Établir un bilan carbone personnel

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Développer une app qui permet à chaque citoyen d’évaluer son empreinte carbone, c’est l’une des nombreuses missions que s’est fixée la Wallonie pour réduire sa part d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle prévoit aussi d’encourager les citoyens à devenir des maillons centraux de la transition énergétique et des "consom’acteurs"!

Le constat: L’impact de notre comportement sur le changement climatique reste quelque chose de très abstrait. Quelle est mon empreinte climatique? Comment puis-je la diminuer? Quel incitant me permettrait-il de la réduire?

L’idée: Mettre en place une app officielle pour calculer son bilan carbone global et surtout, donner des incitants pour le diminuer. Retrouvez toutes les idées de L'appel des XI dans notre dossier > 

Développer une app qui permet à chaque citoyen d’évaluer son empreinte carbone, c’est l’une des nombreuses missions que s’est fixée la Wallonie pour réduire sa part d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle prévoit aussi d’encourager les citoyens à devenir des maillons centraux de la transition énergétique et des "consom’acteurs"!

Dans cette optique, l’app "Green & Win" (G&W), imaginée par L’Echo et les 11 entrepreneurs, peut-elle servir de point de départ? Selon le cabinet du ministre wallon de l’Énergie et du Climat, Jean-Luc Crucke (MR), même s’il existe déjà plusieurs calculateurs au niveau wallon, aucun d’eux n’est disponible via une app. "L’app G&W serait donc un très bon moyen de sensibiliser et d’informer, car elle donnerait une meilleure représentation des émissions carbone."

Un avis partagé par le cabinet du ministre wallon de l’Environnement, Carlo Di Antonio (cdH). "Permettre aux citoyens de mieux apprécier son empreinte carbone est une bonne chose, car cette notion est abstraite pour beaucoup de monde. On peut imaginer qu’une meilleure perception de son action peut induire plus facilement un changement d’attitude."

L’AMBASSADEUR

Marc du Bois CEO SPADEL "L’empreinte carbone est la responsabilité de tous. Nous avons besoin de solutions" gagnant-gagnant "tant pour le climat, les citoyens, les industries que les gouvernements. Créer des opportunités en vue de placer le consommateur dans un rôle de ‘consom’acteur’ central et lier ceci à une réduction de taxe basée sur son action pourrait non seulement réduire drastiquement l’empreinte carbone, mais aussi augmenter la demande pour des produits locaux respectueux de l’environnement et contributifs à l’économie nationale."

"De plus, l’idée des points est d’ailleurs très positive", ajoute le cabinet Crucke. Pour rappel, les bonnes actions des citoyens envers l’environnement sont récompensées dans G&W par des points dont l’accumulation donne droit à une réduction d’impôts. "Cette dernière nous semble très compliquée à mettre en œuvre pour des raisons de sécurité du mode de calcul et de contrôle."

Même constat auprès du cabinet de la ministre fédérale de l’Énergie, de l’Environnement et du Développement durable, Marie Christine Marghem (MR). "L’idée de cette app est bonne sur le fond et serait praticable si les points engrangés permettaient plutôt de gagner par exemple sous la forme d’un concours des produits ou des services à haute valeur environnementale, plutôt que d’obtenir une réduction d’impôt qui impliquerait toute une série de contrôles des données, dont le coût-efficacité devrait être évalué. D’ailleurs, ne serait-ce pas préférable de privilégier un signal prix sur chaque geste ou produit (au moment du choix par le consommateur), plutôt que sur un bilan annuel global?"

Enthousiasme

Il n’y a pas que le monde politique qui s’est montré enthousiaste par rapport à G&W. "L’idée d’une app informative qui dispose également d’une fonction de jeu nous a semblé très rafraîchissante et très pertinente vu l’urgence des enjeux", a réagi Jerome Meessen, consultant chez Climact, un bureau de consultance qui travaille sur les questions de bilan carbone et sur les stratégies à mettre en œuvre pour réduire les GES. "Nous avons bien sûr quelques réserves et adaptations à proposer."

La Belgique s’est engagée à réduire d’ici 2020 ses émissions de gaz à effet de serre de 15% par rapport au niveau de 2005. À l’horizon 2050, cette diminution devra être de 90% par rapport à 1990!
Marc Du Bois
CEO Spadel

Pour eux, l’app risque de ne pas toucher tous les publics mais seulement ceux qui sont adeptes du smartphone et en partie déjà sensibilisés. Ce qui pose un problème d’équité vu que l’app fournira des avantages fiscaux non accessibles à toute une frange de la population. "Pour résoudre ce problème, l’app doit être, en quelque sorte, une pièce du puzzle et être conçue en complémentarité avec d’autres outils accessibles à tous. Par ailleurs, si on veut qu’elle décolle et qu’elle apporte quelque chose, il faut lui ajouter une dimension de partage et de mise en communauté des résultats. Non seulement on accumule des points pour gagner quelque chose au bout, mais en plus, on challenge ses proches, ce qui apporte un aspect d’émulation qui est fondamental."

Peu importe la forme définitive que pourrait prendre cette app, Jerome Meesen insiste sur le fait qu’elle ne doit pas revêtir un côté culpabilisant. "Pour changer un comportement, il est contre-productif de dire à quelqu’un qu’il est responsable ou coupable des émissions de GES. Bien sûr, les ménages ont une part de responsabilité car leur consommation influence significativement les émissions de GES, mais elle est souvent influencée par toute une série de facteurs externes (publicité,...). L’app doit donc valoriser les bonnes actions plutôt que de faire culpabiliser le citoyen pour les mauvaises actions prises."

Enfin, l’ASBL Ecoconso, a insisté sur le fait que l’app devait absolument contenir un volet avion. "De tous les transports, c’est le plus impactant en terme de GES."

Ne pas réinventer la roue

Pour conclure, tous ceux qui ont réagi à cette idée des XI ont tenu à signaler qu’il existait déjà de nombreux outils pour calculer son bilan carbone et/ou le réduire. C’est notamment le cas de "For Good", une nouvelle app belge qui donne aussi des conseils pour réduire ses émissions de GES sans nécessairement changer drastiquement de mode de vie.

"Un signal prix serait plus efficace"

Jean-Pascal van Ypersele, climatologue à l'UCL, s’est montré extrêmement sceptique par rapport à l’app G&W. Pour lui, c’est un gadget qui pose toute une série de questions d’ordre méthodologique et qui risque de coûter très cher, en plus d’être très peu utilisé. 

"De plus, cette app met toute la charge mentale de la baisse des émissions de GES sur le citoyen, ce qui est très réducteur et oppressant pour eux. Quelque part, cette app évacue toute la responsabilité des pouvoirs publics et des industriels sur les consommateurs. Or, les pouvoirs publics devraient plutôt prendre des mesures pour obliger les entreprises à produire plus proprement."

Le climatologue pense que le signal le plus efficace et qui a les coûts de transaction les plus faibles, c’est le signal prix. "Certes, ce n’est pas très populaire, mais c’est très efficace." À ce titre, il plaide pour une taxation du kérosène. 

"C’est une grosse partie du problème vu que le transport aérien est l’une des activités humaines les plus chargées en émissions de GES. Il y a beaucoup de gens qui font des efforts toute l’année en mangeant moins de viande, en isolant leur habitation, en réduisant le chauffage, etc. Puis ils partent plusieurs fois par an en vacances en avion, ce qui annule tout ce qu’ils ont économisé le reste de l’année…"

 

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