La Belgique, championne de la voiture autonome

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Le constat: Pour les problèmes de mobilité, les autorités continuent à penser "voiture" alors que la technologie des véhicules autonomes est en plein boom et pourrait être la clé de nombreux problèmes. Infrastructures, connectivité, acceptation de la technologie... Les défis sont nombreux. L'idée: Établir une stratégie claire pour se montrer leader plutôt que suiveur en matière de conduite autonome.

Oubliez le volant. Vous êtes assis dans le véhicule, il conduit tout seul pendant que vous vaquez à vos occupations ou que vous travaillez. Dans le même temps, le trafic est fluide, les accidents quasi inexistants... Les promesses de la voiture autonome sont nombreuses. Être pionnier en la matière en Belgique, en Wallonie et à Bruxelles serait donc tout indiqué, voire indispensable. Pour être compétitives face aux Etats-Unis ou à l’Asie, nos Régions doivent créer des flux de gens, de marchandises efficaces. La fluidité des biens et de personnes est évidemment essentielle pour notre développement économique et passe aussi par la voiture autonome et connectée.

Du côté des instances publiques, on se veut rassurant. "On s’intègre énormément dans des projets européens, car la Commission est un moteur dans le domaine", nous explique Caroline Pourtois, directrice du centre Perex et de la gestion du trafic routier en Wallonie. L’idée est que la Région wallonne "sache vers où l’on va et évolue en phase avec ce qui arrive".

La voiture autonome remet énormément de choses en question et il est encore difficile de voir exactement vers où l’on va. Que faire en tant que pouvoir public si l’on ne veut pas être dépassé en matière de voiture autonome ? Pour Mark Keppens, expert en mobilité chez Arcadis, il s’agit d’abord de multiplier les projets, les tests pilotes. "On doit encore beaucoup apprendre au niveau des comportements des utilisateurs et des routes", explique l’expert.

Si la Belgique ne prend pas le train en marche, elle va perdre en compétitivité car la voiture autonome promet des flux de personnes et de marchandises bien plus efficaces.

Flexibilité des infrastructures

Concrètement, dans les projets actuels d’infrastructure, il s’agit de laisser suffisamment de flexibilité pour qu’ils puissent s’adapter à la voiture autonome dans le futur. Les bandes routières peuvent être moins larges, les ronds-points deviennent complètement inutiles, plus besoin d’indication le long des routes, etc. Mais tout cela, c’est pour le jour où toutes les voitures seront autonomes. En attendant rappelle Keppens, les routes doivent toujours être adaptées à la conduite traditionnelle.

En attendant, il y a déjà énormément de choses que l’on peut faire dès maintenant sur des circuits précis ou en site propre. C’est par exemple le cas de Renault qui lance quelques projets pilotes. La société teste avec Transdev sur le plateau de Saclay (20 km au sud de Paris) une flotte de véhicules autonomes électriques. Ils circulent sur des boucles de mobilité, sur un campus, un shopping center et une zone résidentielle. Fin juin, des vrais clients pourront commander des Zoé autonomes qui rouleront sur des trajets précis. À Rouen, Renault teste également dans la vraie vie des boucles de trajets autonomes.

"A Rouen, on est très poussés par la métropole et la Normandie qui sont très dynamiques dans les Smart Cities. Ils ont investi dans les infrastructures, ils ont équipé le rond-point avec radars caméras, les feux sont connectés... La volonté des territoires est un élément très fort pour faire aboutir ces nouveaux projets de mobilité. On a besoin de territoires équipés avec ce que l’on estime nécessaire", détaille Virginie Maillard, vice-présidente du département Innovation, Recherche et Stratégie chez Renault.

Reportage: A la recherche de la voiture autonome

À la recherche de la voiture autonome | Salon de l'auto

"On aimerait bien qu’un constructeur s’associe à notre projet pour savoir quelles sont les informations pertinentes qu’il pourrait nous communiquer et que l’on pourrait utiliser", dit Caroline Pourtois. En Suède, Volvo travaille par exemple avec l’administration. "C’est le genre d’initiative que l’on aimerait voir arriver dans l’administration wallonne", ajoute-t-elle.

