Chodiev assigne le président de la commission Kazakhgate en justice

Le président de la commission d'enquête Kazakhgate, le sp.a Dirk Van der Maelen, va recevoir une assignation à comparaître devant la Justice. ©Photo News

Le président de la commission parlementaire enquêtant sur le Kazakhgate doit recevoir aujourd’hui une assignation à comparaître devant la Justice. Expéditeur: Patokh Chodiev. Il n’est nullement question d’intimidation, fait valoir son avocat.

Patokh Chodiev poursuit son combat judiciaire. Le 18 avril, l’homme d’affaires belge d’origine ouzbek citait en Justice l’Etat belge, estimant que la commission d’enquête parlementaire "transaction pénale" – qui se penche sur ce qu’il est convenu d’appeler le Kazakhgate – ne respectait pas le principe de l’enquête à charge et à décharge. Le 11 mai, c’était au tour d’un de ses membres les plus remuants, l’Ecolo Georges Gilkinet, de recevoir sa citation directe, pour "manque complet d’impartialité et de retenue" – rendez-vous est fixé le 6 juin devant le tribunal de première instance de Namur.

Eh bien, ce mercredi, c’est le président de ladite commission, le sp.a Dirk Van der Maelen, qui va recevoir une citation en provenance du tribunal d’Audenarde. Que lui est-il reproché, au juste? "Monsieur Van der Maelen a de sa fonction une conception qui n’est pas celle que devrait avoir un président de commission", estime Pascal Vanderveeren, l’un des avocats de Patokh Chodiev.

"Monsieur Van der Maelen a de sa fonction une conception qui n’est pas celle que devrait avoir un président de commission."
Pascal Vanderveeren
Avocat de Patokh Chodiev

Exemples concrets à la clé. "À la veille du début des travaux et à la surprise générale, il tenait dans Le Soir des propos complètement partisans, motivés par la défense de son parti. On aurait pu espérer qu’il fasse ensuite preuve de plus de réserve, mais pas du tout. Durant la trêve pascale, il s’est répandu avec abondance, photos à l’appui, dans le magazine Humo. Donner son avis personnel ne colle pas à la stature d’un président, surtout qu’il le fait sans même signaler qu’il s’agit de son avis personnel."

Son comportement en commission serait, lui aussi, sujet à caution, poursuit Maître Vanderveeren. "Je reviens sur le dernier incident, qui dépasse l’imagination et a eu lieu le 17 mai. Monsieur Van der Maelen posait des questions tellement tendancieuses, avec une telle violence, qu’un des experts assistant la commission a dû intervenir, lui signalant qu’il franchissait les limites."

La façon dont la commission tient ses travaux et dont certains de ses membres fonctionnent porte un grave préjudice à Patokh Chodiev, poursuit Pascal Vanderveeren. "Depuis janvier, mon client a été agressé, calomnié, ridiculisé et tutoyé. Je rappelle qu’il emploie quelque 80.000 personnes de par le monde et que tout cela n’est pas sans répercussions sur ses activités professionnelles. Si, un jour, il fallait chiffrer cela… Sans parler de l’aspect moral, du préjudice subi par son épouse et ses trois enfants."

"Faire peur? Mais nous serions bien naïfs!"

Mais au final, que cherchent Patokh Chodiev et ses conseils avec leurs démarches judiciaires? Ne faudrait-il pas y voir une tentative d’intimidation, de mettre un frein au travail parlementaire? "J’ai entendu dire qu’il s’agissait du pouvoir de l’argent cherchant à déstabiliser la démocratie. C’est facile à dire, balaie Pascal Vanderveeren. Mais que l’on soit riche ou pauvre, il est impossible de laisser passer une telle chose. Et notre seul recours, c’est de nous adresser au pouvoir judiciaire. Notre planche de salut."

D’ailleurs, l’avocat estime avoir agi "raisonnablement, de manière évolutive". En publiant, le 1er février, une lettre ouverte et "diplomatique". En adressant, une semaine plus tard, un courrier "très précis" à la commission d’enquête, demandant que les travaux se poursuivent "dans le respect de la présomption d’innocence".

"Faire peur ou effectuer des pressions? Mais nous serions bien naïfs! Nous savons bien que cela ne donnerait jamais rien. Nous souhaitons simplement que les choses se passent bien et que la commission remplisse sa mission avec impartialité. Tout en s’inscrivant dans la réalité, qui n’est pas celle dans laquelle la commission s’est installée. Car que voit-on dans le cadre de l’élaboration de la loi sur la transaction pénale? Il semble que ce soit le collège des procureurs généraux qui ait établi un projet. Et que le milieu diamantaire anversois, auquel on avait peu prêté attention, soit nettement plus impliqué que ce que l’on avait imaginé."

Et Maintenant, Albert II?

Il y en avait déjà, du "beau monde", cité dans les multiples rebondissements du Kazakhgate. Eh bien, voilà à présent que Le Monde ajoute Albert II à cette galerie de portraits. Dans le cadre d’une affaire "annexe" à l’avènement suspect de la loi sur la transaction pénale ayant bénéficié à Chodiev et consorts, à savoir l’anoblissement de George Forrest.

On savait déjà qu’ils étaient nombreux à être intervenus en faveur de l’entrepreneur belge, très actif en Afrique. L’ancien roi des Belges en serait également, indique Le Monde, sur la base d’écoutes téléphoniques visant Jean-François Etienne des Rosaies, l’homme au cœur du scandale. Au sein de la commission tranchant ces affaires, Albert II se serait fortement impliqué en faveur de George Forrest.

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