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En période de crise, les agences de recrutement misent sur les cols blancs

©Dieter Telemans

Le marché de l’emploi stagne. Les sociétés de recrutement en souffrent inévitablement. Sauf celles qui ont choisi de se focaliser sur les profils qualifiés.

Restructuration chez Randstad. Le prestataire de services en ressources humaines va licencier 165 personnes en Belgique. Les perspectives d’embauche négatives pèsent sur le secteur. Le recrutement est-il en crise? "Nous, nous ne sommes pas en crise. Nous recrutons encore", répond Wilfrid Brouwer, directeur général de Hays Belgium. Cette autre société est spécialisée dans le recrutement de cols blancs. "Nous tenons compte des secteurs qui se portent bien", explique-t-il. Et de poursuivre: "Tout le monde a compris que les généralistes s’entre-bouffent. Car le marché du recrutement est très mature. L’offre est devenue plus grande que la demande".

En Belgique, on compte plus de 700 enseignes de recrutement, d’après une estimation de Federgon, la fédération des prestataires de services RH. Avec une telle concurrence et un marché de l’emploi en crise, comment Hays parvient-elle à s’en sortir? Chaque année, l’entreprise réussit à placer 1.800 candidats en Belgique. Sa réussite, elle la doit à sa stratégie: se positionner sur le marché du middle et du high management afin de se différencier de la concurrence. Paul Verschueren, directeur du service économique de Federgon l’affirme: "plus une entreprise se spécialise sur un type de profil ou sur un secteur particulier, moins elle est touchée par la crise".

Ce sont les ouvriers qui trinquent le plus sur le marché de l’emploi. Les sociétés de recrutement se disputent donc aujourd’hui le marché des cols blancs. "Les grandes agences de recrutement telles que Randstad sont de véritables machines de guerre avec plus de 2.000 employés. Elles essaient de prendre une marge sur le marché des profils qualifiés. Mais comme elles font beaucoup d’intérim, elles ont une image ‘low profile’", juge le directeur.

Hudson, Michel Page, Robert Half, Mercuri, Accenture, etc. Toutes ces agences ont choisi de se spécialiser. Hays est leader dans 8 des 33 pays où elle est présente. En Belgique, elle fait partie du top 3. Créée au Royaume-Uni en 1867, l’entreprise s’est développée dans 33 pays. Même si la crise ne la frappe pas de plein fouet, elle influence toutefois son travail. "Vu la situation économique actuelle, certaines entreprises préfèrent chercher elles-mêmes les candidats", raconte Nathalie Alhadeff, responsable du bureau Hays situé sur l’avenue Louise, à Bruxelles. Le challenge pour elle et son équipe est donc de convaincre qu’avec leur expertise, elles peuvent faire gagner du temps et de l’argent à leurs clients. "Aujourd’hui, il ne s’agit plus de placer une annonce et de faire le tri parmi les candidats. Il faut chercher et convaincre", enchérit sa collègue, Caroline Hêne, en charge des profils juridiques.

La concurrence du net

À côté de la concurrence des autres boîtes de recrutement, il y a aussi internet où pullulent les sites d’emploi tels que Monster, Stepstone ou encore Vacature. Des outils faciles à utiliser pour l’employeur qui désire diffuser ses annonces. Sans oublier le développement des réseaux sociaux professionnels à l’instar de LinkedIn qui sont de plus en plus prisés. "Le jour où LinkedIn parviendra à créer un algorithme capable d’établir le bon matching entre le candidat et l’employeur, nous aurons du souci à nous faire. Mais en attendant, les entreprises auront toujours besoin de nos consultants", affirme avec certitude Leo Moulinas, responsable marketing pour Hays.

Pour Hays, pas de doute, le succès de l’entreprise est lié à ses propres recrutements. Dynamiques et à l’allure professionnelle, les consultantes sont spécialisées par secteur. Elles en connaissent les codes et les pratiques de marché. Cela leur confère une crédibilité auprès de l’entreprise mais aussi auprès du candidat. "Par rapport à un responsable des ressources humaines qui travaille au sein de l’entreprise, nous avons aussi l’image d’une certaine objectivité. Si nous estimons que tel candidat ne convient pas pour le poste, nous n’hésitons pas à le dire. Notre intérêt est que le matching fonctionne", affirme Nathalie Alhadeff.

Pour s’assurer de la bonne description du job, les consultantes rendent systématiquement visite à l’entreprise. Elles observent l’environnement de travail, ressentent la culture d’entreprise. "C’est important de travailler avec des sociétés en lesquelles on croit. C’est plus facile de les vendre auprès des candidats quand on sait que les gens qui y travaillent s’y sentent bien", explique Jessica Pirlet, responsable des profils financiers.

La rencontre avec les candidats est tout aussi importante. Le temps de midi et la fin de journée sont pour ainsi dire les périodes de rush des consultantes. Car c’est à ces moments-là que les candidats en quête d’un nouveau travail peuvent se libérer. Ce jeudi-là, c’est un Allemand qui se présente suivi d’une Lituanienne; Bruxelles est une ville internationale. Chacun est amené dans un bureau. Leurs compétences vont être évaluées. S’ils affirment être bilingues, la consultante le vérifiera en passant d’une langue à l’autre. Au-delà des titres de fonction, elle va aussi chercher à connaître les tâches précises qu’ils ont exécutées au cours de leur carrière.

Il s’agit aussi de tester la personnalité du candidat, de l’analyser et d’évaluer ses attentes salariales. Pour le candidat, c’est une vraie simulation d’entretien d’embauche. Les consultantes scrutent leurs réponses. Après une heure, le candidat allemand est en nage. Les consultantes, elles, sont tout sourire. Ses multiples expériences professionnelles et sa motivation en font un bon candidat. Ceux-ci ne sont pas nécessairement fréquents.

Moutons à cinq pattes

Les métiers en pénurie, "les moutons à cinq pattes" tels que l’ingénieur qui parle plusieurs langues, les consultantes connaissent. Alors dès qu’il y en a un qui se présente, elles ne le lâchent pas. De peur qu’il frappe à la porte d’une autre agence de recrutement. Certaines se sont spécialisées dans la recherche des profils rares. "Il existe par exemple des bureaux dédiés uniquement à la recherche d’ingénieurs", renseigne Paul Verschueren.

Et puis la concurrence des agences a une portée mondiale. À l’instar du candidat allemand et de la candidate lituanienne, des candidats belges frappent aux portes des agences de recrutement situées à l’étranger. "Le monde du travail est devenu petit. Certains candidats n’hésitent plus à traverser les frontières pour bénéficier de meilleures conditions de travail", explique Wilfrid Brouwer. Il pointe les coûts salariaux élevés en Belgique "qui n’incitent pas les entreprises à créer des emplois". Dans ce contexte, chaque mission accomplie sonne comme un exploit pour Hays. Alors, quand les consultantes ont réussi à placer un candidat, elles font tinter la petite cloche à l’effigie de Kate et William qui trône dans le bureau. Le son de la victoire.

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