interview

Valérie De Bue: "Stéphane Moreau doit partir"

©anthony dehez

La nouvelle ministre wallonne des Pouvoirs locaux Valérie De Bue veut que le CEO de Nethys quitte son poste au plus vite. Elle pourrait l'y contraindre.

Des fardes rouges rangées sur la table de réunion de la ministre, un mur peint en rouge… Malgré son départ, le PS a laissé à Valérie De Bue quelques petits souvenirs dans ce bureau occupé il y a quelques mois encore par Eliane Tillieux, l’ancienne ministre socialiste en charge de l’Emploi en Wallonie. On connaît la suite de la chanson: l’éjection des socialistes suite à l’appel du cdH et l’arrivée en fanfare du MR à Namur. "Mais je ne vais pas repeindre les murs", rassure, sous forme de clin d’œil, la ministre libérale en charge des Pouvoirs locaux et du Logement et des infrastructures sportives.

"Il y a une page socialiste qui doit se tourner. Cela implique une évolution des mentalités dans toutes les actions de la Région wallonne."

Cette parenthèse sur la décoration des lieux refermée, Valérie De Bue se dit par contre déterminée à faire bouger les lignes et repousser hors de Wallonie l’idéologie socialiste. "Notre arrivée au gouvernement est un risque politique que nous assumons pour montrer qu’une autre voie est possible en Wallonie. Il y a une page socialiste qui doit se tourner. Il faut changer les paradigmes et axer les politiques vers la création d’emploi. Cela implique une évolution des mentalités dans toutes les actions de la Région wallonne. Comment réorienter les personnes vers la création d’emploi plutôt que de venir avec des politiques qui maintiennent des citoyens dans une certaine situation de dépendance? Il faut les sortir de la dépendance."

Sortir de la logique de 10% de logements sociaux

Reste à savoir comment! En charge du logement, l’ancienne députée et toujours échevine à Nivelles pointe le dossier des logements sociaux. "Notre vision dans le logement n’est pas idéologique comme celle des socialistes qui imposaient 10% de logements publics dans les communes wallonnes. Cela n’a pas de sens. Il faut mieux faire correspondre l’offre et la demande dans les endroits où c’est nécessaire. Il faut sortir de cette logique de 10% de logements sociaux. La société évolue et les contraintes budgétaires sont très fortes pour les communes. Il faut lever certains tabous en travaillant beaucoup plus avec le secteur privé pour amorcer la création de logements. 40.000 familles attendent toujours un logement social." Elle se défend pourtant de lier l’arrivée du privé à une hausse du prix des loyers. "Il faut calculer les loyers autrement en intégrant le coût de construction. Les nouveaux logements seront plus efficaces d’un point de vue énergétique. Les charges vont donc diminuer pour les locataires. En jouant sur la part charge, on peut avoir un loyer inchangé pour le locataire mais qui soit plus élevé pour la société qui construit les logements."

Un cdH plus fréquentable que le PS mais…

Si le dossier des logements sociaux est symbolique d’une rupture amorcée avec la politique menée par le PS et le cdH jusqu’ici, comme ministre des Pouvoirs locaux, Valérie De Bue doit surtout s’attaquer à l’amélioration de la gouvernance en Wallonie et la mise en place de toutes les recommandations de la commission d’enquête parlementaire Publifin. "Dès l’éclatement du scandale, le PS a sorti des mesures qui étaient au stade d’orientation et dont certaines étaient réclamées par le MR depuis 10 ans. Le PS avait toujours émis l’hypothèse que c’était impossible de réaliser un cadastre des mandats pour respecter la loi sur la vie privée et le voici possible aujourd’hui. C’est comme la fameuse incompatibilité entre bourgmestre et ministre. Il y avait un double jeu de Paul Magnette à Charleroi et Maxime Prévot à Namur. C’est parce qu’il y a eu un scandale que le PS et le cdH ont proposé ces mesures. Ce n’était pas dans leurs priorités. Ce n’était pas dans leur ADN."

