Recyclage: un GSM contient la moitié du tableau de Mendeleïev

Chaque année, 1,2 milliard de GSM sont vendus dans le monde. Les anciens GSM sont mis au rebut ou traînent dans un tiroir alors qu’ils contiennent une multitude de métaux de plus en plus précieux.

Le gadget du 21e siècle. C’est ainsi que l’on pourrait décrire le GSM. Nous lui confions les choses les plus intimes. Mais dès que nous jetons notre dévolu sur un autre modèle, c’est à peine si nous nous soucions de ce qu’il adviendra de l’ancien. Ces appareils mobiles peuvent être recyclés. Mais le grand public, et même les entreprises, n’en sont pas toujours conscients.

Le groupe belge Umicore, spécialisé dans la technologie des matériaux, reçoit chaque année quelque 300.000 tonnes de déchets pour le recyclage. Environ un tiers de ces déchets est composé de déchets électroniques, comme des circuits imprimés d’ordinateurs ou des GSM. C’est cette catégorie de déchets électroniques qui enregistre la plus forte progression, bien plus rapide par exemple que les déchets verts ou les déchets ménagers. "En neuf ans, notre stock de débris électroniques a triplé", explique Thierry Van Kerckhoven, e-scrap manager chez Umicore.

Certes, les GSM ne représentent qu’une infime partie de ce groupe. Van Kerckhoven estime que son entreprise traite chaque année 150 à 200 tonnes de GSM, soit près de 2,5 millions d’appareils.

Umicore occupe avec trois autres spécialistes, un Allemand, un Suédois et un Canadien, le marché du recyclage des appareils électroniques. Umicore se présente comme leader du marché, avec 30&flexSpace;% de parts de marché. L’entreprise cible la fin de la chaîne, et non la collecte même des GSM. À cet effet, Umicore a recours à des entreprises spécialisées à travers le monde, telles que la société néerlandaise Recell qui comme d’autres acteurs collabore avec les opérateurs et les chaînes de GSM, qui offrent par exemple 10 ou 20 euros en échange d’un ancien appareil ou en guise de promotion à l’achat d’un nouveau GSM.

Le recyclage n’est pas toujours la première option. Pour les GSM, il existe encore un important marché de l’occasion. Presque deux tiers des GSM revendus de seconde main fonctionnent encore à merveille. Ils connaissent une deuxième vie en Afrique ou en Asie entre autres. "C’est naturellement une bonne chose, approuve Van Kerckhoven. Pour autant bien entendu que ces appareils y soient également recyclés en fin de vie. Et c’est bien souvent là que le bât blesse. Bon nombre des anciens GSM sont expédiés par exemple au Pakistan ou en Chine, pour une prétendue troisième utilisation. En pratique, ils aboutissent sur un tas de déchets".

Dans des pays comme le Pakistan, l’Inde et la Chine, le recyclage existe également, même si les normes environnementales sont loin d’être aussi strictes que dans nos contrées. "Bien entendu, les appareils électroniques contiennent encore une foule de matériaux autres que l’or ou l’argent. On y trouve par exemple de nombreux métaux lourds, devant être neutralisés. En fait, dans un GSM, on trouve la moitié du tableau de Mendeleïev, souligne Van Kerckhoven. C’est ce qui rend également le traitement de ces appareils délicat. Certaines substances sont particulièrement toxiques si elles ne sont pas traitées de manière responsable".

En surface

La concurrence avec les pays à bas coût salarial s’intensifie, mais est encore supportable. "Au final, bon nombre de ces pays s’adressent encore à nous. Nous avons l’avantage que notre pourcentage de récupération est relativement élevé. En raison de notre processus de traitement respectueux de l’environnement, nous sommes plus chers par rapport à ces pays à bas coût salarial, mais aussi nettement plus efficaces. À quoi bon un traitement bon marché si vous ne récupérez que 20&flexSpace;% seulement par exemple de l’or présent dans les GSM collectés? Nous récupérons pratiquement tout l’or contenu dans ces appareils".

L’intégralité du traitement des déchets électroniques en métaux nobles dure environ quatre mois. Tout d’abord, les GSM sont broyés et un échantillon est prélevé en vue d’analyser les combinaisons de matériaux contenus dans les résidus. Ensuite, ces déchets sont fondus: au moyen d’un processus chimico-métallurgique, la majeure partie des métaux nobles se lie au cuivre pour donner naissance à une fraction de cuivre, et les autres matériaux comme le fer, le zinc et l’aluminium s’associent au plomb pour créer une fraction de plomb. Le plastique fond et est utilisé comme source d’énergie. Les fractions de cuivre et de plomb sont ensuite traitées par un procédé chimico-métallurgique, ce qui aboutit, en fonction des différentes propriétés chimiques des matériaux, à 17 fractions métalliques séparées, prêtes à être réutilisées. Un GSM ordinaire ainsi traité fournit de nombreuses matières précieuses. "1 milliard de GSM contient 250 tonnes d’argent, 24 tonnes d’or, 9 tonnes de palladium et pas moins de 9.000 tonnes de cuivre. En sus de 4.000 tonnes de cobalt, provenant principalement des batteries". Le procédé de traitement en soi est plus efficace que l’extraction traditionnelle. "Une tonne de GSM contient entre 300 et 350 grammes d’or. Une tonne de minerai d’or contient à peine 5 grammes d’or", compare Van Kerckhoven. Ceci ne fait que confirmer le vieil adage selon lequel il y a plus d’or et d’argent en surface qu’il n’y en a en sous la surface de la terre.

Cartons

Toutefois, la route est encore longue. Les 150 à 200 tonnes de vieux GSM que reçoit Umicore chaque année sont encore de la roupie de sansonnet par rapport aux 50.000 tonnes de déchets de GSM produits au niveau mondial. Avec ses trois principaux concurrents, Umicore traite près de 1&flexSpace;% de tous les anciens GSM. "Qu’on se le dise: notre pays a toujours été un bel exemple en matière de recyclage, avec les Pays-Bas et les pays scandinaves. Entre-temps, d’autres pays occidentaux emboîtent le pas, même si je constate qu’aux USA par exemple, plus de 80&flexSpace;% des déchets électroniques disparaissent et ne sont pas du tout recyclés".

"Contrairement à un ancien PC ou à un vieux poste de télévision, un GSM est un appareil que les gens conservent encore facilement. Il s’ensuit que rien que dans notre pays, des millions d’euros en or, argent et palladium traînent dans les armoires, les cartons et les tiroirs. Pour l’industrie, sortir ces appareils de ces armoires et les recycler constitue un défi".

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