Les explications du cabinet Reynders sur le Kazakhgate

Olivier Henin, l'ancien chef de cabinet du ministre Reynders, il n'était ni demandeur ni opposé à la transaction pénale élargie. ©Photo News

Olivier Henin, l'ex-chef de cabinet de Didier Reynders, alors ministre des Finances, a été entendu ce mercredi par la Commission d'enquête parlementaire Kazakhgate. Selon lui, aucun contact n'a été pris avec Armand De Decker.

La commission d'enquête Kazakhgate s'est penchée ce mercredi sur l'entourage de Didier Reynders. Elle cherche à savoir si les milliardaires kazakhs Chodiev et consorts (lire encadré plus bas), impliqués dans une affaire judiciaire dont le calendrier s'est rapproché en 2011 du calendrier politique de l'adoption de la loi sur la transaction pénale, ont pu obtenir à cet égard l'assentiment de certaines personnalités politiques et judiciaires en Belgique.

Le dossier est source de tensions entre le CD&V et le MR qui souligne les nombreux témoignages confirmant que la loi de transaction pénale élargie trouve sa source dans un lobbying intense des diamantaires anversois, relayé notamment par des cabinets CD&V. A cette époque, Didier Reynders (MR) occupait le poste de ministre des Finances dans un gouvernement Leterme II en affaires courantes et avait pour collègue à la Justice le CD&V Stefaan De Clerck.

Selon Olivier Henin, l'ex-chef de cabinet de Didier Reynders, les dossiers relatifs à la levée du secret bancaire et à la transaction pénale élargie étaient "couplés directement ou indirectement" depuis au moins 2008, et fin janvier, début février 2011, il y a eu un "momentum politique" permettant leur validation, devant la commission d'enquête parlementaire Kazakhgate.

Ca chauffe en pleine négociation budgétaire

Ce "momentum", Olivier Henin l'explique par plusieurs facteurs, des pressions internationales sur la Belgique en matière d'échange des renseignements bancaires, un "jeu d'équilibre" dans le cadre d'un gouvernement d'affaires courantes avec une majorité sortante et des négociations n'impliquant pas les libéraux, et un exercice budgétaire, traditionnellement générateur d'idées en matière de recettes fiscales.

Olivier Henin, l'ex-chef de cabinet de Didier Reynders ©Photo News

"A l'époque, on parlait d'élections potentielles, je dirais de manière cynique qu'autrement nous ne l'aurions pas fait", a indiqué Olivier Henin revenant sur la levée du secret bancaire. Le cabinet Reynders a tenté d'autres voies pour répondre aux doléances de l'OCDE qui menaçait, selon lui, de placer la Belgique sur la liste grise des paradis fiscaux, mais il a été barré par le PS qui voyait une opportunité d'arriver à la levée complète du secret bancaire. "Nous voulions une solution a minima plutôt que a maxima", a encore dit l'ex-chef de cabinet MR de manière à ne pas se retrouver "tout nu" à la Chambre où devaient se poursuivre des négociations.

Comme le veut la tradition, certains avaient chargé la barque lors des négociations budgétaires, y mettant notamment les intérêts notionnels et les voitures de société, autant de pierres dans le jardin des libéraux. Le MR a répondu avec de "petits cailloux" dans le jardin de chacun des partenaires. Selon Olivier Henin, il n'était ni demandeur ni opposé à la transaction pénale élargie, une formule "légitime" qui a fini par être assumée par tous dans le contexte budgétaire de l'époque.

Le chef de cabinet s'est trouvé en porte à faux avec d'autres cabinets ministériels de l'époque, et notamment celui de l'ex-Premier minisitre Yves Leterme qui a affirmé vendredi que le cabinet Reynders était venu le premier avec la proposition de couplage de la transaction pénale élargie et de la levée du secret bancaire lors d'une réunion intercabinets du 31 janvier 2011.

Le Kazakhgate en deux mots

Le Kazakhgate concerne un trafic d’influence organisé pour faire sortir le milliardaire belgo-kazakh Patokh Chodiev des griffes de la justice belge qui l’accuse notamment de blanchiment d'argent. Cette mise à l’abri a pu se faire grâce à un élargissement de la loi qui organise la transaction pénale en Belgique. L’ancien président du Sénat, Armand De Decker (MR), est accusé d’avoir fait jouer ses leviers politiques pour faire passer cette loi sur la transaction pénale.

→ Lire également notre dossier Kazakhgate

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