Albert II serait impliqué dans le scandale du Kazakhgate

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Albert II a-t-il lui aussi un pied dans le kazakhgate? L'ancien roi des Belges serait soupçonné par la justice française d'avoir favorisé l'anoblissement du milliardaire belgo-congolais George Forrest.

La commission d'enquête parlementaire Kazakhgate fait-elle face à un nouveau rebondissement de grande ampleur? Selon nos confrères du journal Le Monde, Albert II serait lui aussi impliqué dans le scandale politico-judiciaire du Kazakhgate. Ecoutes téléphoniques à l'appui, les enquêteurs suspecteraient l'ancien roi d’avoir tenté de favoriser George Forrest, un milliardaire belgo-congolais au parcours tumultueux.

Il aurait notamment été question, en exerçant de subtiles pressions sur quelques hommes politiques belges, de voter une loi d’exception, en Belgique, en 2011, afin de permettre une transaction pénale avec ces richissimes hommes d’affaires. En échange de quoi Paris aurait obtenu de juteux contrats au Kazakhstan.
Le Monde

D'après le journal Le Monde, le juge parisien Roger Le Loire suspecte un préfet, Jean-François Etienne des Rosaies, chargé de mission à l’Elysée sous Nicolas Sarkozy, d’avoir monté une cellule officieuse, avec l’aval de Claude Guéant, alors secrétaire général, afin d’arranger les affaires judiciaires en Belgique de trois hommes d’affaires belges originaires du Caucase. "Il aurait notamment été question, en exerçant de subtiles pressions sur quelques hommes politiques belges, de voter une loi d’exception, en Belgique, en 2011, afin de permettre une transaction pénale avec ces richissimes hommes d’affaires. En échange de quoi Paris aurait obtenu de juteux contrats au Kazakhstan", détaille le journal.

95.000 euros
George Forrest aurait versé 95.000 euros à Jean-François Etienne des Rosaies en échange de son intervention auprès d'Albert II pour obtenir un titre de baron.

Et c'est là que le nom de George Forrest fait son apparition. Déjà épinglé par la justice française pour avoir versé une commission occulte de 5 millions de dollars au député et maire (LR) de Levallois-Perret, Patrick Balkany, dans le cadre d’un dossier africain, l'homme d'affaires aurait également versé 95.000 euros à Jean-François Etienne des Rosaies en échange de son intervention auprès d'Albert II pour obtenir un titre de baron. C'est une écoute téléphonique, opérée le 6 mars 2014, qui semblerait donner l'information allant dans ce sens. Une information déjà révélée par Médiapart à l'été 2015, mais que George Forrest avait alors formellement démentie. "Je n'ai jamais rencontré M. Patokh Chodiev et n'entretient avec lui aucune relation", affirmait-il dans un communiqué.

"Ce jour-là, le préfet contacte sa secrétaire, qui lui lit au téléphone quelques mails reçus récemment. Parmi ceux-ci, le message de François de Radiguès, grand ami du roi Albert II, qui lui transmet une copie du courriel qu’il vient d’adresser à Wim Van de Voorde, membre du cabinet du ministère belge des affaires étrangères. Il faut satisfaire le citoyen Forrest. Et M. de Radiguès rappelle imprudemment au passage l’historique de leurs relations", précise Le Monde.

Devenir baron à tout prix

“Je suppose, monsieur le Ministre, que vous ne verrez pas d’inconvénient à ce qu’on donne une belle décoration à M. Forrest.”
Albert II (selon Le Monde)

Après avoir rencontré George Forrest en 2010, Albert II aurait ensuite pesé de tout son poids en comité des anoblissements pour satisfaire le milliardaire belgo-congolais. "Le roi s’adressa au ministre des affaires étrangères (Didier Reynders) en lui disant: “Je suppose, monsieur le Ministre, que vous ne verrez pas d’inconvénient à ce qu’on donne une belle décoration à M. Forrest”, relate François de Radiguès.

En juillet 2012, George Forrest est élevé au grade de commandeur dans l'ordre de Léopold. Mais, toujours d'après Le Monde, cela ne suffit pas au milliardaire qui demande à être baron, un titre qui s'applique de père en fils. François de Radiguès aurait alors voulu contourner la loi belge, avec l'appui du roi.

"Le roi me pria de m’arranger pour que ce soit le ministre qui propose la faveur nobiliaire en faveur de George Forrest, ne pouvant pas demander deux années de suite une faveur pour la même personnalité."
François de Radiguès (selon Le Monde)

"C'est ce qu'il explique dans son mail, lu par la secrétaire de Jean-François Etienne des Rosaies", précise le Monde qui en dévoile le contenu: "Avec mûres réflexions et atermoiements, je demandais respectueusement au roi d’anoblir pour la première et probablement la dernière fois de son règne un entrepreneur belge d’Afrique unanimement reconnu par les Congolais. Le roi accéda à ma demande et se réserva le droit d’user de son droit régalien de l’anoblir et de lui concéder le titre de baron pour lui-même et pour toute sa descendance par motu proprio. Le roi me pria de m’arranger pour que ce soit le ministre qui propose la faveur nobiliaire en faveur de George Forrest, ne pouvant pas demander deux années de suite une faveur pour la même personnalité."

Malheureusement pour George Forrest, un chef de cabinet au comité des anoblissements aurait rappelé ses troubles accointances en Afrique, ce qui aurait eu comme conséquence que le titre de baron lui sera refusé. "Les protecteurs de George Forrest se mettent en quatre. M. des Rosaies joue de ses influences auprès de l’ordre de Malte, sonne à la porte de Claude Guéant, devenu avocat… Et George Forrest obtient finalement, en avril 2014, la distinction de grand officier de l’ordre de la Couronne", conclut Le Monde.

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