C'est la fin du Kazakhgate en Belgique

L'avocat général Jean-François Godbille, pensionné depuis peu, a bénéficié d'un non-lieu de la part de la Cour de cassation, ce mercredi. ©BELGA

La Cour de cassation a prononcé un non-lieu à l'encontre de l'avocat général Jean-François Godbille et de la princesse Léa de Belgique. C'est donc la fin - attendue - du volet belge du Kazakhgate. Il se poursuit en France, où l'ex-agent de la Sûreté de l'Etat, Nicolas Ullens de Schooten, a été longuement auditionné.

"Un enterrement de première classe", sourit une source. En prononçant ce mercredi après-midi un arrêt de non-lieu à l'encontre de l'avocat général Jean-François Godbille, pensionné depuis peu, et de la princesse Léa de Belgique, la Cour de cassation a mis un terme au dossier belge du Kazakhgate. Celui-ci ne tenait plus qu'à un fil depuis le décès, en juin 2019, de celui qui était considéré comme le principal inculpé (pour trafic d'influence), l'ancien bourgmestre (MR) d'Uccle, Armand De Decker.

"Le don n'a servi que des activités de scoutisme et n'a jamais eu comme destinataire l'avocat général Godbille ou son altesse royale Léa de Belgique."
Laurent Kennes
Avocat

Jean-François Godbille avait été suspecté d'être impliqué dans le Kazakhgate alors que son ASBL de développement du scoutisme en milieu immigré avait bénéficié d'un don de 25.000 euros du Fonds d'entraide prince et princesse Alexandre de Belgique, géré par la princesse Léa. L'argent avait transité par le compte de l'avocate Catherine Degoul, mise en examen dans le volet français du dossier en tant qu'intermédiaire. "Le don n'a servi que des activités de scoutisme et n'a jamais eu comme destinataire l'avocat général Godbille ou son altesse royale Léa de Belgique", rappelle l'avocat du magistrat, Me Laurent Kennes. L'affaire avait entaché la fin de carrière de M. Godbille, qui espère voir là son honneur restauré.

En Belgique, fin de partie, donc. Armand De Decker y était soupçonné, avant son décès, d'avoir favorisé le vote d'une loi sur la transaction pénale afin que le "trio kazakh" (les oligarques Patokh Chodiev, Alexandre Machkevitch et Alijan Ibragimov) puisse en bénéficier en un temps record et échapper ainsi à un procès pour fraude fiscale, corruption et blanchiment. Son décès provoque l'extinction des poursuites. La commission d'enquête parlementaire du Kazakhgate l'avait épinglé, dénonçant ses conflits d'intérêt et des infractions à la déontologie.

Nicolas Ullens de Schooten auditionné en France

Par contre, le volet français, ouvert depuis 2013, continue à être actif au cabinet de la juge d'instruction parisienne Aude Buresi. Patokh Chodiev y est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale dans l'affaire Tractebel. Il est également placé sous statut de témoin assisté pour corruption de fonctionnaire. Selon nos informations, il devrait une nouvelle fois être entendu par la magistrate instructrice dans les mois à venir. La justice française espère clore le dossier fin 2021.

Le dossier français du Kazakhgate est un véritable pot-pourri où l'on retrouve les noms qui garnissaient les colonnes de la rubrique politique dans les années 2000 et celles de la rubrique judiciaire depuis.

Par ailleurs, l'ex-agent de la Sûreté de l'Etat Nicolas Ullens de Schooten, qui se présente aujourd'hui comme lanceur d'alerte, a été entendu durant de longues heures par la juge Buresi, à son cabinet. Son avocat, Me Alexis Deswaef, confirme l'audition, et ajoute que son client a remis un dossier à la magistrate comprenant toute une série de pièces concernant l'affaire du Kazakhgate. L'homme s'était fait connaître l'an passé après avoir, dans la presse, violemment attaqué l'ancien ministre des Affaires étrangères (MR) Didier Reynders. Sa plainte n'a pas abouti et il fait, aujourd'hui, l'objet d'une enquête pour violation du secret professionnel.

"Scandale d'Etat"

Le dossier français du Kazakhgate est un véritable pot-pourri où l'on retrouve les noms qui garnissaient les colonnes de la rubrique politique dans les années 2000 et celles de la rubrique judiciaire depuis: Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, Bernard Squarcini. Dans le cadre de cette affaire, la justice soupçonne l'existence d'une série d'arrangements financiers pour aider le trio kazakh afin d'améliorer les relations avec ce pays riche en ressources naturelles abondantes (pétrole, gaz, uranium). Pour l'heure, seuls Patokh Chodiev, Catherine Degoul, Jean-François Etienne des Rosaies et l'ex-sénateur Aymeric de Montesquiou sont inculpés.

En Belgique, les noms de Didier Reynders et Jean-Claude Fontinoy ont longtemps circulé mais les interrogations n'ont pas abouti à plus d'actions judiciaires, alors que les faits ont toujours été niés. Pour Me Alexis Deswaef, il s'agit d'un "scandale d'Etat au plus haut niveau".

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