©anthony dehez

Si elle met le PS et le cdH dans le même panier en pointant les cas Magnette et Prévot, Valérie De Bue prend bien soin de ménager son partenaire de majorité en parlant d’un cdH fréquentable. "Leur projet socio-économique est plus proche du projet du MR. Ce sont les socialistes qui ont porté les mesures de gouvernance à travers leurs ministres. Ils ont la compétence des pouvoirs locaux depuis 2004 et n’ont rien fait. Quand je travaillais avec Charles Michel (alors ministre des pouvoirs locaux en 2000, NDLR), il avait un projet de diminution du nombre d’intercommunales. Où en est-on aujourd’hui? Le PS est en réaction suite à des scandales mais n’est pas un parti qui a les réformes dans l’âme. Ils sont conservateurs."

Mais en politique, ne jamais dire jamais… "Si on peut s’entendre sur un programme socio-économique qui amplifie toutes les réformes pour la Région wallonne comme la création d’emploi, notre vision par rapport à l’évolution du Forem… Oui on travaillera avec les socialistes mais à ce stade ce n’est pas le programme que semble défendre Elio Di Rupo. Ils ont une vision conservatrice dans la fonction publique, ils ont freiné la fusion des TEC."

Les mandataires au rapport

Sur le volet de la gouvernance, Valérie De Bue promet d’appliquer toutes les recommandations du rapport de la commission d’enquête Publifin. "C’est ma priorité. Il y a 80 recommandations qui doivent être traduites dans un décret cadre qui sera examiné par le gouvernement en octobre. La priorité est de voter ce texte le plus tôt possible", s’engage-t-elle tout en soulignant que ce gouvernement ira "plus loin que les premières options proposées par l’ancien gouvernement".

"Nous serons plus sévères et des sanctions seront prévues comme le fait d’obliger un administrateur de rendre son mandat."

Parmi les changements, la ministre assure que le cadastre sur les mandats sera mis sur pied. "Avec un tel cadastre mis en place avant, on aurait pu se rendre compte de toutes ces dérives et éviter ce scandale Publifin. Il y aura également une transparence dans la rémunération des mandats. On va aussi plafonner les rémunérations à 245.000 euros dans les outils publics wallons. Il y aura également une transparence sur la participation des administrateurs des structures publiques. La tutelle sera aussi élargie à toutes les structures et donc aux filiales et sous-filiales des intercommunales. Nous serons plus sévères et des sanctions seront prévues comme le fait d’obliger un administrateur de rendre son mandat."

Le licenciement évoqué de Stéphane Moreau

Reste évidemment le cas problématique de l’intercommunale liégeoise Nethys. C’est la grosse pièce par qui tous les scandales ont éclaté en Wallonie! Valérie De Bue se montre ferme. "Publifin doit revoir l’organisation de sa structure avec un nouveau conseil d’administration. Il faut repartir d’une page blanche au niveau de Nethys et renouveler toutes les instances. Nethys doit se conformer aux recommandations de la commission d’enquête et ceux qui ont pris part au scandale doivent partir."

- Vous voulez donc dire que Stéphane Moreau, le CEO de Nethys doit quitter son poste? "Oui, Stéphane Moreau doit partir."

- Et si il ne veut pas partir? Allez-vous le licencier? "On pourra aller jusque-là grâce aux mesures que nous allons prendre! Dans le cadre du nouveau décret, on pourra avoir une prise sur Nethys grâce aux mesures de tutelle. Si les recommandations ne sont pas appliquées, la Région pourra imposer des mesures pour que Publifin se mette en ordre de marche."

Contrairement à ce qu’affirmait le socialiste Willy Demeyer dans L’Echo samedi, le cas Moreau est donc loin d’être réglé…

"Il faut repartir d’une page blanche au niveau de Nethys."

Mais outre le départ forcé ou non de personnages clés du management de Nethys comme Stéphane Moreau ou le directeur financier Pol Heyse, et le remboursement des sommes indûment perçues par les membres des comités de secteur, la ministre relance le débat sur les activités de Nethys. "Il faut se recentrer sur des objectifs compris dans la notion d’intérêt communal. Il y a une dérive qui a été pointée et qui n’est plus acceptable. La diversification vers des organes de presse comme Nice Matin ne rentre pas dans l’intérêt communal."

Mais Valérie De Bue pense déjà au-delà du cas Nethys. "On doit essayer de rationaliser les structures intercommunales. On réfléchit à un incitant pour agir sur les cas problématiques. Au-delà de la gouvernance, il faut réfléchir au modèle de l’intercommunale dans des activités comme la gestion des déchets ou le développement économique. Les intercommunales problématiques seront contactées."

Reste à voir si, à un an des élections communales, la ministre aura réellement les coudées franches pour agir!

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