante", note un observateur du secteur. "Et que le passé sulfureux récent et plus lointain d’Elicio ne présente pas un risque trop important en termes de réputation." Pour rappel, Elicio avait été racheté par Nethys dans le cadre d’une PRJ. L’intérêt potentiel serait moins grand chez un Electrabel, nous revient-il, que chez un Luminus ou un Total.

  • WIN

Pour Win, le candidat le plus naturel est NRB, la filiale IT d’Ethias. Un tel rapprochement ferait plus que du sens: les deux opérateurs sont dans des domaines très similaires et s’adressent aux mêmes secteurs des institutions publiques, des entreprises et de la santé notamment. NRB trouverait dans Win le réseau performant qui lui manque et les data centers des deux entités sont physiquement l’un en face de l’autre. Et puis, dit-on, ce serait une manière de conserver Win dans le giron liégeois, ce qui serait un argument.

Mais NRB ne sera sans doute pas le seul. Rappelons-nous, en 2000, Belgacom avait absorbé Win pour éviter de le voir filer dans des mains concurrentes. Proximus pourrait donc s’y intéresser à nouveau pour les mêmes raisons, même si certains observateurs doutent de la valeur ajoutée et des conséquences concurrentielles d’une telle opération.

Win présente cependant un atout qui peut intéresser un opérateur télécom, peu ou mal présent en Wallonie. Depuis près de 10 ans, Win dispose d’un accès privilégié au réseau de fibres optique de la Sofico, ce qui lui permet de proposer un réseau de haute capacité à ses clients. Cela intéresse NRB on l’a dit mais cela pourrait aussi attirer un opérateur comme Telenet.

Autres noms qui reviennent dans les conversations: Dimension Data et Cegeka. Le premier est déjà très actif en Belgique avec plus de 800 personnes et le second est présent en Flandres et Win pourrait renforcer les actifs de sa filiale en Wallonie NSI. Et puis il pourrait aussi y avoir de l’intérêt du côté d’investisseurs institutionnels comme les compagnies d’assurance en mal de revenus, attirées par une rente relativement confortable et un potentiel de croissance intéressant. 

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