4 millions d'euros évaporés dans l'affaire Kazakgate

Patokh Chodiev ©Bloomberg

D’autres Belges ont-ils bénéficié des largesses du milliardaire?

Le milliardaire belgo-kazakh Patokh Chodiev et ses deux partenaires disposaient ensemble d’au moins 13,3 millions d’euros pour rétribuer les avocats et lobbyistes qui les ont aidés à mettre fin aux poursuites de la Justice belge. Mais l’enquête judiciaire n’a pu retracer que 9,3 millions d’euros. On peut donc se demander ce qu’il est advenu des 4 millions d’euros qui manquent à l’appel, et si cette somme s’est également retrouvée dans des mains belges.

4 millions
La majeure partie de ces 4 millions d’euros n’aurait pas transité par des comptes bancaires officiels, mais via des coffres remplis d’argent qui, d’après l’enquête, auraient été distribués lors de petits rendez-vous en Suisse et en France.

Il est possible que nous ne le sachions jamais. Car la majeure partie de ces 4 millions d’euros n’aurait pas transité par des comptes bancaires officiels, mais via des coffres remplis d’argent qui, d’après l’enquête, auraient été distribués lors de petits rendez-vous en Suisse et en France. C’est ce qui ressort de centaines de documents de la Justice française, auxquels le Tijd a eu accès via ses confrères du Soir.

Dans notre pays, la commission parlementaire Kazakhgate essaie de vérifier depuis des mois si Chodiev & Co. ont lobbyé pour obtenir le vote de la loi sur les transactions pénales en juin 2011 et ont pu mettre fin à leurs poursuites en échange d’une transaction de 22 millions d’euros. Jusqu’ici, rien n’a pu être prouvé. Mais ce qui est clair, c’est que le gouvernement Sarkozy souhaitait aider Chodiev & Co à résoudre leur problème en Belgique et qu’ils ont fait appel à une armée d’avocats.

22 millions
En plus des 22 millions d’euros que Chodiev & Co ont payés en 2011 à la Justice bruxelloise pour mettre fin à leur dossier pénal, ils ont également versé 7,5 millions d’euros sur un compte de l’avocate française qui coordonnait le dossier.

En échange de cette intervention en faveur de Chodiev, le gouvernement français a pu obtenir du gouvernement kazakh la signature d’un important contrat portant sur l’achat d’hélicoptères. En plus des 22 millions d’euros que Chodiev & Co ont payés en 2011 à la Justice bruxelloise pour mettre fin à leur dossier pénal, ils ont également versé 7,5 millions d’euros sur un compte de l’avocate française qui coordonnait le dossier.

5,8 millions en coupures de 500 euros

De cette somme, 3 millions d’euros ont été versés à trois cabinets d’avocats belges et 742.000 euros à l’ancien président du sénat Armand De Decker (MR) en échange de leur aide. Mais sur base des documents de la Justice française, il semblerait que 5,8 millions d’euros en numéraire – en coupures de 500 euros – auraient été déboursés par Chodiev.

5,8 millions
Degoul aurait reconnu avoir reçu les 5,8 millions d’euros de cash de Chodiev, mais n’a pu informer les enquêteurs de ce qu’il est advenu de cet argent.

Cette somme aurait été distribuée lors de rendez-vous dans des hôtels et salons de luxe en Suisse et en France. Avant de mourir, un homme de paille d’Uccle, qui a participé au carrousel du Kazakhgate, aurait révélé aux enquêteurs français que Catherine Degoul, l’avocate qui réglait le tout, transportait toujours dans son sac des petites liasses de billets de 500 euros et lui aurait demandé de conserver de l’argent chez lui, ce que – selon ses dires – il aurait refusé.

Degoul aurait reconnu avoir reçu les 5,8 millions d’euros de cash de Chodiev, mais n’a pu informer les enquêteurs de ce qu’il est advenu de cet argent. La Justice n’a pu retracer que 137.000 euros de versements suspects sur le compte d’un ancien conseiller du président français Sarkozy. Même si nous soustrayons tous les montants retracés par la Justice des 13,3 millions d’euros, 4 millions d’euros manquent à l’appel.

Aucun témoin, comme l’homme de paille ucclois aujourd’hui décédé, n’a pu confirmer que l’argent avait abouti dans les mains de politiciens belges. Mais l’avocate Degoul avait bel et bien l’argent en poche lorsqu’elle est venue en Belgique.

Maingain demande la démissiond'Armand De Decker à Uccle

Le président du parti DéFI Olivier Maingain a appelé, dans les colonnes du journal le Soir, à la démission du bourgmestre ucclois Armand De Decker (MR). "Nous attendons que le MR prenne une initiative sans tarder en ce qui concerne la fin du mayorat d'Armand De Decker à Uccle. Maintenant que le rôle de M. De Decker est de plus en plus évident dans le scandale du Kazakhgate, je ne peux pas admettre, comme président de parti associé à cette majorité, que les choses restent en l'état", a-t-il répondu dans l'interview parue samedi à la suite d'une question sur les scandales de gouvernance.

"Le MR doit donner un signal très rapidement sur la manière de gérer la succession de M. De Decker à la tête de la commune. Si Yvan Mayeur a dû se retirer avant toute forme de poursuite, il n'y a pas de raison que M. De Decker reste plus longtemps à la tête de la commune", a-t-il encore estimé.

Selon Olivier Maingain, le mouvement réformateur devrait clarifier la situation sans attendre les résultats de la commission d'enquête Kazakhgate. "Si pas, j'aviserai avec nos mandataires locaux les suites à réserver, mais il y aurait plus qu'une crise de confiance." 

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