La communication de véhicule à véhicule sera du côté des constructeurs. Au niveau des pouvoirs publics, il s’agira surtout de se préparer à la communication entre les voitures et les infrastructures. Si les voitures sont autonomes et utilisent des cartes dynamiques, il faut que les autorités diffusent les informations et qu’elles aient la certitude que la signalisation parvienne aux véhicules. L’infrastructure doit être adaptée pour que les informations soient gérées en temps réel.

D’autres solutions?

Didier Ingber, distributeur de Mobileye en Belgique pense avoir la solution pour les pouvoirs publics. "Leur problème c’est de dégager des budgets et des investissements pour s’équiper", estime-t-il. Mobileye racheté par Intel est une société pionnière de la conduite autonome, parallèlement à son travail avec les constructeurs, elle commercialise aussi des solutions d’assistance à la conduite qui peuvent s’installer sur les voitures déjà en circulation. "L’avantage d’un système privé comme Mobileye est de permettre aux pouvoirs publics, sans dépenser de grosses sommes d’équipement de se mettre à la page de la nouvelle technologie", assure Ingber.

Mobileye pourrait ainsi faire un mapping précis des routes sans que les régions soient obligées de changer l’entièreté des caméras trafic qui sont incapables de mesurer la qualité des sols ou d’avoir une vue à 360°. "Ces remontées d’informations vont leur permettre de faire les bons choix et d’avoir des niveaux de priorité des investissements dans les infrastructures très précis. Aujourd’hui, on agit au cas par cas une fois qu’il est trop tard. Le data sera primordial. Quand on construit une maison, on doit d’abord bien analyser le terrain avant de construire. C’est la même chose avec la voiture autonome, il faut d’abord avoir toutes les données pour savoir ce qu’il faudrait améliorer sur notre territoire", estime encore l’entrepreneur.

"Au début, avec la voiture autonome, tout le monde pensait qu’il n’y avait que des gains. Mais une étude du Boston Consulting Group a montré que les kilomètres vont encore augmenter avec la conduite sans chauffeur. Il faudra donc encore gérer le problème de capacité au niveau des infrastructures routières", rappelle Mark Keppens. Il s’agira donc, selon lui, de développer les voitures autonomes tout en réfléchissant bien aux transports en commun et aux vélos, afin de favoriser les moyens de transports les plus adaptés en fonction des usages et des situations.

Une chose est sûre: il faudrait aller vite. Car la conduite en "platooning" sur autoroute (des trains de véhicules qui suivent le premier de manière automatique) ou les premières options de conduite autonome qui vous permettent de faire autre chose que conduire dans certaines situations sont déjà techniquement prêtes…

L'ambassadrice

Virginie Dufrasne, CEO Lixon

Chaque fois que je vais à Bruxelles, je suis en colère par rapport à la mobilité. C'est une grosse blague, avec des travaux où personne ne travaille de la journée. Dans le secteur privé, ça fait longtemps qu'une telle gestion de la mobilité aurait abouti à des licenciements. Je suis dans l'industrie de la construction de l'immobilier et quand on a des chantiers à Bruxelles, on doit venir en véhicule, on n'a pas le choix. Je reviens de Dubaï, les infrastructures sont magnifiques. En Belgique, j'ai plutôt l'impression que l'on est en voie de développement, c'est le Vieux Continent dans toute sa splendeur. Le RER c'est juste une énorme blague.

Vu qu'on n'est pas capable d'avoir une bonne politique de mobilité, autant être dans la voiture à faire autre chose que profiter des embouteillages. Il y a plein d'autres avantages aussi à la voiture autonome. On évite un maximum des accidents qui sont de la responsabilité humaine. Il y a bien sûr des débats de fond et d'éthique. Les robots sont quand même plus aptes à être attentifs et voir tous les dangers. Ça réduit les émissions de CO2 car l'idée n'est pas de posséder la voiture, mais d'avoir des voitures partagées et connectées entre elles.

La Finlande est très en avance sur les bus autonomes sans chauffeurs. En France, ils font aussi des tests. Si ces transports routiniers deviennent autonomes, on aurait moins de problèmes en cas de grève. Ce serait une révolution aussi. Ceux qui voudraient travailler pourraient y aller. Quand on se renseigne, on voit que d'autres pays sont déjà très actifs dans la voiture autonome. Il faut se bouger sinon, on ne sera jamais leaders.

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