interview

"Les draps n'ont pas été changés depuis 40 jours"

Entres des gardiens de prison à bout à qui on demande de travailler "autrement" et des détenus hébergés dans des conditions "inhumaines", le directeur de la prison de Forest tente de pointer le vrai problème.

Le dossier des prisons pourrit la vie politique belge ces dernières semaines. Le gardiens sont en grève, dans les établissements pénitentiaires wallons et bruxellois. Ils sont remplacés par la police, avec un appui, à partir de ce mardi, de l'armée. Mais quels sont réellement les problèmes, pour les agents qui font grève, pour les prisonniers qui subissent cette grève?

Le directeur de la prison de Forest, Vincent Spronck, explique les conditions de vie dans son établissement, sur Bel RTL.

La prison de Forest compte actuellement 360 détenus, alors que sa capacité reconnue est de 288 prisonniers. Le problème de surpopulation est accentué par le fait que les détenus sont inégalement répartis. "Certaines zones sont surpeuplées, d'autres moins", témoigne le directeur.

Le régime "normal" pour ces personnes, c'est:

• une heure de préau par jour
• une douche tous les trois jours
• un coup de téléphone tous les deux jours
• la visite à table après 6 semaines de détention.

Actuellement, ce régime ne peut pas être tenu. Depuis le début de la grève, les détenus de l'aile C de Forest n'ont ainsi eu droit qu'à trois fois une demi-heure de préau. "Le régime devient invivable" avertit Vincent Spronck. Quant aux visites, "c'est fini". Ce serait-là la pire conséquence de la grève, d'après le directeur. "Tout homme a le droit de serrer son enfant dans les bras!" Les douches ne sont pas permises au rythme habituel, et la buanderie ne fonctionne plus. Le linge n'est donc plus changé. "Les draps sont dégueulasses" grogne Vincent Spronck, qui parle de draps qui n'ont pas été renouvelés depuis 40 jours. "Or un détenu en cellule passe sa vie sur son lit! Pas par paresse, mais parce qu'il n'a rien à faire."

Ces conditions de vie "inhumaines et dégradantes", elles sont la conséquence de la grève de gardiens. Des agents dont le directeur de prison tient à souligner le mérite. "Ils courent à longueur de temps, il faut leur rendre hommage", dit-il, expliquant que les matons croulent en temps habituel sous le travail. Vincent Spronck dit donc comprendre la réaction des agents pénitentiaires face aux nouvelles conditions de travail décidées par le ministre Koen Geens.

Mais le directeur de la prison de Forest pointe un problème qu'il aimerait voir réglé: celui de l'absentéisme, qui est de 10 à 15%. Pour lui, ce haut taux "dit la difficulté de travailler en prison". Mais le chef de la prison constate que certains agents abusent clairement du système et que la procédure de contrôle ne fonctionne pas. "Qu'on commence par lutter efficacement contre cet absentéisme par les quelques-uns qui pourrissent le système", implore-t-il.

Ce mardi, une vingtaine d'agents pénitentiaires de la prison de Forest tiennent un barrage filtrant à l'entrée de l'établissement. L'action vise les agents pénitentiaires.

Les militaires qui sont arrivés lundi en fin de journée se trouvent déjà à l'intérieur de la prison. Quel sera leur rôle? Ils seront "en appui" des policiers, qui appuient eux-mêmes les gardiens non grévistes. Vincent Spronck n'en sait pas vraiment plus. Sauf qu'ils ne seront pas armés, tout au plus disposeront-ils d'un pepper spray.

 

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