Les exportateurs face à un risque politique accru

L'instabilité politique turque actuelle avait été anticipée par l'Office du Ducroire. ©AFP

Si la crise économique n’est pas encore terminée, le risque principal pour les sociétés exportatrices belges réside, selon l’Office national du Ducroire (ONDD) dans les facteurs politiques.

L’Office national du Ducroire (ONDD) l’affirme haut et fort: la crise économique n’est pas terminée. Néanmoins, pour Nabil Jijakli, secrétaire général de l’assureur crédit public, si cette crise a eu pour effet d’accélérer le changement par le biais d’une montée en puissance de certaines zones géographiques, elle se marque surtout par une reprise du risque politique; et plus particulièrement depuis le printemps arabe débuté en 2010.

"On retrouve un risque politique tel qu’observé dans les années 80 avec l’Amérique latine ou dans les années 90 avec le rouble et les devises d’Asie du Sud-Est. Ce qui surprend, ce sont les zones géographiques où sont apparues ces instabilités. Personne n’imaginait qu’elles surviendraient dans le sud de l’Europe", explique-t-il.

Le sud de l’Europe vire à l’orange

Cette instabilité politique en Espagne, au Portugal, en Grèce et même en Irlande a pour effet qu’à cette heure, l’ONDD n’apporte aucune couverture pour les exportations belges à destination des entreprises ou autorités publiques de la région.

L’ONDD avait par ailleurs déjà soulevé quelques craintes sur le risque d’instabilité politique en Turquie, qui depuis trois semaines fait face à de nombreuses manifestations.

"Pour l’heure, comme au Brésil, ces instabilités n’influencent pas les paramètres économiques et ne nous demandent pas d’effectuer de changement dans notre évaluation. Mais nous suivons la situation", insiste-t-il. Analyser avec les risques commerciaux (basés des données économiques) le risque politique permet de déterminer la prime de couvertures mais également de décider de couvrir ou non les transactions effectuées dans ces pays.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, l’ONDD refuse de couvrir toutes les exportations belges en Corée du Nord, en Afghanistan, au Yémen, en Iran, en Syrie, en Erythrée, au Zimbabwe, au Soudan, en Somalie, en Gambie et au Libéria.

"Le monitoring se fait tous les deux ans. Néanmoins, en période de crise on revoit les données tous les 3 à 6 mois", précise le secrétaire général.

Objectif PME

Cette analyse pays permet d’aiguiller les exportateurs belges. Le secrétaire général de l’ONDD rappelle en effet l’importance de l’export dans l’économie belge. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) classe à la 10e position notre pays en termes d’exportations. Nous représentons ainsi 2,6% du volume global des exportations de la planète. La majeure partie (+/- 80%) de nos exportations s’effectuent sans surprise au sein de l’Europe (dans et hors Union).

Express

Changement de nom en vue

L’ONDD a connu ces dernières années des transformations, avec notamment une expansion internationale importante. Aujourd’hui, il se décrit comme un groupe européen avec différentes filiales et bureaux de représentation aux quatre coins du monde. Cette transformation devrait passer en novembre prochain par un changement de nom. "Les racines du Ducroire resteront", insiste Nabil Jijakli.

Or, le portefeuille du Ducroire montre une image totalement différente. "Nous couvrons davantage les marchés émergents", précise Jijakli. L’Afrique représente ainsi quelque 13,5% du portefeuille pour 33,1% en Asie et en Océanie, et 11,9% en Amérique centrale et du Sud. Fort de ce constat, l’Office National du Ducroire a depuis deux ans noué des contacts et signé des accords avec des organisations telles que l’Awex, Agoria, la FEB,….. Son objectif: mieux comprendre les besoins des sociétés belges exportatrices.

Il tente également de séduire davantage les PME, notamment les plus petites d’entre elles (10 à 20 personnes).

"Le problème de ces structures c’est que, du fait qu’elles sont dépourvues de CFO, elles connaissent peu le monde de l’assurance- crédit. De plus, elles se montrent très frileuses face à la grande exportation", explique Nabil Jijakli.

L’office tente donc de promouvoir ses services et ses produits via des contacts avec l’UCM en Wallonie et l’Unizo en Flandre.

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés