Révolution de velours chez Publifin

Ancien membre de la commission d’enquête, le député écolo Stéphane Hazée se félicite d’ailleurs que les choses avancent "à un rythme sérieux". ©BELGA

Un an après le scandale des comités de secteur chez Publifin, le gouvernement wallon dépose un rapport sur l’état d’avancement des recommandations de la commission d’enquête parlementaire.

Il y a un an éclatait le scandale des comités de secteur au sein de l’intercommunale liégeoise Publifin. D’un simple cataclysme politique liégeois dans lequel cdH, PS et MR ont été mouillés, l’affaire s’est transformée en tsunami régional avec en apocalypse l’éviction des socialistes du gouvernement wallon.

Amélioration sur le front de la gouvernance

Un an plus tard, l’heure est au bilan! Le nouveau gouvernement MR-cdH installé à Namur depuis cet été s’est par exemple engagé à appliquer à la lettre l’ensemble des recommandations émises par la commission d’enquête parlementaire Publifin.

Dans un rapport de suivi sous forme de bilan qui sera validé par le gouvernement ce jeudi pour ensuite être transmis au parlement wallon, les ministres en charge de la mise en œuvre de toutes ces recommandations dressent un tableau des actions entreprises. On retient par exemple cet avant-projet de décret qui intègre une série de mesures comme la limitation à 245.000 euros de la rémunération des dirigeants des intercommunales. Un cadastre des mandats et des rémunérations va aussi être mis en place. Une série d’incompatibilités sont également prévues. Un député ne pourra par exemple bientôt plus exercer une fonction de direction au sein d’une intercommunale, ni assurer la fonction de président ou de vice-président. La Région a par ailleurs rétabli sa tutelle sur Publifin et des obligations en matière de formation seront prévues pour les administrateurs communaux qui assurent le contrôle des participations de leur commune dans une intercommunale. L’avant-projet de décret prévoit aussi un minimum de six réunions du conseil d’administration par année.

Si beaucoup de ces mesures doivent encore se concrétiser dans le parcours législatif, le gros du travail au niveau de la gouvernance a été réalisé. Ancien membre de la commission d’enquête, le député écolo Stéphane Hazée se félicite d’ailleurs que les choses avancent "à un rythme sérieux". " Même si je suis dans l’opposition, je constate que le travail est mené correctement."

Le député de l’opposition pointe néanmoins quelques manquements dans le chef de l’exécutif wallon par rapport à ses engagements. "Certaines décisions à prendre restent dans les limbes. Je pense notamment à la désignation des délégués au contrôle dans les intercommunales. Je n’ai vu personne désigné alors que le décret existe depuis trois ans. La commission de déontologie et d’éthique n’a elle toujours pas été installée alors qu’un appel à candidatures a été lancé en mai. Il manque visiblement des candidats dans le créneau proche des politiques et certains partis traditionnels ne font rien pour envoyer des représentants."

Pas encore de big bang chez Publifin

Si le cadre général est dressé, les recommandations du parlement sont par contre plus lentes à se mettre en place du côté de Publifin et de sa filiale opérationnelle Nethys. Stéphane Hazée pointe le renouvellement du conseil d’administration de Nethys. "Les fédérations politiques liégeoises ont choisi d’aller en sens inverse du renouvellement intégral du conseil d’administration en ne remplaçant pas quelqu’un comme Philippe Meyers. Il y a également un refus de mettre en œuvre de manière immédiate le départ de membres de la direction comme Stéphane Moreau, Pol Heyse, Gil Simon ou Dominique Bayer. A ce niveau, rien ne change. Qu’attendent les présidents de parti pour avancer?"

Dans les couloirs du gouvernement, la question de l’avenir de Stéphane Moreau embarrasse, sans qu’on sache comment la résoudre. "Il n’a pas le sens de l’Etat. Il refuse de partir", lâche un observateur.

Sans prise immédiate sur l’évolution du groupe Publifin/Nethys à moins d’y envoyer un commissaire spécial, le gouvernement se cantonne à jouer les observateurs "attentifs" à la manière dont le comité de direction de Nethys sera renouvelé. L’exécutif rappelle cependant dans son bilan que l’avant-projet de décret permettra "d’écarter les personnes dont la responsabilité est engagée dans les manquements et les dysfonctionnements identifiés dans le rapport".

Bras-de-fer entre Namur et Liège

Sous pression, le président de Publifin, Paul-Emile Mottard, assure, lui, que toutes les recommandations sont étudiées. "Il y a eu une recomposition des instances de Publifin, Finanpart et Nethys. Resa suivra en janvier. Les membres des comités de secteur ont aussi remboursé l’argent reçu de manière volontaire. Cela représente 300.000 euros." Certains diront que c’est peu au regard des 2,5 millions versés mais "la commission d’enquête n’a pas demandé de tout récupérer", justifie le président de Publifin, qui fera un rapport sur l’avancement des chantiers à ses actionnaires lors de l’assemblée générale de ce jeudi.

Excédé par les sorties médiatiques des députés wallons, comme la dernière voulant que la Région wallonne rachète à Nethys les éditions L’Avenir, Pierre-Emile Mottard met en avant l’avenir de l’intercommunale. "L’enjeu aujourd’hui est bien le groupe Publifin. Nous avons demandé au consultant McKinsey de poser des hypothèses par rapport au groupe. L’hypothèse du management, dont l’avenir de Stéphane Moreau, est posée. On attend le rapport en janvier."

"Les dividendes ne passeront plus par Nethys. Cela va poser un problème de financement."
Paul-Emile Mottard
Président du conseil d’administration de Publifin

A côté du sort de Stéphane Moreau, c’est surtout la sortie du gestionnaire de distribution de gaz et d’électricité Resa du champ de Nethys qui risque de pousser la direction de Publifin de revoir sa stratégie industrielle. "Le gouvernement wallon va nous imposer de placer Resa dans une autre structure, indépendante de Nethys. Les dividendes ne passeront plus par Nethys. Or, une partie de ces dividendes (plus ou moins 35 millions, NDLR) étaient mis à disposition du développement de Nethys. Cela va clairement poser un problème de financement global du projet Publifin/Nethys", s’inquiète le président de Publifin.

D’ici les conclusions de McKinsey, Paul-Emile Mottard estime qu’il faudra examiner toutes les options pour les activités du groupe. "On n’exclut pas un adossement ou des ventes mais l’objectif n’est pas de démanteler le groupe."

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